Nostalgie, nous tiens-tu?
Pendant quelques années, j'ai déclaré avec beaucoup d'assurance mon refus de la nostalgie.

J'avais tellement envie d'avancer, de profiter du temps devant moi, après des années si oppressantes que regarder en arrière me semblait du temps gaspillé, stérile. Comme si j'avais eu un sursis pour rattraper tout ce que je n'ai pas fait, par contrainte, paresse ou inertie, par manque de confiance aussi. C'était urgent de ne pas quitter la vie avec des regrets.
"Ceux qui se réfugient dans le passé au lieu de relever les défis du présent et du futur, refusent de vivre", claironnais-je. Avoir l'oeil en permanence sur le rétroviseur est le meilleur moyen de finir dans un arbre!
Des années sont passées, se déposant sur mes épaules par strates toujours plus pesantes. La solitude s'est avérée peu stimulante, finalement, à la création. Il a fallu admettre que la motivation, pour moi, viendrait définitivement des autres, que j'ai rarement pu la trouver dans l'isolement. J'aurais fait un ermite pitoyable!
Je peux avoir des idées fulgurantes, intéressantes mêmes mais pour les réaliser, j'ai besoin d'être poussée, encouragée, besoin de me mouvoir dans un milieu où circule cette énergie créatrice qui me prendrait sur ses ailes... Au lieu de se cogner dans les murs étroits de la solitude si peu inspirante.
Ces derniers temps, je me surprends à me tourner plus souvent que d'habitude vers les souvenirs. Est-ce parce que mon avenir se rétrécit et mon présent racornit que je vis plus dans le passé?... La mémoire devient une source d'inspiration, un acte de fidélité et une façon de réinventer ma vie...




