Le blog de Flora

Valentin, Valentine

13 Février 2016, 13:09pm

Publié par Flora bis

Valentin, Valentine

Depuis des jours, voire des semaines, St-Valentin envahit le monde de la pub'! Jusqu'à l'indigestion! Cette effervescence insistante est nécessaire pour susciter le goût de la fête, obliger les couples, débutants ou endurcis, à marquer leur attachement indestructible, réel ou espéré. Par là-même, enfoncer les autres, les solitaires, dans leur détresse d'exclus du cercle magique des gens heureux...

La solitude me tient compagnie depuis presque dix ans. Même choisie, elle peut s'avérer pesante, bien sûr. Cependant, je ne suis pas jalouse de ceux qui vont fêter demain: au contraire, je suis contente pour eux, car le bonheur est toujours bon à prendre là où il se niche!

Marquer cette date ne faisait pas partie de nos habitudes: trop insistant, comme les autres jours inventés assez récemment, afin de combler un creux commercial. Il faut bien booster les chiffres d'affaires des fleuristes, des marchands de petits cadeaux, de préférence de couleur rouge et en forme de coeur (même les marmites Creuset s'y mettent!), des vendeurs de chandelles, de sous-vêtements affriolants et les chiffres des restaurateurs!

Pour un jour, une soirée, les couples mettront leurs habits de fête, au propre et au figuré. Ceux que les années n'ont pas encore usés et pour qui le quotidien n'a laissé que des cicatrices superficielles, resserreront les liens et jetteront vers le passé un regard de satisfaction heureuse et considèreront l'avenir avec confiance. D'autres préfèreront ignorer l'échec amer de leurs illusions et passeront le jour scintillant sous un épais silence...

Pour moi, ce sera un dimanche comme un autre.

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La magie de la correspondance

6 Février 2016, 18:01pm

Publié par Flora bis

Ce matin, je suis tombée sur une lettre de Franz Kafka, extraite de sa correspondance avec Milena Jesenska, sa traductrice, de 14 ans sa cadette. 149 lettres en 10 mois, entre deux rencontres. Le séjour de Kafka dans un sanatorium où il soigne sa tuberculose met de la distance entre eux que les lettres tentent d'abolir.

Impossible de ne pas replonger dans un passé - le mien - qui semble déjà à plusieurs années lumière, où les portables, les SMS et les e-mails n'ont pas encore envahi notre communication... J'ai toujours mené une intense correspondance avec famille, amis et amoureux. Des pages et des pages noircies, écrites avec soin selon la relation qui me liait aux protagonistes. Un pur plaisir pour moi, la plupart du temps, sauf en cas de rupture, de séparation...

Je garde avec moi quelques boîtes remplies de ces lettres qui n'ont pas pris une ride et me ramènent à des décennies en arrière, me rajeunissant dans l'âme par le même sortilège. (Hélas, je ne possède pas celles que j'ai écrites.)

Je me suis demandé ce matin, en quoi consistait la magie de ce "trafic épistolaire"... Certainement, le temps jouait un rôle décisif dans cette sorcellerie, pour utiliser le mot de Kafka. Des jours d'attente, interminables. Le petit clic de la boîte aux lettres, longtemps guetté. L'enveloppe palpée, tournée entre les doigts, l'écriture familière qui, déjà, provoque le frisson délicieux car elle recèle la trace de la main de l'être aimé...

On se cache pour l'ouvrir car il est impensable que quelqu'un puisse surprendre cette intimité tant désirée... On plonge dans la lecture et le monde disparaît alentours...

On lit et relit plusieurs fois, laissant des intervalles s'écouler... Car il ne faut surtout pas répondre à chaud. Ces relectures permettent de mûrir la réponse, lentement, comme les fruits qui se gorgent de soleil...

Pour répondre, on s'enferme à nouveau dans le cercle magique; plutôt, on n'en sort pas... "L'amour, c'est que tu es le couteau avec lequel je fouille en moi", dit Kafka. Sans aller jusqu'au couteau, les mots, la distance permettent aux fantasmes de bâtir de merveilleux châteaux dans les brumes de l'imaginaire avec une audace que la réalité immédiate et crue rendrait impossible!

