Le blog de Flora

Déconfinement...

29 Avril 2020, 18:35pm

Publié par Flora bis

   J'ai écouté le discours du premier ministre à esquisser les perspectives du "déconfinement". Je me suis rendu compte que mon état d'enfoncement dans les profondeurs de l'isolement presque total était déjà tellement avancé que je n'arrivais même pas à me réjouir... Le déconfinement sera progressif, très lent. Heureusement pour moi qui supporterais difficilement une nouvelle secousse.

   Oui, depuis les premières alarmes suivies du débordement des urgences et le nombre de morts égrené jour après jour, les restrictions successives, nous avons encaissé des chocs réguliers qui nous ont renforcés peu à peu dans le sentiment du danger de mort imminent et invisible... J'évoque ici le cas d'une personne que je connais bien, de l'âge défini comme "à risque" avec quelques complications de santé. A cette occasion, j'ai appris un mot pour moi nouveau mais non moins effrayant: "comorbidité". Les médecins aiment bien utiliser un vocabulaire qui fait peur: c'est normal, ils ont assez souffert pour l'acquérir pendant leur long apprentissage et ce jargon hermétique impressionne avantageusement le patient déstabilisé... Bref, nous avons fini par atteindre un état friable, inconsistant, flottant dans un espace/temps indécis où l'on évite de se projeter dans l'avenir...

   Enfermés dans nos forteresses presque inviolables  -  à condition de ne pas mettre le nez dehors et de ne laisser entrer personne  -  nous pouvions nous sentir à l'abri.. La moindre sortie  -  avec notre propre autorisation contrôlable et verbalisable  -  relevait d'une aventure à nos risques et périls. 

   L'homme est un être éminemment social. Le priver des gestes élémentaires de sociabilité le plonge dans la dépression. Les poignées de main, les embrassades, les caresses, les regards et les sourires, la voix et ses modulations  -  tellement éloquentes au-delà même des mots  -  sans ces signes de proximité et d'affection l'humain dépérit. Un ou deux mètres de distance et le regard fuit. Le masque cache presque tout le visage et son expression. Et la froideur lisse de l'écran ne pourra jamais s'y substituer.

d'après l'affiche du film "Le silence des agneaux"

 

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7 ans déjà...

23 Avril 2020, 12:10pm

Publié par Flora bis

 

J'ai le projet d'écrire un texte pour être lu sur scène et ayant comme thème les "Mères"... La mienne est morte il y a tout juste 7 ans, à l'hôpital, après 3 mois passés dans une maison de retraite. A 1700 km de moi. Je l'ai revue quelques semaines Avant. J'ai encore cette ultime rencontre sur le coeur comme un poids énorme. Celui de la culpabilité qui n'est pas prête à m'abandonner. Il m'enfonce dans les profondeurs, me coupe la respiration. Je suis en apnée.

   Je n'avance pas dans le texte. Sans arrêt, la figure de ma mère éclipse les autres, elle se réclame la première place. Pourtant, ce texte, je ne le veux pas trop personnel afin que (presque) toutes les mères  -  les nôtres et celles que nous sommes devenues  -  puissent se refléter dans ce drôle de kaléidoscope. Que l'on puisse sourire à travers les larmes... 

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Pause mélo

17 Avril 2020, 20:11pm

Publié par Flora bis

   Il y a 2 jours, j'ai regardé "Sur la route de Madison" de Clint Eastwood. Pour la troisième fois, depuis sa sortie en 1995. Un mélodrame culte.

   Une pause irrésistible dans le flot des informations anxiogènes, parmi les films aux bonnes vieilles recettes de rigolade usée, sous prétexte que pour un nouveau né toutes les blagues sont neuves... Par ces temps de confinement, de dangers invisibles et rampants, sans doute avons-nous besoin d'une tornade de sentiments  -  ne serait-ce que par procuration  -, d'un bon déluge de larmes pour nous laver de nos angoisses... Les angoisses, peurs de l'invisible peuvent-elles s'atténuer par l'extase des sentiments, ce manège qui vous fait vous envoler jusqu'au ciel et vous redescend aussi vite, pour toucher terre dans le désespoir?... Pour la troisième fois, je suis tombée dans le piège.

   Paysages de l'Iowa dans le Midwest, vallonnés, avec leurs fermes isolées parmi les champs de maïs interminables où le temps se fige. Francesca y a enterré ses rêves lorsqu'elle s'était installée ici avec son amoureux, un soldat américain rencontré à Bari, en Italie. La vie s'écoule au ralenti, heureuse, croit-elle, avec un mari taiseux et deux adolescents, qui lui parlent peu, juste le nécessaire. La maison à astiquer, les repas à préparer, le potager, les cancans des voisines et la poussière soulevée par le vent...

