Le blog de Flora

Le défi des trains...

28 Août 2018, 10:34am

Publié par Flora bis

   Je continue le travail sur mon texte autour des femmes solitaires. A l'origine, elles étaient cinq, autant de destins dont le point final était la solitude: choisie ou imposée. Pour la version retravaillée, j'en garde quatre. Laquelle éliminer?...

   J'ai le choix entre "la femme battue" et celle qui était "heureuse" au moment ou la mort lui a pris son compagnon. Son destin est le seul "contrepoint" dans la série sans illusion. Tout comme dans la vie, en fin de compte. 

   En écrivant, j'essaie de me mettre dans la peau du personnage afin que ses paroles sonnent aussi naturellement que possible. C'est un exercice à la fois jouissif et épuisant. A chaque fois que j'ouvre le fichier, je retravaille, je fignole l'ensemble, à partir du début. Je sais que je pourrais poursuivre ce travail de fourmi indéfiniment. Un jour, il faudra dire stop.

   Parler de la souffrance d'une "femme battue" (hélas, cela devient un statut, une étiquette) est un sujet. La souffrance, en général, est digne d'un plus grand intérêt que le bonheur, pour les créateurs dans tous les domaines. Une histoire de catharsis, sans doute.

   C'est pour cela que j'ai choisi de garder, finalement, "la femme heureuse". J'aime le rythme créé par le contrepoint, c'est vrai. J'aime encore plus le défi de raconter le bonheur, sans que cela se vautre dans la niaiserie.

   Parler des trains qui arrivent à l'heure. Réveiller un "non-sujet".

"Terrasse" pastel R. T. 2015

 

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Dimanche sous les parasols

22 Août 2018, 18:25pm

Publié par Flora bis

   

Dimanche dernier, tout un après-midi, sous les parasols d'un couple ami, j'ai pu m'adonner à mon occupation favorite: à la conversation. Non pas au bavardage stérile pour "tuer le temps" mais à l'échange véritable, riche en profondeur qui rapproche les gens, qui aide à mieux se connaître.

   M. et Th. ont ouvert leur porte et surtout leur jardin à une bonne vingtaine de personnes, adultes et enfants, pour que nous puissions nous retrouver, membres d'une même association, pendant les vacances, avant le début de la nouvelle saison. Tous bronzés après l'été caniculaire, nous avons eu plaisir à nous revoir. Les sujets de conversation ne manquaient pas.

   Je venais de travailler sur un texte qui relatait des vies solitaires, celle d'une femme en particulier qui a vécu sa vie entière dans un mariage sans amour, tout en abritant au fond de sa mémoire un amour secret et sacrifié. Elle se consolait avec l'idée qu'ayant rencontré ce sentiment bouleversant, elle n'a quand-même pas vécu pour rien :

"A l’évocation du mot « amour », c’est encore son image qui surgit dans ma tête… Dans ma tête de vieille folle qui s’obstine à garder ce sentiment intact… C’est lui seul qui ravive le goût du vertige, du désir inassouvi comme on ne peut le ressentir qu’à l’adolescence : puissant, dévastateur… Je me réfugie auprès de ce souvenir  pour me convaincre que j’ai quand même connu l’amour…"

La discussion est partie de la difficulté à exprimer nos émotions. J'ai évoqué le petit livre d'Alain Badiou et de Nicolas Truong "Eloge de l'amour" dont j'ai parlé dans un article sur mon blog en 2009: "Je me suis toujours demandé pourquoi la déclaration d'amour (envers moi ou moi envers l'autre) avait toujours été une épreuve aussi dure. Eh bien, Alain Badiou m'éclaire : "La déclaration d'amour est le passage du hasard au destin, et c'est pourquoi elle est si périlleuse, si chargée d'une sorte de trac effrayant. (...) Elle signifie justement le passage d'une rencontre hasardeuse à une construction aussi solide que si elle avait été nécessaire." 

La conversation a tourné autour de ce sentiment puissant, capable de transformer notre regard: raviver les couleurs du monde ! On ne touche plus terre, on se sent léger et débordant d'une énergie toute-puissante, la tête chavirée...  

Plus tard, avec l'âge  -  comme si c'était de la fatalité  -  on est censé remplacer ce sentiment si juvénile par la sagesse qui canalise les débordements. On jette un regard bienveillant et  nostalgique à ces tourments, avec, au fond du coeur, un soupir de regret qui voudrait retenir la jeunesse fugitive... 

 

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Extrait... projet...

