Le blog de Flora

Un silence bruissant

26 Avril 2021, 12:23pm

Publié par Flora bis

   Les oiseaux chantent à tue-tête dans le prunier et le noyer géants de mes voisins. S'il n'y avait pas le petit vent frais qui nous balaye toute la journée  -  et qui m'empêche de tondre la pelouse  -  je serais en ce moment sur ma terrasse, en train de savourer le soleil qui descend tout doucement sur l'Occident. Mais à mon âge, on sait que le fond de l'air frais d'avril est trompeur et qu'il faut se méfier du soleil hypocrite qui vous réchauffe de face, tout en vous glaçant le dos. 

Laurent Grasso: Panoptès (ou Argus, marbre)

Très souvent, mon unique partenaire de conversation n'est autre que moi-même... Le plus souvent mais pas tout le temps. Et c'est bien ainsi. Il serait insupportable de chercher désespérément l'oreille compatissante pour y déposer nos ennuis, nos vides ou nos trop-plein de souffrances et de nous offrir ainsi un réconfort factice, momentané. Tant que nous-mêmes ne sommes pas capables de les dominer, ces démons toujours affamés, ils réapparaitront, rampant, tous crocs affûtés. Nous transformant ainsi nous-mêmes en vampirs énergivores qui accablerions nos interlocuteurs de nos pensées négatives, les laissant exsangues, à terre, chargés non seulement du poids de leurs problèmes mais aussi des nôtres... Les gens cherchent des partenaires de conversation "solaires" qui les soulèvent et les réchauffent de leur gaieté, de leur optimisme à toute épreuve, plutôt que ceux qui mettent leur moral plus bas que terre.

   "Le silence est fait de paroles que l'on n'a pas dites" affirme Marguerite (Yourcenar). Oui, il bruit, il réconforte, il répare... Il accouche, parfois, des idées lumineuses, sensibles, profondes qu'il convient de saisir au vol et ranger précieusement, remèdes fugaces contre les crocs affûtés...

   

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De la beauté et de ses répercussions

16 Avril 2021, 11:07am

Publié par Flora bis

   Cette semaine, j'ai publié sur F-B une de mes photos, prise il y a bien longtemps, à mes 22 ans. Je ne l'aimais pas trop, ne la trouvant pas tout à fait moche, mais la beauté ne me venait même pas à l'esprit. Je l'ai quand-même publiée... Pourquoi? Un vague sentiment d'indulgence m'a effleurée: finalement, elle n'était pas si mal, cette jeune femme qui portait sur son visage l'air commun à tous les jeunes gens... La beauté de la jeunesse. Celle qu'il faut fixer sur des images car elle est tout sauf immuable.

à 15 ans

Me concernant, l'idée de la beauté ne m'a jamais effleurée. Ce n'était pas un tourment, non plus: elle n'entrait pas en ligne de compte, tout simplement. J'étais, de plus, assez maigrelette (si, si!), pendant les vacances, la famille m'envoyait chez mes grands-parents, dans l'espoir que je reviendrais avec quelques kilos en plus. Peine perdue! Mes résultats scolaires étaient les seules sources de compliments que j'ai eus de la part de mes parents... 

Changement à Moscou: j'ai commencé à y croire un peu... Certes, pas à ma beauté, mais à un certain charme que je possédais, apparemment, et qui attirait... Je me souviens d'une soirée où je dansais, dans la petite robe bleue empruntée à ma copine pour l'occasion, et un des participants, enflammé mais toujours impeccablement correct, m'a dit à l'oreille: "Ты здесь королева!" ("Ici, c'est toi la reine!") J'ai été sidérée, n'y ayant jamais pensé, bien sûr! 