Il semblerait que notre époque pragmatique ait tourné le dos à ce genre de romantisme chronophage! Tout est à l'accéléré, un speed dating vous laisse peu de temps pour "conclure", peu de place aux fantasmes. Certaines applications sur le portable rendent possible la localisation d'un partenaire compatible et disponible à proximité si l'on a une demi-heure à perdre...

Alors, je retourne à mes vieilles lettres précieusement conservées et laisse à Kafka le soin de conclure dans une de ses lettres à Milena:

"C’est un commerce avec des fantômes, non seulement avec celui du destinataire, mais encore avec le sien propre ; le fantôme croît sous la main qui écrit, dans la lettre qu’elle rédige, à plus forte raison dans une suite de lettres où l’une corrobore l’autre et peut appeler à témoin. (...) Ecrire des lettres c’est se mettre à nu devant des fantômes ; ils attendent ce geste avidement. Les baisers écrits ne parviennent pas à destination, les fantômes les boivent en route. " (traduction: A. Vialatte)
La magie de la correspondanceLa magie de la correspondance

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Odilon Redon (1840-1916) * Extrait de son Journal

31 Janvier 2016, 12:18pm

Publié par Flora bis

Odilon Redon (1840-1916)  *  Extrait de son Journal

J'aime les écrits intimes, journaux de bord, correspondances, mémoires... J'aime les lire - et les pratiquer. Face à son cahier, stylo feutre à la main qui court avec souplesse sur la feuille blanche immaculée (ambiguïté assumée: est-ce la main ou le stylo qui court?), le diariste se recentre autour de ses réflexions, ses sensations, librement, dans l'élan spontané des mots qui affluent, attrapant au vol ceux qui semblent les plus justes.

J'ouvre le Journal d'Odilon Redon au hasard, à la page 105.

"Le talent est, après tout, le pouvoir acquis de faire fructifier des dons naturels; les notions de l'expérience nous y aident, l'amour des Maîtres aussi, mais j'entends ceux que nous aimons, et non pas ceux que nous choisissons. Certains artistes de mon temps, que j'ai vu débuter avec promesse, se sont perdus pour avoir choisi les Maîtres qu'ils devaient aimer. Leur intelligence les a perdus dans la recherche du bien et du mal; ils ont touché au fruit défendu.

Il faut aimer naturellement, indolemment, pour la joie, pour celle que nous recevrons un jour, comme une grâce. Et c'est proclamer la nécessité du loisir.

Le loisir n'est pas un privilège; il n'est pas une faveur; il n'est pas une injustice sociale: il est la nécessité bienfaisante par quoi se façonnent l'esprit, le goût, le discernement de soi-même."

(Odilon Redon: A soi-même Journal 1867-1915 éd. José Corti1961 4e tirage 2011)

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Des masques...

25 Janvier 2016, 17:42pm

Publié par Flora bis

"Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine,

que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans,

et que le masque, à la longue, devient visage."

(Marguerite Yourcenar: "Mémoires d'Hadrien")

Des masques... Je crois que nous en portons tous. Les plus faciles à déceler, ce sont ceux des acteurs: à la fin du spectacle, sous les applaudissements, leurs visages tout d'un coup changent d'aspect. Jusqu'alors, ils donnaient l'impression de porter celui de leurs personnages incarnés. En saluant le public, ils retrouvent le leur, comme "dénudé".

Dans la vie "réelle", dans la société, au travail, entre amis, jusque dans la famille peut-être, nous revêtons nos masques adéquats. Celui que les circonstances exigent de nous. Le gendarme qui vous contrôle sur la route, porte le masque de l'intransigeance, le psychanalyste demeure neutre et impénétrable, l'amuseur de service à la télé garde la grimace permanente de la bonne humeur. Notre sourire jovial dissimule nos rancoeurs refoulées afin de préserver les bonnes relations entre amis. Et la famille? En principe, c'est le terrain qui nous autoriserait le plus à être nous-mêmes. En réalité, ce n'est pas si simple. Je peux garder mon sourire joyeux pour cacher les tempêtes d'angoisse qui sévissent au fond de moi, pour ne pas inquiéter ceux que j'aime. Les enfants en premier lieu, car ils réagissent souvent en sismographes ultrasensibles...

