Le blog de Flora

Esprit de fêtes

26 Décembre 2020, 18:39pm

Publié par Flora bis

   Les enfants sont repartis, la maison est de nouveau plongée dans le silence. Leur visite de presque trois jours est passée à la vitesse d'un éclair. Bien sûr, je n'ai pas pu respecter la distance prescrite, je les ai serrés dans mes bras autant de fois que possible: je devais recharger mes batteries d'urgence! Je ressemblais à un pot de fleur abandonné dans un coin sombre, sans arrosage, sans même un regard stimulant, et qui attendait les jours meilleurs... 

   Bien sûr, j'espère au plus vite mon tour pour me faire vacciner, sans trop comprendre les frileux qui ne veulent pas s'en saisir pour échapper enfin à la peur d'être happés par l'ennemi invisible. (D'autant plus que Katalin Karikó, la chercheuse à l'origine de ce processus innovant est une Hongroise qui a fait ses études au début des années 1980, dans la même université que moi... Il est vrai que faute de crédits, placardisée dans son institut de recherches, elle a émigré aux USA comme beaucoup d'autres, pour y trouver les conditions nécessaires à l'aboutissement de ses recherches...)

Noël... Rien ne pouvait m'empêcher de me réjouir de son ambiance particulier: ni la fatigue accumulée, ni le mal de dos tenace se moquant de tous les antalgiques, ni le temps qui filait à toute vitesse. Je pensais à l'instant présent qui nous réunissait encore, dans cette période dominée par toutes les incertitudes. Croire qu'il était possible de revêtir nos habits de fête, à intérieur aussi bien qu'à l'extérieur... Essayez comme c'est efficace: un brin de maquillage pour atténuer les cernes, quelques bijoux pour effacer le quotidien morne et gris, des vêtements sortis pour l'occasion et la solennité de l'instant naît par le sourire bienveillant que nous adressons aux autres. Pour les honorer et honorer le moment qui nous réunit. A condition d'y croire avec sincérité. Terriblement efficace, si les habits intérieurs sont authentiques, si nous allons vers les autres à la recherche de l'étincelle de bonté qui existe en chacun de nous, j'en suis convaincue, même si elle reste parfois cachée sous les couches de rancunes, d'incompréhensions et de méfiances... 

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Casse-tête du matin

14 Décembre 2020, 09:37am

Publié par Flora bis

   Après une courte nuit, je me lève, je descends l'escalier, les jambes encore mal assurées. Je balaye du regard la scène de ma vie, du moins celle où je passe mes heures les plus claires. Quelles "heures claires"?... Une fois de plus, le soleil ne se lève qu'à moitié, il reste emmitouflé dans son édredon de nuages sans montrer le bout de son nez de toute la journée.

Des objets partout, à foison. Leur présence me rassure et m'étouffe à la fois et je me mets à rêver d'une razzia bienfaisante à faire disparaître de ma vue au moins la moitié des envahisseurs !... Au lieu de cela, je ne cesse  -  et d'autres le font aussi pour moi, par pure gentillesse  -  d'augmenter leur nombre! Je suis attachée à eux, je voudrais les avoir sous la main ou sous les yeux, et, régulièrement, leur foisonnement m'oppresse. Comme je n'ose plus descendre dans la cave, ni emprunter d'autres escaliers les bras chargés, je tourne en rond, impuissante à régler le problème. Il ne me reste plus qu'à rêver des espaces épurés à la japonaise où l'esprit peut flâner librement, sans buter sans arrêt sur des souvenirs... J'ouvre les volets sur le jardin, puis sur la rue, tandis que l'eau se met à susurrer dans la bouilloire pour le café du matin qui me donnera le petit coup de fouet indispensable. Je m'installe avec ma tasse devant l'ordinateur et le monde s'élargit devant moi. Du moins, virtuellement. 

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Des tics et des tocs...

