Le blog de Flora

Pèlerinage tardif

29 Janvier 2019, 18:18pm

Publié par Flora bis

    La voiture quitte la nationale et emprunte une route départementale défoncée en direction du village. Le bout du monde ! J’ai toujours eu l’impression qu’il n’y avait plus rien après. Que seuls les initiés pouvaient connaître où menait le chemin en légers escarpements parmi les pâtures et les maigres bosquets d’acacias. Pour moi, vers le paradis.

   La voiture suit les virages, essayant d’éviter les nids-de-poule creusés par les gels et par les pluies torrentielles du printemps. Les acacias commencent à se couvrir de grappes de fleurs blanches aux senteurs de miel. Le parfum des printemps de mon enfance… Tout d’un coup, je sens l’herbe soyeuse et tiède sous mes pieds nus… 

    La route grimpe vers la maison de mes grands-parents, tous deux décomposés, pacifiés depuis longtemps dans la même tombe, au cimetière minuscule du village, où ils sont rejoints par quelques autres figures familières de mon enfance. La mémoire corrige le néant et repeuple les rues jadis sablonneuses de leurs silhouettes en sépia délavée.

   La maison a bien changé depuis la trentaine d’années que je n’étais pas revenue. A la place du bercail familial, œuvre de mon grand-père maçon, une coquette bâtisse que je ne connais pas, occupe le coin de la rue. Ma cousine me prend dans ses bras.

(... un jour, peut-être, la suite...) 

 

Voir les commentaires

Connaissez-vous l'acrasie?

24 Janvier 2019, 16:59pm

Publié par Flora bis

   Lorsque mardi dernier j'ai entendu Alexandre Jollien expliquer cette notion, j'ai sursauté: voilà ce qui manquait à mon vocabulaire! J'avais déjà récolté la "procrastination" avec le même "eurêka!" il y a quelques années, voici sa soeur jumelle qu'il faudra éclaircir...

   En préambule, notre philosophe explique que la "liberté intérieure", c'est de s'affranchir de tout ce qui nous tire vers le bas. Et "l'acrasie" fait partie justement de ces éléments qui entravent notre liberté intérieure. 

   Qui ne connaît pas de moment où il sait très précisément ce qui serait bon pour sa santé physique ou mentale et il fait exactement le contraire? Comme si une inertie déraisonnable et lourde le poussait à désobéir à toute sage résolution... Combien de fois nous prenons ces bonnes décisions en les regardant échouer aux épreuves du quotidien! A tel point que nous finissons par renoncer à les prendre, pour éviter l'humiliation de l'échec. Cependant, un vague sentiment de culpabilité continue à flotter dans notre mental.

 Je vais faire 30 minutes (disons, au moins 15, pour commencer...) de vélo

d'appartement tous les matins... Je ferai une demi-heure de marche quotidienne (ou 2-3 fois par semaine, pour commencer...) Je me coucherai à 23 h au plus tard, tous les soirs... Je sais  -  on me l'explique souvent de façon très convaincante  -  que c'est indispensable pour préserver une bonne santé, pour prolonger ma vie en bon état. Sans parler d'une sveltesse relative retrouvée! 

   Chacun(e) de nous peut énumérer tout ce qui serait bon pour lui (elle) et ce qu'il (elle) a déjà juré de faire mille fois, en vain!... Nous contemplons le paysage de désolation de notre état en ruine, au lieu de retrousser les manches: "de toute façon, c'est déjà trop tard! fichu, irrécupérable... ", soupirons-nous, "d'ailleurs, à quoi bon? cela ne transformera pas le désert de ma vie en jardins de Babylone..." Le héros du roman d'Ivan Gontcharov: "Oblomov" est devenu un archétype de ce personnage inerte, lascif, paresseux qui finit par renoncer à quitter son lit. C'est un grand roman, relativement méconnu en France que je vous recommande chaudement.

   

Voir les commentaires

De la nostalgie...

18 Janvier 2019, 19:16pm

Publié par Flora bis

"L'écriture n'est pas une fin en soi, elle est la nostalgie d'un ravissement."

(Yasmina Reza)

  Cent fois vrai pour moi. Il y a " la nostalgie" et il y aussi " le ravissement". Ils servent de moteur et de carburant, de terreau nourricier dans lequel peut s'épanouir le désir de l'écriture.