Alors, pour faire tomber ce masque protecteur - qui peut devenir une prison - il faut s'abandonner. Ce n'est pas facile! A certains moments, un drame, une dispute, un cataclysme font tomber les murs de protection. Parfois, cet abandon de soi jusque là verrouillé survient dans une relation amoureuse si la confiance est gagnée. Plus rare que l'on n'imagine. C'est pour cette raison que la trahison est si douloureuse...

Seul(e) devant sa glace, fait-on tomber le masque? Je n'en suis pas sûre. Pas toujours, du moins.

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Soleil d'hiver

17 Janvier 2016, 16:47pm

Publié par Flora bis

Soleil d'hiver

La météo nous prédit le début du vrai hiver: verglas, neige, des degrés en dessous du zéro. Après tout, rien de plus normal pour un mois de janvier.

Pourtant, je ne peux m'empêcher d'y penser avec une certaine angoisse. Je me vois arpenter les trottoirs glissants, à petits pas crispés et prudents comme les petites vieilles craignant la chute fatale qui les clouerait sur leur fauteuil pour le restant de leurs jours... Où est la jeune femme qui affrontait les frimas sans crainte, la neige épaisse et gelée pendant des mois, sans même écouter les présages anxiogènes de la météo...? A quoi bon coller l'oreille religieusement, plusieurs fois par jour, sur les prévisions, alors qu'il suffit de regarder par la fenêtre pour savoir le temps qu'il fait! Quant le à prévoir, cela ne changera en rien le déroulement des choses, mise à part l'anxiété générée à l'avance.

Le soleil est bas mais il gagne quelques minutes de rabiot tous les jours. Je contemple sa progression sur les statuettes de la cheminée, passant sur l'élégante aiguière en cuivre sur la petite table ottomane, souvenirs d'Istanbul qui me ramène immanquablement vers la boutique de Kato dans le Grand Bazar, m'allégeant en même temps d'une trentaine d'années...

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Premières phrases 2.

7 Janvier 2016, 11:51am

Publié par Flora bis

Premières phrases 2.

Début d'année, débuts de romans...

Et si c'était les mêmes promesses, parfois si trompeuses?...

Les premières phrases sont très importantes, par moments accrocheuses, souvent pleines de promesses. Elles sont appelées à stimuler notre imaginaire, à l'inciter à aller plus loin, à ouvrir la porte (les pages) vers le monde merveilleux de l'histoire promise par l'auteur du livre. Il arrive qu'elles installent un pan du décor qui se compose devant nos yeux intérieurs et nous démarrons le film...

* "A Tanger, l'hiver, le café Hafa se transforme en un observatoire des rêves et de leurs conséquences."

(Partir, 2006 Tahar Ben Jelloun)

* "Erika Ewald entra discrètement, sur la pointe des pieds, comme quand on arrive en retard."

(L'amour d'Erika Ewald, 1904 Stephane Zweig trad. N. Taubes)

* "Les hommes ne se séparent de rien sans regret, et même les lieux, les choses et les gens qui les rendirent les plus malheureux, ils ne les abandonnent point sans douleur."

(Le Flâneur des deux rives, 1918 Guillaume Apollinaire)

* "Le matin du samedi 9 janvier 1993, pendant que Jean-Claude Romand tuait sa femme et ses enfants, j'assistais avec les miens à une réunion pédagogique à l'école de Gabriel, notre fils aîné."

(L'Adversaire, 2000 Emmanuel Carrère)

* "Je souhaiterais que mon père et ma mère, ou même tous les deux, car ils y étaient en conscience également tenus, eussent songé à ce qu'ils faisaient quand ils m'engendrèrent."

(La Vie et les Opinions de Tristram Shandy, Gentleman, Laurence Sterne 1759 trad. A. Hédouin)

* "Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu'on appelait la porte de l'ombre."

(Dans le café de la jeunesse perdue, 2007 Patrick Modiano)

* "Doukipudonktan, se demanda Gabriel excédé."

(Zazie dans le métro, 1959 Raymond Queneau)

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2016 est arrivé...

3 Janvier 2016, 17:17pm

Publié par Flora bis

2016 est arrivé...