7 Décembre 2020, 19:34pm

Publié par Flora bis

   Il y a des étrangers qui apprennent le français à l'école, à la fac et d'autres qui l'apprennent "sur le tas", dans le bain vivant de la langue. Dans le premier cas, on s'initie à une langue châtiée, en étant confronté à d'innombrables règles grammaticales, linguistiques. Approche difficile qui, parfois, ne sert pas vraiment à demander son chemin dans le pays!... L'autre solution  -  que beaucoup d'immigrés connaissent  -  c'est d'être jeté dans le bain, d'absorber une langue comme une éponge. Ce deuxième abord très empirique permet de se débrouiller plus rapidement dans la vie de tous les jours, ignorant la plupart du temps les nuances et les règles de la langue que l'on essaye de conquérir.

   En ce qui me concerne, j'ai commencé par la première méthode, enrichie par la seconde en rencontrant mon futur mari. Je me souviens encore du sentiment douloureux de manquer parfois de mots pour exprimer ma pensée le plus justement possible. Ce souci de justesse ne me quittera jamais.

   Les hasards de la vie ont fait que le français est devenu non seulement mon métier mais aussi ma langue de tous les jours. Nous nous sommes adoptés mutuellement mais je suis consciente que cette adoption me demandera du travail jusqu'à la fin de ma vie... Un travail jamais ennuyeux et très enrichissant.

   Dans la vie quotidienne, j'ai souvent les oreilles écorchées par les incorrections commises par snobisme ou négligences que l'on inflige à cette belle langue française. Comme si certains n'étaient même pas conscients de ses richesses infinies, ils agitent les 500 mots de vocabulaire squelettique qu'ils possèdent. Depuis un moment, l'envie me pousse à faire un petit bouquet non exhaustif de ces tics envahissants qui se propagent par mimétisme comme une incendie de forêt en été. De quoi je me mêle? De quel droit oserais-je épingler les défauts de natifs chanceux qui absorbent leur langue maternelle avec le biberon? D'autant plus que j'ai trop conscience de mes propres faiblesses et fragilités.

"ça va le faire", "pas de souci", "du coup", "en fait", "j'ai envie de dire", "on va dire ça comme ça", "focus", "genre", "en mode..." etc, etc... Ce sont souvent des expression "bouche-trou" pour meubler la conversation.

  En général par snobisme, les anglicismes, américanismes envahissent l'espace de la communication, la "cyber-espace" du bureau. Certains s'enracinent, d'autres essaient de le faire même s'il y a l'équivalent en français. Les "brainstorming", "call-conf", "management" et autres "challenges" hésitant entre anglais et français dans la prononciation, alors qu'un simple "défi" serait plus court pour ce dernier... Mais le plus horripilant est ailleurs: des petits monstres nés ces derniers temps dans les cerveaux technocratiques, repris par les média serviles et par le grand public soucieux d'être "in".

   Commençons par l'adjectif "compliqué". Essayez de tendre l'oreille: combien de fois l'entendez-vous dans la journée et à toutes les sauces? Il remplace tous les synonymes, faisant fi aux nuances de la gravité qu'il voudrait préciser. Plus de place pour "difficile", "complexe", "pénible", "grave", "délicat" et beaucoup d'autres nuances qui sont balayées par le seul choix qui s'impose. L'autre paire de jumeaux monstrueux mis au monde par la Covid : "présentiel" et "distanciel". Ils prospèrent et se répandent comme une pandémie. Ils font pâlir leurs aînés : "On est sur une commode Restauration" dit le commissaire priseur imbu de sa science. "Suite à notre conversation d'hier..." au lieu de "A la suite de notre conversation"... semble prendre racine. Ne parlons même pas de "au niveau de..." ou pire encore, "niveau efficacité, on est (au) top"... Quand on ne sait plus comment relier les éléments du syntaxe...

   Pour ma part, je reste avec Erasme de Rotterdam qui a dit: " La maîtrise de la langue est primordiale. Sans elle, on ne peut maîtriser le monde."  Langage riche et limpide = pensée riche et limpide, ajouterais-je volontiers.

 

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