Sándor Petöfi (1823-1849) * Fin de septembre
Le nom de Sándor Petöfi
incarne le poète pour tous les Hongrois : il n'y en a pas un seul qui ne connaîtrait plusieurs de ses titres, qui ne serait en mesure de réciter de ses vers. Il n'existe pas de localité dont une rue, une place ne porterait son nom. Pendant sa courte vie, il a écrit d'innombrables poèmes, à une période où la langue hongroise était menacée de disparaître sous la pression hégémonique de l'allemand des Habsbourg. Elle survivait parmi le peuple où Petöfi puisait souvent son inspiration.
Le poète participe activement à la révolte et à la guerre d'indépendence qui s'ensuit contre l'empire habsbourgeois et il disparaît sur un champ de bataille : de l'âme flamboyante de la guerre patriotique il devient le symbole du martyre de tout un peuple, à 26 ans...
Le poème qui suit a été écrit en 1847. Petöfi vient de se marier avec Jùlia Szendrey. La magnifique fougue amoureuse se teinte de mélancolie, inspirée par le paysage d'automne et prend une force particulière pour le lecteur qui sait : son testament se rélisera moins de deux ans plus tard. Jùlia, jeune veuve avec un enfant, se remariera quelque temps après, poussée par la nécessité matérielle. Les adorateurs de Petöfi ne le lui pardonneront jamais...
Parfois, par des nuits d'insomnie, je me récite ces vers qui me bercent délicieusement et tristement dans les bras de la nostalgie de la langue maternelle...
Szeptember végén Fin septembre
Még nyilnak a völgyben a kerti virágok, Le val est riche encor des fleurs de ses jardins,
Még zöldel a nyárfa az ablak elött, Et vert le peuplier dans la fenêtre ouverte.
De látod amottan a téli világot? Mais le monde d'hiver, l'aperçois-tu qui vient?
Már hó takará el a bérci tetöt. La neige sur la cime au loin donne l'alerte.
Még ifjù szivemben a lángsugarù nyár Encor l'été brûlant brûle mon jeune coeur,
S még benne virit az egész kikelet, Mais si la sève en lui monte et le renouvelle,
De ime sötét hajam öszbe vegyül már, Déjà des fils d'argent dans mes cheveux révèlent
A tél dere már megüté fejemet. Que les froids de l'hiver vont montrer leur vigueur.
Elhull a virág, eliramlik az élet... Car s'effeuillent les fleurs et s'enfuit notre vie...
Ülj, hitvesem, ülj az ölembe ide! Viens donc, ô mon aimée, te blottir sur mon sein.
Ki most fejedet kebelemre tevéd le, Toi qui tout contre moi mets ta tête chérie
Holnap nem omolsz-e sirom fölibe? N'iras-tu te pencher sur ma tombe demain?
Oh, mondd : ha elöbb halok el, tetemimre Si je meurs le premier, de ces deux que nous sommes,
Könnyezve boritasz-e szemfödelet? Mettras-tu, dans les pleurs, un linceul sur mon corps?
S rábirhat-e majdan egy ifjù szerelme, Si un autre t'aimait, se pourrait-il alors
Hogy elhagyod érte az én nevemet? Que tu quittes mon nom pour le nom de cet homme?
Ha eldobod egykor az özvegyi fátyolt, Si ce voile de veuve un jour tu le jetais,
Fejfámra sötét lobogóul akaszd, Comme un drapeau de deuil laisse-le sur ma tombe.
En feljövök érte a siri világbol Je viendrai le chercher, du noir où tout se tait,
Az éj közepén, s oda leviszem azt, Au cours de cette nuit où notre amour succombe,
Letörleni véle könnyüimet érted Pour essuyer les pleurs versés sur notre amour,
Ki könnyeden elfeledéd hivedet, Sur toi facilement oublieuse et parjure,
S e sziv sebeit bekötözni, ki téged Pour panser de mon coeur l'horrible déchirure -
Még akkor is, ott is, örökre szeret! T'aimant même là-bas, même alors et toujours.
traduction : Eugène Guillevic