Le monde est éminemment subjectif... Nous sommes le 3 janvier: un jour comme un autre.

En principe.

Seulement, nous savons que c'est le troisième jour d'une Nouvelle Année.... Nouvelle année, nouvelle ère! Nous nous accordons des chances vierges pour corriger quelques manquements, quelques ratages. Du moins, dans les intentions. Cela durera ou pas, nous essaierons. Nos décisions nous serviront de moteur, pour un temps. L'essentiel, c'est de positiver, n'est-il pas vrai?

Je me suis immergée dans le bain de champagne du bonheur des retrouvailles avec les enfants, en compagnie des parents de ma belle-fille. Dans leur appartement près de la Baie de Somme, faisant fi du temps venteux, du rhume carabiné qui me coupait le souffle, seuls comptaient la bonne ambiance détendue, bien rodée de notre équipe de sept, les plaisirs du palais et les bons rires des parties de cartes! Nos regards émerveillés sur les petites qui deviennent grandes au fil des années et nous nous empressons de profiter de leur présence avant qu'elles ne nous échappent vers leur vie d'adolescentes et d'adultes!

Je suis revenue, mes batteries morales rechargées pour un temps de ces étreintes ardentes et bienfaisantes qui réchauffent la vie solitaire. Mes poumons rabougris se sont gonflés de l'air vivifiant de la Baie, balayée par un vent puissant venu de la mer. Les infinies nuances du gris au vert amande douce se reflétaient dans l'eau oubliée des rigoles à marée basse. Seuls quelques chasseurs et leurs chiens foulaient les fonds mis à nu de la Baie de Somme.

Que la Paix règne sur la Terre!

Que la Joie soit dans tous les coeurs!

Que l'Amour règne parmi les hommes!

Voeux pieux ou pas, douce utopie qui n'a pas la moindre chance de se réaliser, n'empêche qu'ils demeurent nos souhaits fondamentaux, les plus ardents! Pour tous les gens de bonne volonté.

2016 est arrivé...
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2016 est arrivé...

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Voeu pieux mais sincère...

29 Décembre 2015, 19:28pm

Publié par Flora bis

Voeu pieux mais sincère...

Noël est passé, nous sommes entre deux festivités, au milieu du marathon des retrouvailles, des victuailles et d'autres délices du coeur et du palais. Le temps est resté particulièrement clément pour une fin de décembre mais nous sommes conscients que la facture se prépare déjà quelque part. Comme dit le dicton quelque peu énigmatique que je traduis en direct du hongrois "La givre ne râtera pas le chien" ... Avec un peu d'imagination, chacun comprendra le sens profond qui s'en dégage!...

Nous égrenons nos voeux comme les fées - et la sorcière - au-dessus du berceau de la Belle au bois dormant, tout en sachant qu'ils n'engagent que ceux qui y croient. Cependant, nous avons besoin de ce rituel pour tenter de conjurer le mauvais sort: qu'il nous épargne un peu, ainsi que ceux que nous aimons, famille et amis... Puis nous élargissons le cercle à tous les gens de bonne volonté qui sont légion.

Santé, bonheur, paix, prospérité - que demandons-nous pour la nouvelle année? Un peu de sérénité, assurément. Que ce monde qui donne parfois l'impression de s'emballer, d'échapper à tout contrôle de bon sens et de mesure, retrouve PAIX et HARMONIE... Même si nous savons bien que c'est de la pure utopie...

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Frémissement d'avant les fêtes...

21 Décembre 2015, 18:49pm

Publié par Flora bis

Frémissement d'avant les fêtes...

Il y a un frémissement dans l'air... Un frémissement secret, insaisissable qui annonce l'approche des fêtes. Sur la table, les cadeaux s'amoncellent, dans l'attente des papiers brillants et multicolores qui finiront déchirés au fond des poubelles... Peu importe: pendant l'instant qui compte, ils auront fait leur effet!

Les listes se multiplient: listes de cadeaux, de courses à faire pour les préparatifs, d'une multitude de choses à ne pas oublier! Stressant.

Ce samedi, à 7 h du matin, je monte dans un bus pour une journée de respiration que je m'autorise dans la course. Direction Paris, pour visiter deux musées. C'est l'association des Amis du Musée de ma ville qui organise la sortie.

