Le blog de Flora

Réveiller les fantômes

8 Février 2019, 17:01pm

Publié par Flora bis

   La mémoire est un travail, dit Boris Cyrulnik. Je le sens bien. Quelques heures de plongée archéologique de la sorte et je suis épuisée comme si je remontais du fond de la mine! Je puise dans mes entrailles, je gratte, j'érafle, je creuse... Ma tête est dans un étau... A quoi sert cette torture ? A qui profite-t-elle ? L'expression « ça me prend la tête » est très juste. Je fais cette auto-punition pour me sentir mieux après. Et ce n'est même pas dans un espoir narcissique puisque personne ne le lira... Abnégation, oui. Plaisir post-torture, nettement.

   Je fouille ma mémoire, dans le désordre... Je tente de réveiller mes fantômes... Ils étaient si familiers, si éternels... Ils semblaient indestructibles, inamovibles. Certains occupaient plus de place que d'autres. Les plus discrets, plus effacés, plus ternes se sont éclipsés, dociles, sans réclamer plus d'égard dans les regrets des survivants. A quoi tient cette sorte de longévité? Sans doute à l'espace que l'on occupe de notre vivant dans la vie des gens. Les casse-pieds, les emmerdeurs, les salauds nous envahissent autant que les saints, sinon plus.

   J'ai accompagné quelques uns dans la souffrance de la fin. Je ne pouvais m'empêcher de penser en les regardant : « tu es bien là, réel(le), tu souffres, tu penses, on échange des mots et des émotions sans paroles et bientôt, il ne restera rien de toi, rien de matériel, de sûr et palpable, rien que des souvenirs immatériels, de la mémoire changeante et incertaine... » 

   Toutes ces épreuves dont je suis témoin, me consument à moitié. Elles me reviennent à la figure comme une avalanche. Contrairement à mon père, à mon frère, partis sur la pointe des pieds, discrètement, laissant un vide douloureux mais dépourvu de cette image de souffrance crue. Avec plein d'égards pour moi, dans leur cercueil hermétiquement scellé bien avant mon arrivée.   

   Dois-je ressusciter les fantômes du passé ? Ces éléments mouvants ou immobiles de mon passé que je me figure, la plupart du temps, comme une scène où se déroulera ma vie... Il y a des figurants en attente de mon signal pour s'ébranler... L'éclairage est plein, tous les projecteurs allumés sur une ambiance solaire, alanguie de chaleur estival...

(ill. grands-parents paternels)

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