à Moscou

Je me demande maintenant, à mon âge où la beauté n'a plus que la chance mince d'être intérieure, quelle est l'origine de tout cela? Dans ma famille, comme chez beaucoup d'autres, il n'était pas d'usage d'évoquer la beauté des uns ou des autres. Cela aurait été considéré comme "vanité" sévèrement bannie. C'était un caprice des riches qui avaient du temps à perdre. Pire encore: ma mère, en guerre latente avec sa belle-mère, m'a souvent dit que ma grand-mère était laide (avec une grosse dose de subjectivité injuste de sa part, d'ailleurs), et lors qu'elle m'en voulait, me disait que c'était à elle je ressemblais!... Il y a mieux pour cultiver l'estime de soi chez un enfant, me semble-t-il...

ma grand-mère paternelle

  

   

   

   

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La Frise...

7 Avril 2021, 10:28am

Publié par Flora bis

   Le week end de Pâques est passé, solitaire, pas festif du tout, reposant, certes, mais ne laissant derrière lui qu'une longue traîne immobile et culpabilisante... Que de temps gaspillé sur le sablier implacable de ma vie! Au lieu de profiter de cette disponibilité que je devrais ressentir comme un cadeau rare, je reste recroquevillée devant le désir paralysé de bouger du point mort, de dérouler ma frise, par exemple, autrement que dans ma tête... Depuis plus de 15 ans, je m'accroche à cette idée comme à un espoir ultime de quitter la vie avec la minuscule satisfaction de laisser derrière moi une preuve palpable, celle-ci, peut-être, d'avoir existé un court instant... Une illusion comme bouée de sauvetage.

dessin d'Alice à 3 ans

   Des images et des mots... Les uns ou les autres, voire les deux ensemble. Impossible de choisir entre ses enfants. Ils se complètent si bien! La sensualité des images, la justesse des mots pour susciter des images qui font appel aux sens, à leur tour.  Pour rendre la complexité de la vie, du moins la mienne, infime en apparence, où il se passe de moins en moins d'événements visibles au regard extérieur mais où je suis la seule à me débattre avec un univers entier d'idées et de sensations. Qui s'achèvent irrémédiablement sur la même question: "A quoi bon?..."

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Effets secondaires

2 Avril 2021, 10:50am

Publié par Flora bis

   Ca y est, le 31 mars, j'ai reçu la deuxième piqûre du vaccin Pfizer-BioNTech. A 14h30, j'étais seule à attendre dans l'immense gymnase aménagé en "vaccinodrome", et après le protocole d'usage et un petit café réconfortant, je suis partie dans la foulée faire mes courses alimentaires de la semaine.

   Le lendemain matin, je me suis levée un peu chancelante, en proie aux vertiges et autres faiblesses passagères. Tension prise, j'ai constaté qu'elle avait chuté de 6-7 points par rapport à l'habituelle. C'est dire que j'étais incapable de rester devant mon ordinateur  -  mon occupation ordinaire de la matinée à me rattacher au monde extérieur  -  pour répondre au courrier et aux messages, à publier éventuellement un nouvel article sur mes blogs français ou hongrois ou sur Facebook. J'ai passé le reste de la matinée dans mon fauteuil IKEA, à moitié allongée, car à 14h30, je devais participer à une petite réunion associative à six que je ne voulais pas manquer.  Mes amies m'ont amenée avec elles et j'ai passé l'après-midi à demie-éteinte, à discuter des choses sérieuses et des plus futiles aussi, en buvant un verre de champagne pour fêter dignement l'anniversaire de l'une de nous. Peu à peu, en fin d'après-midi, j'ai retrouvé mon état habituel. Je me suis dit: voilà les fameux effets secondaires du vaccin; si ce n'est que ça, ce n'est pas grave, il suffit d'attendre et ça passera! En effet, ce matin, les choses ont retrouvé leur place familière et ma tête, mes jambes leur assurance des jours ordinaires. Le beau temps semblent fini dans le Nord, la grisaille est de retour. Le "confinement ouvert" oxymorien est étendu sur toute la France, les vacances scolaires sont légèrement chamboulées, la population oscille entre résignation consensuelle et inertie apathique, voire quelques sursauts d'humeur festive générée par le soleil... On a de plus en plus de mal à se souvenir d'une autre vie, celle d'AVANT... Effet secondaire d'une pandémie interminable.

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