15 Août 2018, 20:50pm

Publié par Flora bis

Extrait d'un texte destiné à être "mise en espace" fin octobre, début novembre si tout va bien. Le motif, cependant, sera assez fondamental dans un projet plus ambitieux... Si tout va bien.

"(...) Le jour des noces, nous n’étions pas nombreux autour de la table. C’était en décembre, je me souviens, quelques jours avant Noël. Un hiver rude, peu après la fin de la guerre ; nous étions contents d’être restés en vie. On était encore en train de panser les blessures, de compter ceux qui étaient rentrés, de pleurer les autres, disparus à jamais. Mon amour secret faisait partie de ces derniers. Il n’en restait qu’une photo, bien cachée, personne n’était au courant, surtout pas Mère! Je regardais cette photo rarement, je n’en avais pas besoin pour ressusciter sa figure dans ma tête, ses cheveux dorés que la gomina avait du mal à dompter, et ses yeux verts qui s’étaient si souvent posés sur moi… Je sentais son regard sur ma nuque, ses mains s’appuyant sur mon banc, sous prétexte de vérifier mon cahier. A chaque fois, un feu délicieux me montait aux joues, jusqu’à brouiller ma vue… Je respirais à fond son parfum, fin mélange de tabac et de savonnette à la lavande, l’empreinte de sa main laissée sur le coin de ma table, parmi les taches d’encre.

J’étais sa meilleure élève. A 14 ans, je semblais plus grande, plus mûre que mon âge. Est-ce la vie dure que Mère m’imposait qui m’a fait grandir plus vite ? A la veille de son départ au front, il m’a raccompagnée après les cours. J’aurais voulu que les quelques centaines de mètres qui séparaient notre maison de l’école soient démultipliés ! Que le trajet dure une éternité ! Pourtant, rien ne s’est passé. Il m’a parlé de l’importance de poursuivre les études pour «une bonne tête comme moi». Je ne l’écoutais qu’à moitié, je savourais sa proximité, sa main sur mon épaule, et de toutes mes forces, j’ai désiré qu’il ressente à quel point je l’aimais… Devant notre porte, il m’a regardée avec intensité et regrets, a posé un baiser furtif sur ma joue et m’a tendu la main pour l’ultime adieu. Il avait déjà disparu dans l’obscurité, lorsque j’ai osé regarder la photo qu’il avait glissée dans ma main… La seule chose qui reste de lui. Disparu pendant la guerre…

A l’évocation du mot « amour », c’est encore son image qui surgit dans ma tête… Dans ma tête de vieille folle qui s’obstine à garder ce sentiment intact… C’est lui seul qui ravive le goût du vertige, du désir inassouvi comme on ne peut le ressentir qu’à l’adolescence : puissant, dévastateur… Je me réfugie auprès de ce souvenir  pour me convaincre que j’ai quand même connu l’amour…

Inassouvi… C’est sans doute mieux ainsi : un amour qui n’aura pas eu à s’user au quotidien, à nous user aussi… (...)"

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Vacances hongroises caniculaires

12 Août 2018, 17:05pm

Publié par Flora bis

   Je suis de retour de nos vacances en Hongrie. Une douzaine de jours, très chauds (35-38° ou plus, en permanence), je perdais des litres d'eau jour et nuit...

   Jadis, j'étais habituée à de telles chaleurs, sans être éprouvée de la sorte. Il n'y a pas que le climat qui change: moi aussi. Je crains de n'avoir d'autre choix que de m'y résigner.

   Mais tout cela n'est que l'écume des jours... Reste le plaisir véritable d'être avec les enfants et petits-enfants, avec la famille de là-bas: les rires, les jeux, les conversations plus approfondies car c'étaient des vacances. On a gagné un temps précieux, sans les écrans, sans connexion Internet, même les téléphones étaient au repos! Quel bienfait de sortir du circuit oppressant et répétitif des nouvelles du monde, des informations anxiogènes qui ne vous lâchent pas et qui finissent par vous ébranler. Nous avons fait ce choix-là.

   Pour les enfants, 3 jours au Balaton pendants lesquels je suis restée  -  par choix personnel  -  à la maison, à la rencontre de mes fantômes. Ils commencent à m'accepter, on dirait. De toute façon, j'étais incapable de bouger, de m'éloigner, de mettre le nez dehors, à cause de la canicule. J'ai même évité la plage de sable chaud de la Tisza qui borde notre petite ville. Je cherchais l'ombre, je lisais, j'écrivais... un peu.

 

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