Le blog de Flora

Mi-figue, mi-raisin...

31 Août 2021, 10:07am

Publié par Flora bis

   Dernier jour du mois d'août. Autant dire, dernier jour de l'été, même si officiellement, l'automne ne débute que le 21 septembre. Cette année, je n'ai, pour ainsi dire, pas quitté la maison. Fatigue, méforme, poids de l'inertie? Sans doute tout cela à la fois. Pourtant, je pressentais que, malgré le soulagement du moment, le manque aurait rapidement pris le dessus: le changement, le dépaysement nécessaires à mon équilibre feraient douloureusement défaut. Le soleil encore plus! Nous habitons en plein milieu de la fameuse "goutte froide" dont nous avons amplement profité cet été! Averses après averses, défilé incessant des nuages, températures avoisinant les 20-22°, en un mot: un été tellement tempéré que le réchauffement climatique nous faisait doucement sourire... pour ne pas dire: envie!

   Je n'ai pas eu ma dose de sérotonine pour affronter la grisaille interminable et humide qui ne tardera pas à arriver. J'aimerais que septembre me dédommage de la frustration mesquine de l'été, afin que les caresses d'un soleil doux et pâlissant m'accompagnent tout en délicatesse vers l'envie de me calfeutrer à nouveau dans la chaleur de la maison, en compagnie des mots et des images, des êtres inventés de toutes pièces ou de chair et d'âme contre lesquels me blottir par temps de gelées blanches...

 

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Enrichir son vocabulaire... Pour comprendre.

20 Août 2021, 11:52am

Publié par Flora bis

   J'ai appris un nouveau mot ("pour un nouveau-né, tous les gags sont neufs") qui n'est pas si nouveau que cela mais pour la néophyte que je suis, il l'est: "solastalgie". Inventé en 2003 par le philosophe australien Glenn Albrecht (du latin "solacium" réconfort" et du grec "algos" souffrance, douleur. Ce néologisme anglais a été formée plutôt sur le modèle de "nostalgie" d'où l'apparition du -st- .) Bref, dès que j'ai pris connaissance de sa signification, je me suis découverte sur un terrain familier.

   La "solastalgie" désigne, pour ainsi dire, un stress pré-traumatique. C'est à dire, on souffre de quelque chose qui pourrait, qui devrait arriver. Cela crée un état anxieux, un sentiment de perte de contrôle de sa vie, avec sa cohorte de symptômes comme insomnie, dépression, perte du goût des choses, léthargie, tristesse... Combien de fois ai-je vu tomber mes élans dans l'inertie, avec la question immanquable: "A quoi bon?..."

   Alice Desbiolles, le médecin qui a fait connaître le phénomène en France en 2019, le définit comme l'expression de la détresse des écosystèmes, notamment celle du lien entre l'homme et son environnement. Prendre conscience du danger imminent qui menace cet environnement crée une inquiétude permanente et anticipatoire, une représentation tragique de notre présent et de notre futur, un sentiment d'impasse. Nous sommes bombardés sans relâche par des nouvelles catastrophiques venant tour à tour des scientifiques, des politiques (qui en font souvent des arguments électoraux), par les média affamés de frissons sensationnels. Peu importe les dégâts irréparables qu'ils provoquent, sans se soucier des remèdes. Sans oublier cependant de nous culpabiliser au passage, alors que, à notre petite échelle, nous jouons déjà aux colibris dociles et lénifiants, en tentant de nous redonner quelques lambeaux de bonne conscience. Pendant ce temps, ceux à qui le vrai pouvoir d'agir revient, exploitent sans vergogne le bien commun de l'humanité, coupant la branche commune à tous, pour amasser de plus en plus de richesse! Après moi le déluge! Et nos enfants et petits-enfants? Que deviendront-ils?... L'instinct grégaire de l'homme à s'émerveiller au premier cri d'un bébé... Pour danser encore, les yeux bandés, au bord du précipice.

   Le remède? "Se raccrocher à quelque chose de positif, de vivant, contacter en soi la force, quelque chose de solide et d'ancré" disent les psychologues qui commencent à se pencher sérieusement sur la gravité du phénomène. On essaie de soigner les symptômes faute de pouvoir traiter la cause. Petites rustines sur une jambe de bois.

