Le blog de Flora

Divagations

3 Février 2019, 18:48pm

Publié par Flora bis

"(...)Le tourment est loin d'être apaisé: il va et vient, tourne en rond comme de l'eau sale, charriant les détritus de la crue violente et inattendue... Il menace de lui arriver jusqu'au menton, jusqu'à la bouche pour le noyer.

Toujours, les images surgissant du néant. Il suffit de les dépeindre. Il suffit... Cependant, il manque toujours un détail: ce n'est pas de la photo. Au lieu d'appuyer sur le déclencheur, il faut extraire les mots de ses entrailles, creuser toujours et de plus en plus profond. Pour atteindre la quiétude.

L'inspiration se traduit souvent par un besoin sourd et lancinant, impérieux qu'il faut laisser s'exprimer. Forcer même parfois. Sa petite vie qui lui semblait étriquée, presque un enfermement, une fois menacée devient un havre précieux où il peut imaginer atteindre le terme de sa vie. A condition de pouvoir mener à bout ce qui pourrait en réaliser le sens. Sans même savoir forcément si cela deviendra autre chose qu'un acte solitaire enfermé dans une bouteille larguée au hasard des vagues des événements. Plus tard, il conviendra organiser tout cela car l’organisation, même hasardeuse, lui conférera un sens supplémentaire.

   Que veut dire "réussir"? Être reconnu, oui. Par qui? Par ceux qui l'aiment, bien sûr.  Reconnu aussi par ceux qui ne le connaissent pas vraiment: d'eux, il peut espérer un peu d'objectivité et surtout, de compétence impartiale.

Soif de revanche de l'éternel dilettante? Condamné au dilettantisme désormais éternel, par son inertie, sa paresse et peut-être, qui sait, par son manque de talent, tout simplement. Il ne le saura sans doute jamais... Et alors? Dans le Néant, cela ne le concernera plus; cela n'excitera même pas les survivants... Ce serait toutefois amusant de savoir... Depuis son urne qui trônerait sur la cheminée.

Il n'a aucune envie de reconnaissance superficielle et médiatique, être traîné de plateau en plateau parmi le people "kleenex" éphémère, pressé comme un citron et jeté à la poubelle aussitôt... Avec le temps, il déteste de plus en plus le superficiel, n'ayant de l'attirance que pour de l'authentique, du vrai... Serait-il devenu péremptoire? Il s'agit plutôt d'un besoin d'être au plus près du sens... De s'éloigner de l'à peu près. 

D'où vient ce besoin de plus en plus fort de se calfeutrer à l'intérieur  -  à l'intérieur de lui-même?  -  de se rouler en boule dans une attente stérile ou alors, de s'approcher timidement de l'écriture, sur papier ou sur clavier, et de se jeter dans cette euphorie des mots, sans limite, la seule liberté qu'il ait connue...

Même des règlements de compte déguisés doivent muer comme des serpents, laisser leur peau primitive et s'habiller de peau neuve : il n'y a que le serpent qui demeure le même, il a juste grandi...

Le passé remonte par volutes de parfum, agréable la plupart du temps. Comme si la perception primordiale des odeurs précédait toutes les autres et qu'elle s'effaçait la dernière, comme une preuve ultime de notre animalité. Mais comment rendre ce souvenir par des mots? Comment faire sentir les saules au tronc tortueux, à l'aspect de momies desséchées qui, miraculeusement, donnent naissance à des branches frêles, au vert tendre, une fois le printemps arrivé? Soudain, cette indescriptible tiédeur de l'air, dans laquelle on a envie de fondre, et dans laquelle on avance, les narines frémissantes, pour se remplir des odeurs païennes de l'éveil de la nature...

Petit paragraphe parfois, plus long à d'autres moments, l'édifice monte petit à petit, selon le temps ou l'inspiration.... Restera-t-il inachevé?... Disparaîtra-t-il dans un bug banal ou planétaire? Qui peut le dire?... Il vaut petit-être mieux ne pas le savoir. (...)"

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