Le premier, en bordure des Bois de Boulogne, je ne le connais pas. Le Musée de Marmottan, joli hôtel particulier accueille l'exposition d'une partie de la collection d'un couple suisse, les Hahnloser. Impressionnistes et quelques post-impressionnistes éblouissent les visiteurs. C'est toujours le même choc émotionnel lorsqu'une oeuvre apparaît devant moi "en vrai" pour la première fois, me permettant d'entrer dans le monde de l'artiste, d'approcher ses couleurs et ses touches de pinceau...

Notre bus nous dépose ensuite près du Jardin du Luxembourg, pour visiter l'exposition "Fragonard amoureux". Sa peinture respire le bonheur, l'esprit libertin, frivole et précieux à la fois, aboutissant à la fin de sa vie dans l'allégorie moralisatrice, annonçant le 19ème siècle.

Avant le départ, en guise de cadeau de Noël, notre chauffeur nous offre une promenade sur l'avenue des Champs Elysées illuminée, noire de monde... Défi aux terroristes qui voulaient mettre à genou l'esprit des fêtes: pendant la journée printanière, au soleil tiède digne d'un mois d'avril, les terrasses des cafés ne désemplissent pas...

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Soirée littéraire entre nous

11 Décembre 2015, 11:42am

Publié par Flora bis

Soirée littéraire entre nous

Avant-hier soir, nous nous sommes réunis chez moi: une dizaine d'enthousiasmes et d'amours de la littérature qui bravions fatigue et froid. Beaucoup d'habitués étaient pris ailleurs en ce mois de décembre si rempli d'événements pressants et intéressants!

J'avais proposé le thème "Mon Paris", "Ma France", poussée par l'ambiance lourde de cet automne, entre attentat et élections aux sinistres présages. J'avais envie d'affirmer que l'amour du pays n'appartient pas exclusivement aux extrêmes qui s'en sont appropriés car celui-ci était abandonné frileusement par les autres...

Moi-même - cela allait de soi - j'ai choisi les écrivains, poètes et artistes étrangers qui sont venus en France, attirés par une culture fantasmée. Confrontés à la réalité, certains ont été déçus, d'autres sont restés, devenus partie intégrante du patrimoine culturel de la France, l'enrichissant tellement bien que beaucoup de Français ne savent même pas qu'ils étaient nés ailleurs!...

Beaucoup d'écrivains étrangers ont choisi la langue française comme langue d'écriture. Ils sont des centaines! Beckett, Ionesco, Sarraute, Tzara, Levinas, Kundera, Alexakis, Cheng, Kristeva, Cioran, Gary, Troyat, Semprun, Carrère-d'Encausse et la liste est encore longue!

Le Russe Andreï Makine, nourri par l'héritage d'une grand-mère française atterrie en Russie, a fini par s'installer en France et obtenir le prix Goncourt (1995) pour son roman "Le testament français". L'Américain Jonathan Littell est primé en 2006 pour "Les bienveillantes", l'Afghan Atiq Rahimi lui emboîte le pas en 2008 pour son roman "Singué sabour", sans parler de Gao Xingjian qui a obtenu le 13ème prix Nobel de la littérature française, avec son roman monumental "La montagne de l'âme". Eduardo Manet, Nancy Huston, Zoé Valdès, Hector Bianciotti, Nina Berberova... et la comtesse de Ségur! Tous ont choisi la langue française pour créer. Certains avaient déjà une oeuvre importante derrière eux dans leur langue maternelle, pour d'autres, la source de l'inspiration a jailli grâce à la langue française. D'évidence, écrire dans une langue d'adoption permet la mise à distance entre l'écriture et les émotions qui la nourrissent.

Les Français sont parfois étonnés quand je leur dis que pour moi, le français est la langue de l'écriture par excellence. Probablement, beaucoup d'entre eux n'ont pas conscience du trésor qu'ils ont reçu à la naissance. Trésor que nous, nés à l'étranger, devons nous approprier de haute lutte, au prix des efforts qui ne prendront fin qu'avec notre dernier jour... Mais quel plaisir intense lorsqu'on a la sensation jouissive de trouver le mot juste à sa juste place!

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