Que dit de la résilience B. Cyrulnik qui a importé en France la notion :

"... c'est une stratégie de lutte contre le malheur qui permet d'arracher du plaisir à vivre, malgré le murmure des fantômes au fond de sa mémoire."

 

   

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Sisyphe heureux?

14 Août 2021, 11:02am

Publié par Flora bis

   Après des semaines interminables, le soleil est revenu, du moins pour quelques jours. J'ai appris une expression nouvelle: la "goutte froide" englobant le nord de la France et une partie de la Belgique, avec le Luxembourg et un bout de l'Allemagne. Elle nous a ainsi épargné, pour presque deux mois, la canicule dont souffrait le reste du pays. En échange de la grisaille permanente. Dans ce dérèglement accéléré, les exceptions deviennent peu à peu des règles: des étés torrides avec leurs cohortes d'incendies dévastateurs ou bien des "gouttes froides" déversant des pluies diluviennes et des inondations meurtrières... Ces convulsions de notre pauvre planète surpeuplée et surexploitée nous renvoient des signaux que nous espérons encore et toujours être les avant-derniers... Sans oublier une pandémie qui revient sans cesse à l'attaque et là, je me retiens difficilement pour ne pas fustiger les comportements absurdes, aveuglés par des croyances obscures ou par des manipulations complotistes soigneusement calculées...

   Trouver des moments d'apaisement, pour ne pas dire de bonheur, dans ce chaos de perte de repères jadis semblant immuables, il faut sans doute une foi inébranlable. Foi en quoi?... Les adeptes des religions se remettent dans la grâce d'une super-puissance placée au-dessus des contingences humaines. L'effondrement de notre cadre de vie échappe peu à peu à notre volonté, à notre pouvoir, et une intervention divine reste l'unique recours dans ce "Sodome et Gomorrhe" moderne... 

   D'autres font confiance à la puissance de l'esprit humain, au développement des sciences qui finiront par vaincre les aléas qui surgissent sur ce chemin triomphal... Travail de Sisyphe, interminable  -  inutile? Quel choix devant l'absurdité de la condition humaine?

Je cite ici la réponse de Camus, partage qui veut :

"La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d'homme.

Il faut imaginer Sisyphe heureux."

 

 

Titien, 1548

Titien, 1548

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Réminiscences...

6 Août 2021, 12:32pm

Publié par Flora bis

   Je devais prendre l'avion pour la Hongrie dans quelques jours. J'y renonce. Parmi plusieurs raisons, il y a la situation sanitaire incertaine en Europe, mon état de fatigue avancé, sans oublier la grosse chaleur qui règne dans mon pays natal et que je ne supporte plus. Bien sûr, cette décision s'accompagne de regrets: retour manqué au pays  -  même si je n'ai jamais souffert de nostalgie: attachée plutôt aux gens qu'aux paysages, partout, j'emportais ma "maison" avec moi.

   La perspective de partager une bonne dizaine de jours avec mes enfants, dans la maison de mes parents, ressuscitant les souvenirs des jours heureux d'une autre époque, de revoir la famille de là-bas me manqueront à coup sûr. Le temps qui s'écoule au ralenti, propice aux conversations sans se presser... La pastèque craquante des fins de repas, la lecture paresseuse sur la chaise-longue à l'ombre de la tonnelle de vignes... Une solitude peuplée des personnes aimées, des regards complices et des parties de cartes, des balades à la chaleur tombée. Des fantômes bien vivants aussi, qui apparaissent souriants dans l'embrasure d'une porte au rideau de dentelle, dans un fauteuil qui garde la forme d'une silhouette plongée dans la sieste, les lunettes glissées sur le nez et le journal sur les genoux... La douceur de l'air n'est pas la même que par ici, elle est chargée de réminiscences, celles de l'enfance, de l'adolescence révolues.

   J'ai choisi de rester, décidée d'utiliser le temps pour parfaire un travail d'écriture  -  un plaisir d'écriture?  -  qui traîne depuis des mois, interrompu sans cesse par des obligations que je m'impose moi-même, par la paresse aussi, par le découragement et manque de confiance qui m'effleurent devant l'immensité de la tâche. Par moment, c'est la démesure du défi qui crée le frisson délicieux qui me fait bouger du point mort.

Réminiscences...

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