   Justement, c'est un nuage de poussière qui amène Robert, le photographe globe-trotter sans attache et les 4 jours passés ensemble bouleversent leur vie. Francesca, la quarantaine passée, encore belle comme les fleurs qui s'offrent une dernière splendeur avant de se résigner à faner... Robert, buriné, sec, n'est plus très jeune mais il lui offre quelque chose de rare: son regard, son attention, un regain de rêve qu'elle avait enfoui depuis bien longtemps.

   La brièveté de leur rencontre exacerbe l'intensité de leurs sentiments. C'est en 4 jours qu'ils doivent vivre des années... La sensation de la fin qui approche avec le retour de la famille leur fait passer toutes les étapes à la fois: l'approche de la séduction, la tentation et l'embrasement de la passion, puis la séparation. La raison triomphe: Francesca choisit les enfants et le mari bien brave au fond car elle sait très bien que l'amour passion ne survivrait pas à l'épreuve du quotidien, avec une culpabilité latente... Mais sa vie ne sera jamais plus la même: avec ce trésor caché au fond d'elle, elle a retrouvé le refuge du rêve...

 

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Cinquième semaine - quelques réflexions inutiles

14 Avril 2020, 10:41am

Publié par Flora bis

   Cinquième semaine. Hier soir, le président de la république a annoncé dans son discours ce que nous pressentions tous: le déconfinement ne débuterait pas avant le 11 mai. (Tiens, "déconfinement" : ces notions nouvelles deviennent si vite familières!)

   Ce n'était pas inattendu mais la frustration, l'impatience de certains  -  et parmi eux, il y en a qui ne sont pas les plus mal lotis avec grande maison, jardin  -  s'expriment en contestation: il faut descendre dans la rue, réclamer notre dû, masques, tests, liberté de circuler, la vie comme avant mais en mieux! Le pouvoir ne fait que de mentir, c'est de leur faute si on en est arrivés là... (d'autres "complotistes" plus radicaux n'hésitent pas à reprocher aux puissants un "lâcher de virus" afin de mieux museler la foule de soumis et d'opprimés.)

   Certes, il sera légitime de demander des responsabilités aux décideurs de ces dernières décennies qui ont forcé la transformation de la gestion de la santé en une entreprise qui doit gagner du fric au lieu d'en dépenser... Et même ainsi, et grâce au dévouement du personnel soignant, ce système a réussi à faire face à la tempête virale. En prenant soin de façon égale des riches et des pauvres.

   Je manque peut-être de veine révolutionnaire (quelque peu échaudée par une jeunesse dans un système communiste) mais je fonce rarement sans réflexion, tête baissée aux premiers slogans appelant à casser "ceux d'en face"... Cela ne veut pas dire d'applaudir à l'arrogant mépris de ceux qui étalent leur richesse, leur toute puissance sans partage, qui fraudent de façon éhontée ou qui le cachent pudiquement pour ne pas se faire remarquer... Dans une démocratie même imparfaite, il y a la loi qui doit protéger tous les citoyens, surtout les plus démunis qui n'ont pas d'autres moyens pour se défendre. 

céramique d'Andrea Vertel

   

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En cage (presque dorée...)

7 Avril 2020, 11:09am

Publié par Flora bis

   Quatrième semaine... L'effervescence fébrile de la nouveauté est passée en laissant la place à une ambiance étrange. Plutôt blasée. Comme si, fatigués d'être choqués, paniqués, nous nous résignions à vivre dans une sorte de vacuum isolés du monde et du temps... 

   Tout cela me fait penser au film d'Alain Resnais "Mon oncle d'Amérique" qui m'a beaucoup impressionnée à sa sortie et qui expose et illustre la théorie du professeur Henri Laborit concernant les réactions de l'individu dans une situation verrouillée. Lors des expériences scientifiques, on observe le comportement  -  éclairé par les explications du professeur  -  des rats enfermés dans des cages. Les histoires humaines relatées parallèlement dans le film illustrent la thèse des rats.

   Notre situation de "confinement" obligatoire me rappelle la théorie du pr. Laborit sur "l'inhibition de l'action". Que se passe-il lorsque l'individu ne peut ni lutter ni fuir face à une situation sans issue? L'inhibition de l'action mène à l'anxiété qui diminue les défenses immunitaires... 

   La seule défense consiste à un "oubli forcé" qui préserve la santé mentale. Le rat subit des électrochocs répétés qui inhibent sa mémoire. "L'oubli forcé est ici, pour le rat, un moyen efficace de sauvegarde face à une situation inhibitrice qui se répète."

    Depuis un moment, je me demandais pourquoi j'avais la sensation de vivre dans un espace-temps un peu opaque, indéfini où je devenais incapable de me projeter dans l'avenir, ne serait-ce que de quelques jours. Où je fuyais les souvenirs dont le manque me faisait souffrir... Serais-je en train d'illustrer la brillante théorie du professeur Laborit et le comportement de notre frère le Rat, coincé seul en cage?...

 

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