Le blog de Flora

Nostalgie, nous tiens-tu?

30 Mai 2018, 18:08pm

Publié par Flora bis

 Pendant quelques années, j'ai déclaré avec beaucoup d'assurance mon refus de la nostalgie.

J'avais tellement envie d'avancer, de profiter du temps devant moi, après des années si oppressantes que regarder en arrière me semblait du temps gaspillé, stérile. Comme si j'avais eu un sursis pour rattraper tout ce que je n'ai pas fait, par contrainte, paresse ou inertie, par manque de confiance aussi. C'était urgent de ne pas quitter la vie avec des regrets.

   "Ceux qui se réfugient dans le passé au lieu de relever les défis du présent et du futur, refusent de vivre", claironnais-je. Avoir l'oeil en permanence sur le rétroviseur est le meilleur moyen de finir dans un arbre!

   Des années sont passées, se déposant sur mes épaules par strates toujours plus pesantes. La solitude s'est avérée peu stimulante, finalement, à la création. Il a fallu admettre que la motivation, pour moi, viendrait définitivement des autres, que j'ai rarement pu la trouver dans l'isolement. J'aurais fait un ermite pitoyable! 

   Je peux avoir des idées fulgurantes, intéressantes mêmes mais pour les réaliser, j'ai besoin d'être poussée, encouragée, besoin de me mouvoir dans un milieu où circule cette énergie créatrice qui me prendrait sur ses ailes... Au lieu de se cogner dans les murs étroits de la solitude si peu inspirante.

   Ces derniers temps, je me surprends à me tourner plus souvent que d'habitude vers les souvenirs. Est-ce parce que mon avenir se rétrécit et mon présent racornit que je vis plus dans le passé?... La mémoire devient une source d'inspiration, un acte de fidélité et une façon de réinventer ma vie...

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Témoin fragile

23 Mai 2018, 11:31am

Publié par Flora bis

 

   Une vieille photo en noir/blanc si évocatrice pour moi! Elle saisit et fixe l'instant  -  pour l'éternité? Du moins, tant que ce petit bout de papier si périssable survit. Sans parler de la mémoire des vivants, encore plus fragile. Compter sur le virtuel? Il n'y a rien de plus impalpable, plus fuyant... Je suis sûre que mes arrières-petits-enfants n'y reconnaîtront plus personne. Nous serons devenus des fantômes anonymes d'un passé inconnu.

   Je crois bien que l'instant capturé est de l'été 1975. Le repère: mon petit neveu, né en 1974, sur le bras de mon père, au dernier rang. Sur la photo, il a presque 1 an. Sa petite soeur (déjà grand-mère!) 4 an et demi.

   C'était à l'occasion d'un repas de famille, gargantuesque comme d'habitude, chez ma tante, ronde et souriante au premier rang, avec son tablier. Nous sommes regroupés dans la cour, parmi ses géraniums. Mon frère sur la droite ne peut s'empêcher de grimacer pour ébrécher la solennité de l'instant. Il a le même âge que Gilbert, au dernier rang, avec des lunettes. Nous arrivons d'Algérie où nous venons de passer notre première année en poste. Ma mère, à côté de mon frère, n'a que 46 ans sur la photo...

   Tout le monde a le sourire, ma tante rayonne à l'occasion de rassembler les plus proches à son coeur: sa lignée de sang et quelques pièces rapportées qui ont aussi la cote tant qu'elles n'auront pas démérité... Alors, sa rancune sera sans limite et sans pitié... Cependant, sur cette photo, le bonheur est encore sans nuages. 

   Je fais le compte: sur les 12 personnes, il ne reste plus que 4 en vie. Plus moi qui tiens l'appareil-photo.

   La maison est vendue, il n'y a plus de géraniums rouges flambants au soleil... 

   Tout change, éternellement. C'est même le changement qu'est l'éternité.

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Royal wedding

19 Mai 2018, 18:37pm

Publié par Flora bis

   A Windsor, il faisait très beau... Tout concourait à ce que le mariage princier se déroule dans les meilleurs conditions. De ce côté de La Manche, la grisaille demeurait épaisse.

   Qu'est-ce qui m'a pris à perdre des heures devant mon écran à suivre le déroulement du spectacle?... Je ne cessais de m'épier, en même temps que la foule des célébrités et celle du menu peuple piqueniquant joyeusement sur la pelouse royale.

   Les commentateurs experts en têtes couronnées s'escrimaient à remplir les heures d'attente en répétant inlassablement les mêmes informations plus ou moins creuses, plus ou moins enjolivées. Et nous  - je suis sûre de ne pas avoir été la seule  -  suivions les images, captivés, subjugués, presque hypnotisés...

   Pourtant, je peux affirmer avec certitude que d'ordinaire, je ne suis pas du tout impressionnée par les célébrités, ni éphémères ni séculaires; les politiques, les vedettes, les héritiers fortunés me laissent de marbre. Je les scrute plutôt en essayant de décrypter leur vérité sous le vernis des convenances, de l'éducation, du pouvoir et de l'aisance matérielle. A la façon d'un entomologiste. Leur position, méritée ou héritée, les expose au regard des gens ordinaires, à leur admiration souvent teintée d'envie et de frustration, elle les habille d'une sorte de masque à l'usage externe: pour se montrer ou plutôt, pour se dissimuler... J'essaie de les imaginer dans leur intimité, une fois le masque tombé.

