Le blog de Flora

Entre deux réveillons

28 Décembre 2018, 19:50pm

Publié par Flora bis

Entre deux réveillons

   Cela fait deux jours que je suis chez moi, que j'ai retrouvé le silence et la solitude, reposants au départ, après la cavalcade de Noël chez les enfants. Ils sont méritants d'avoir réuni autant de monde! (Il en faut toujours qui se dévouent pour resserrer les liens familiaux et amicaux...)

   Nous, les parents (les 3 restants) étions attendus dès dimanche midi. Le lendemain, le frère de ma belle-fille est arrivé avec sa fillette. Et le 25, à midi, six cousins se sont joints à la tablée déjà bien garnie.

   Le soir du 24, distribution des cadeaux: des choix finalement réussis, causes  de tracas préalables, entre envie de faire plaisir et peur de ratage... Une table soignée et des mets succulents, des bons vins  -  pour nous, il est vrai, Noël est plus proche dans l'esprit aux fêtes païennes antiques aux alentours du solstice d'hiver, célébrant la promesse de la Lumière.

   Au premier verre, j'ai eu envie de faire un petit discours mais finalement, j'y ai renoncé, de peur de paraître grandiloquente. C'était une pulsion intime, pour attirer l'attention, à un moment fugace dans la cavalcade des préparatifs, de l'adrénaline qui permet d'accomplir des prouesses, sur l'importance de l'instant: suspendons la course folle du temps afin qu'il ne nous échappe pas une fois de plus, saisissons la profondeur de cet instant qui nous réunit une fois encore, nous permettant de ressentir la chaleur vivifiante de l'autre... Prenons conscience de nos batailles, de nos défaites et de nos victoires surtout, puisque nous sommes toujours là, assoiffés de Lumière.

   

Entre deux réveillons
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Noëls, Noël...

18 Décembre 2018, 19:21pm

Publié par Flora bis

    Sur la plupart des blogs hongrois que je fréquente, une ambiance de solennité discrète règne; les quatre bougies de l'Avent s'allument les unes après les autres, une par semaine jusqu'à Noël.

   Etonnante ferveur chrétienne dans mon pays natal! Je l'ai quitté à 26 ans, en plein régime communiste. Je n'ai jamais connu cette habitude, pas de couronne d'Avent, ni même de messe de minuit le 24 décembre. Pourtant, ma grand-mère m'obligeait à suivre une éducation religieuse avec catéchisme (je garde l'image du curé qui venait à l'école à vélo, en soutane attachée avec des pinces pour ne pas se la faire prendre dans les rayons), confessions et messes, jusqu'à mes 14 ans où j'ai eu le courage de dire non. Il faut dire que ma grand-mère elle-même n'allait presque jamais à l'église  -  est-ce la grande distance à pied qui la rebutait  -  toujours est-il que le sauvetage du salut des six âmes de la famille reposait sur mes frêles épaules. 

   Enfants, avec mon frère, nous avions des idées assez confuses de ce que nous attendions de Noël. Il était vaguement question de la naissance d'un bébé dans une étable parmi les bêtes, un petit Jésus qui, à peine né devenait adulte et nous apportait le sapin décoré et les cadeaux. Un enfant, finalement, ne s'étonne de rien, il remplit les cases vides à sa façon et accepte fort bien le flou artistique. Pas de crèche dans la maison, je l'ai connue bien plus tard, dans ma belle-famille, en France.

   

 

Je tiens beaucoup à cette fête qui ne revêt pour moi aucun aspect religieux. Je célèbre l'amour qui réunit la famille, la conscience de l'importance des liens qui nous rassemblent, qui sont parfois fragilisés, qui perdent des chaînons remplacés par d'autres, qui s'enrichit des "pièces rapportées" soudées aux autres de façon que l'on souhaite éternelle.

   

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Mi-décembre avec rhume

15 Décembre 2018, 17:49pm

Publié par Flora bis

Cathédrale de Laon, traces de polychromie

Cathédrale de Laon, traces de polychromie

   Dehors, la température avoisine le 0°. La neige n'est pas loin. Les fêtes de Noël et de Nouvel An approchent à grands pas. Un rhume monumental me bloque à la maison, ainsi, au lieu de courir la cohue commerciale, j'écoute le bruissement du grésil sur le toit. 

   Je feuillette mon journal de bord: que s'est-il passé il y a 1 an? 14 décembre  2017, jeudi: La consultation avec le dr B. a été ultra rapide! A peine le temps de m'assoir, "Montrez-moi ce sein", déboutonnage, reboutonnage et déjà dehors! Quelques bribes sur une réduction du nombre de séances (je n'ai rien compris, tant c'était rapide)... C'est stressant, tous ces "soignants" toujours pressés! On a l'impression de les déranger..."  Cela me ramène dans l'ambiance de la radiothérapie, les coups de barre qui ont suivi immanquablement, avec effet cumulatif, les trente séances. Tous les jours, sauf samedi, dimanche et jours fériés. Le cancer aussi a le droit de respirer...

   Un an est passé, à la vitesse de l'éclair. Je vis avec l'esprit presque libre, débarrassée des contrôles pesants et angoissants, avec la conscience toutefois d'être en sursis, que tout cela est provisoire... Peut-on être rassuré face au cancer?  Moi, je n'y arrive pas. Mes cahiers à spirale s'alignent sur l'étagère. Témoins de ma vie. Ils consignent le temps qui passe. Sans pouvoir le retenir, hélas. 