  Ma nostalgie me ramène invariablement vers les souvenirs heureux: de mon enfance, de la jeunesse où l'on se croit invincibles, où l'on a (presque) toutes les audaces. J'étais de nature plutôt prudente, peu téméraire, mes vingt ans m'ont vue pousser des ailes d'indépendance, une envie irrépressible de goûter à la vie, me suggérant "Tu as le droit!" Bien sûr, il ne faut pas imaginer des aventures extraordinaires dans les années 1960-70, dans les cadres étroits d'un régime communiste (même dans "la baraque la plus gaie du camps communiste", comme on appelait la Hongrie de cette époque de la consolidation ayant suivi la révolution de 1956). Nos révoltes et prises de risque étaient bien disciplinées, pour ne pas dire intimes et souterraines. N'empêche que cette sensation de "croquer la vie"  voire de "après moi le déluge" nous imprégnaient avec une force irrésistible. Mon ange gardien que j'ignorais encore superbement avait beaucoup de boulot qu'il accomplissait sans rancune.

   Et moi, sans le savoir, j'accumulais ce terreau nourricier...

 

Voir les commentaires

Rides et cicatrices

12 Janvier 2019, 11:04am

Publié par Flora bis

   Au début de l'année, nous nous retournons sur la précédente, comme au moment du départ, devant la porte, avec un dernier regard sur la maison: avons-nous laissé du désordre derrière nous? Avec le cumul des années, ce regard remonte de plus en plus loin pour embrasser finalement toute une vie.

   "Le coeur n'a pas de rides; il n'a que des cicatrices" disait Colette. J'aime beaucoup cette phrase, je la tourne dans la tête, dans la bouche, je la goûte, je l'essaie sur moi comme un nouveau vêtement, me regardant dans un miroir imaginaire: mon coeur a-t-il des rides? Quand-même... Du moins, il est enrobé par les années, protégé par la peur de souffrir, bouclier efficace. 

   Quant aux cicatrices, cela va sans dire... Je passe les doigts sur leurs traces. Elles sont palpables au toucher, pareilles aux collines douces de mon pays d'origine où il n'y a pas vraiment de montagnes dignes de ce nom. Des bosses, plus ou moins grandes, plus ou moins sensibles aux souvenirs, aux regrets. A quoi bon y revenir? Tentatives stériles de revivre le passé. Elles n'effaceront ni les rides ni les cicatrices du coeur.

 

Voir les commentaires

Heureuse nouvelle année à tous mes fidèles lecteurs!

1 Janvier 2019, 12:49pm

Publié par Flora bis

   Ca y est, nous y sommes arrivés! 

   Cette date si chargée d'espoirs, est-elle un jour comme un autre,  sommes-nous

les seuls à en faire une page (presque) blanche sur laquelle nous pourrons corriger les ratages de l'année passée?...

   Je traîne les pieds... Je tarde à mettre en musique (joyeuse) les activités et obligations qui m'attendent. Je jette un coup d'oeil mou sur la vaisselle qui  patiente dans la cuisine... Elle ne semble pas me presser outre mesure, elle non plus. Peut-être un peu de vélo d'appartement, avant, pour que mon genou gauche soit un brin plus musclé et qu'il me supporte pour le reste des tâches...

   On a beau se dire qu'on n'est pas dupe, que rien ne change fondamentalement et que le fleuve tranquille ou violent qu'est notre vie ne change pas de lit pour la seule raison que nous avons tourné une page du calendrier... Dans notre existence d'habitant des régions tempérées du globe, notre vie composée de cycles immuables nous suggère que les minutes, heures, jours et semaines, les mois et les saisons, toutes ces tranches plus ou moins artificielles que nous nous sommes créées, rythment notre petite existence et impriment cette sensation de périodicité. Elles insinuent en nous cet espoir aussi (souvent  déçu et ressuscité avec obstination) de pouvoir corriger le brouillon non abouti ou truffé de maladresses, de faux pas ou même de contresens. Sans parler de la sanction impitoyable, soulignée de rouge: "Hors sujet!"  On y revient quand-même, avec un entêtement admirable.

Voir les commentaires