   Les caméras sont braquées sur le jeune couple. Ils savent que les moindres de leurs battements de cils seront scrutés, commentés. A quel point peut-on rester sincère dans ces conditions ou doit-on jouer le rôle auquel on était désigné, symbole qui pèse lourd dans la balance économique et politique du pays, sans oublier l'avenir de la famille royale qu'il est urgent d'épousseter... 

   Je contemple les milliers de gens massés sur le parcours. La liesse populaire est réelle. Elle ramasse les miettes du bonheur par procuration.

 

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Du silence

13 Mai 2018, 14:13pm

Publié par Flora bis

Constantin Manos: Vieux prêtre taillant sa vigne (via Dimitri Polgar), Crète 1964

   Les solitaires le connaissent bien: il est leur compagnon de tous les jours et de toutes les nuits. Il peut être assourdissant et peser des tonnes, tout comme doux et accueillant, coussin d'atterrissage des chutes vertigineuses  -  vers nous-mêmes...

   Parfois, on le meuble fiévreusement de bruits de toute sorte: des flots de paroles ou des bruitages plus ou moins agressifs nommés musique, pétarades, vrombissements ou clameurs, dans le but de se donner l'illusion d'être dans la "vraie" vie... Aussitôt que la vanité de ces subterfuges apparaît dans sa limpidité, on se réfugie dans le silence intime et consolant.

   Le silence est créatif. C'est le terreau indispensable à la métamorphose en oeuvre de nos expériences, échanges et émotions; métamorphose qui fera fusionner en elle les ingrédients avec l'artisan de l'oeuvre. 

   Le vieux prêtre crétois taille sa vigne plus vieille que lui en silence. Il plie les branches rugueuses et tordues qui lui servent d'appui. Profitera-t-il du fruit de son travail, là n'est pas la question. Le travail doit être accompli, chaînon de l'éternité. Le silence est palpable, fertile: il libère la pensée qu'aucune parole vaine ne vient parasiter.

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Balade de samedi

7 Mai 2018, 19:11pm

Publié par Flora bis

   Une amie m'a laissé un message énigmatique: "Es-tu libre après-demain? Si oui, je passe te prendre à 14h30 jusqu'au soir!" 

    Elle a gardé le secret de la destination pendant presque tout le trajet. Il faisait un temps splendide: par ici, impossible de se permettre le luxe de ne pas en profiter!

   

Elle ne m'a pas bandé les yeux et au bout de quelques kilomètres, j'ai constaté que nous avons quitté le plat pays pour un paysage vallonné: sentiers de randonnées, petits villages nichés dans la verdure ivre de printemps, exhalant partout le parfum des glycines et des lilas! Nous avons marché sous les arbres pour mériter une halte sous les parasols d'un restaurant bien connu, paraît-il, dans la région et qui brasse sa propre bière... 

   Nous avons dégusté tarte aux pommes et glace de caramel au beurre salé (pour laquelle je suis prête à me damner...), nous avons devisé tranquillement sur la terrasse, au-dessus des clapotis du cours d'eau qui se prenait par endroit pour un torrent!...

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Ne pas secouer!...

4 Mai 2018, 10:41am

Publié par Flora bis

   

Je ne cède pas souvent (même si ces derniers temps c'est arrivé plus fréquemment qu'à mon goût...) aux pulsions de partager les moments de déprime passagère ou plus tenace... Ce n'est pas pour me faire plaindre ou pire encore, pour inspirer de la pitié... De toute façon, durablement, cela fait fuir tout le monde. Tout simplement, j'ai besoin de les mettre en mots, pour m'en libérer, pour les mettre à distance, et non pas pour les faire endosser par quelqu'un d'autre.

   Cela me rappelle un conseil de notre chère Richarda, toujours si présente. A l'époque, j'avais du mal à me débarrasser du sentiment négatif  -  poison véritable  -  d'une trahison... Elle m'a dit: "Ecris-le sur une feuille, brûle-là et jette les cendres au bout du jardin, le plus loin possible!" JE L'AI FAIT. Et j'ai survécu. Pas pardonné mais cheminé lentement vers l'oubli...

   Ce n'est pas une recette, encore moins un conseil. Je n'aime pas trop les conseillers de comptoir qui vous abreuvent de leurs combines infaillibles. (Si j'y ai succombé parfois, que l'on me pardonne!) Ceux qui vous font part de leurs problèmes, ont plutôt besoin d'écoute, d'empathie et non pas de recommandations savantes... 

   Les problèmes des autres, durablement, entament le moral de ceux qui s'impliquent par compassion. Les uns fuient, d'autres s'agacent que l'on n'applique pas leurs recettes. Comment? C'est si évident! La solution est en vous! Il n'y a qu'à VOULOIR! C'est vous qui DECIDEZ de votre vie!

   Je me méfie des gens qui veulent vous SECOUER. En cas de déprime ou pire encore: de dépression, c'est justement la volonté qui fait défaut. Ce qu'on peut offrir de mieux, c'est notre bienveillante compréhension. 

   J'aime la pluie quand elle est épisodique, l'averse dynamique et rafraîchissante qui ne s'éternise pas pendant des semaines, me privant du soleil vivifiant qui réveille les couleurs du monde. J'aime le froid quand elle nous calfeutre dans la chaleur de la maison  -  pour un temps! J'aime l'intimité solitaire quand elle succède à des retrouvailles bruyantes et heureuses. Une question d'équilibre dans le changement.  

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