   

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Une sorte de sagesse forcée

5 Décembre 2018, 20:12pm

Publié par Flora bis

   Ces derniers jours, plusieurs personnes désemparées, ébranlées m'ont posé la même question simple: "Dans ce monde incertain, difficile, qu'est-ce qu'il nous reste pour espérer, pour vivre décemment, pour tenir, tout simplement?..."

   Une sorte de pudeur, de politesse nous incite à ne pas nous plaindre en public. Garder la face. Il y a toujours pire ailleurs, sous nos yeux. Et nous évitons de regarder vers d'autres paysages où ça va incomparablement mieux: pourquoi nous faire du mal avec des comparaisons, des frustrations inutiles?... Le sens, le bonheur sont ailleurs, nous consolons-nous! Et nous nous lançons à la recherche de ce sens vers des territoires peu onéreux. 

   Petit à petit, nous nous habituons au renoncement permanent dans tous les compartiments de la vie, par pur réflexe de défense, nous fabriquant des raisons parfaites pour l'accepter. Pour nous résigner. Après tout, le plus long du chemin est fait, il est derrière nous. Ce qui est encore devant, nous le parcourrons bien, à petit feu, en gardant la parcelle de dignité qui nous reste, ce que le vieillissement, la maladie, la déchéance inévitable nous laisseront.

    Ceux qui se débarrassent sans problème d'un vêtement de marque dans leur poubelle par lassitude, ne peuvent pas imaginer ce que veut dire de s'habiller au supermarché, réservant le Monoprix (!) pour les grandes occasions, en guise de summum du luxe, et de garder le même manteau 15 ans. De devenir une ombre effacée, élimée, qui se confond avec un décor modeste mais qui choquerait dans les beaux quartiers... Alors, on les évite. 

   La beauté du luxe? Les métiers d'art, trésor du savoir-faire national, on les admire de loin et on prend soin de ses propres affaires bas de gamme pour qu'elles durent le plus longtemps possible. Veillant à ce qu'il y ait des traces de la beauté quand même, autant que possible à peu de frais. 

   Que veut dire "vivre décemment"? Manger à sa faim, avoir un toit, être chauffé par temps froid. Renoncer au superflu, même minuscule, celui qui peut donner, de temps en temps, une saveur inimitable à la vie.

   Je me garde bien de me prendre pour un gourou qui dispense ses bons conseils comme d'autres des hosties. Moi-même, je suis souvent à la recherche d'une branche salvatrice.

 

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"La vallée du néant" de Jean-Claude Carrière

3 Décembre 2018, 17:11pm

Publié par Flora bis

   La semaine dernière, j'ai entendu un long entretien avec Jean-Claude Carrière, à propos de son livre paru en septembre. La conversation a si bien "vendu" le thème du livre que l'après-midi même, j'ai couru l'acheter à la FNAC. 

  J'admire Jean-Claude Carrière depuis longtemps, sans doute depuis "La

controverse de Valladolid" que j'ai vu à la télé au début des années 1990. Le Mahabharata et Le Dictionnaire amoureux de l'Inde ont atterri dans notre bibliothèque plus tard. Je savais qu'il avait collaboré à des dizaines et des dizaines de films dont j'ai vu un bon nombre sans savoir qu'il était l'auteur du scénario. De Bunuel à Godard, de Wajda à Forman, de grands metteurs en scène ont sollicité sa collaboration. Et je ne parle pas de ses adaptations pour le théâtre et pour la télévision. Depuis 1957, il ne cesse de publier des romans, des essais, en même temps.

   Une boulimie de travail de cette envergure ne peut que provoquer l'admiration. A 87 ans, il est inévitable de questionner le Néant. Et lorsqu'on possède l'énorme culture et la non moindre curiosité, la soif d'explorer de Jean-Claude Carrière, on en fait un livre de questionnements, de réflexions et de tentatives de réponse.

   Depuis ma rencontre avec la mort en 2006, je ne cesse de tourner autour du sujet. Je me suis fabriqué mon propre récit sur mesure pour me préparer à l'ultime rencontre avec le plus grand mystère, à l'acceptation de ma disparition. J'arrive à une conclusion qui laisse difficilement de place aux spéculations rassurantes d'une survie quelconque: notre existence se limite bien au parcours entre la naissance et la mort... Comment faire, pour la traverser enrichi et la quitter sans trop de regrets?...

 "Traverser l'existence chargé, nourri par des milliers d'autres expériences et recherches, par d'autres savoirs, rester constamment curieux, attentif, vigilant, et si possible y ajouter quelque chose, même une virgule, une note, un accent...

   La vie sur cette Terre est, dans ce cas, le plus beau cadeau possible. Un cadeau de l'invisible, du destin, ou, si l'on préfère, du hasard. Depuis que je suis né, si par bonheur je suis curieux, j'avance au milieu des surprises. Je suis étonné à chaque pas. On m'a donné toute une existence pour aller dans la grande forêt, où chaque arbre, chaque feuille d'arbre porte un mystère.

   Et j'ai de la chance d'être là. Peut-être avec ma petite lumière."

J-C Carrière: La vallée du néant

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