De la nostalgie...
"L'écriture n'est pas une fin en soi, elle est la nostalgie d'un ravissement."
(Yasmina Reza)
Cent fois vrai pour moi. Il y a " la nostalgie" et il y aussi " le ravissement". Ils servent de moteur et de carburant, de terreau nourricier dans lequel peut s'épanouir le désir de l'écriture.

Ma nostalgie me ramène invariablement vers les souvenirs heureux: de mon enfance, de la jeunesse où l'on se croit invincibles, où l'on a (presque) toutes les audaces. J'étais de nature plutôt prudente, peu téméraire, mes vingt ans m'ont vue pousser des ailes d'indépendance, une envie irrépressible de goûter à la vie, me suggérant "Tu as le droit!" Bien sûr, il ne faut pas imaginer des aventures extraordinaires dans les années 1960-70, dans les cadres étroits d'un régime communiste (même dans "la baraque la plus gaie du camps communiste", comme on appelait la Hongrie de cette époque de la consolidation ayant suivi la révolution de 1956). Nos révoltes et prises de risque étaient bien disciplinées, pour ne pas dire intimes et souterraines. N'empêche que cette sensation de "croquer la vie" voire de "après moi le déluge" nous imprégnaient avec une force irrésistible. Mon ange gardien que j'ignorais encore superbement avait beaucoup de boulot qu'il accomplissait sans rancune.
Et moi, sans le savoir, j'accumulais ce terreau nourricier...