Le blog de Flora

Et le temps passe...

30 Mars 2020, 16:46pm

Publié par Flora bis

   Peut-on s'habituer à l'enfermement ? Je pense aux otages, jetés dans des cachots, les yeux bandés, dans l'insécurité et le danger de mort permanents. Comparés à leur précarité totale, nous avons la belle vie: la maison est chauffée, le soleil brille malgré le vent effilé comme un rasoir. Nous pouvons même nous signer une attestation qui nous autorise à sortir pour quelques courses ici et là. Je n'ai pas de chien à promener et je serais totalement incapable de courir. 

   Troisième semaine. Qu'est-ce qui vaut mieux: un enfermement solitaire ou un autre, partagé avec le compagnon/la compagne de notre vie?... Je  n'aurai pas inventé la poudre en affirmant que cela dépend de la qualité de nos relations. J'ai vu des couples exploser au vol, le travail, les amis n'étant plus là pour désamorcer les conflits, le mutisme des face-à-face, la lassitude du désamour... 

   Dans le meilleur des cas, la contrariété du confinement se métamorphose en un chemin de la redécouverte de l'autre, parfois avec des kilos en plus et des cheveux en moins, avec quelques rides, naissantes ou confirmées dont les sillons nous invitent à lire avec tendresse le temps qui passe... 

 

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Tsunami

23 Mars 2020, 10:54am

Publié par Flora bis

   La tentation est grande de garder le silence. Les informations fondent sur nous comme un tsunami, nous étouffent, nous ensevelissent. 

   Au début, au moment de la sidération, nous en étions avides, une façon de nous projeter dans l'avenir, de nous créer de fragiles stratégies de défense. Nous sommes invités avec insistance de rester à la maison, en télétravail si possible, avec aide au télé-enseignement, sans compter les repas à assurer pour toute la famille (plus de cantines, plus de restos ou sandwich sur le pouce entre copains...). Les solitaires? En face à face avec leur chat et leur ordinateur. Solitude accrue pour les vieux, même si certains d'entre eux en ont déjà l'habitude depuis longtemps. Les infos sont anxiogènes, parfois culpabilisantes: de quoi vous plaignez-vous, il y en a qui n'ont pas le luxe de se planquer au chaud chez eux, et qui doivent s'exposer pour assurer un semblant de vie, même réduite à la portion congrue, pour tous! Pas faux. Alors, on les remercie, on les applaudit pour exprimer sa reconnaissance, pour se déculpabiliser un peu.

   Effervescence sur les réseaux sociaux. On a envie de communiquer avec famille, amis, le reste du monde sur la façon de vivre le confinement... Les idées fusent: comment peupler la vacuité d'une existence, comment organiser la surcharge de travail, comment distraire les enfants pour empêcher la surchauffe de la cocotte-minute. Certains pressentent l'épreuve du couple qui, en temps normal, a peu d'occasion de se poser les questions qui fâchent.

   Au bout d'une semaine, c'est le trop plein contreproductif. J'ai envie d'infos mais sans la querelle des experts qui se contredisent, sans quelques maîtres à penser qui, pour attirer l'attention sur leur existence minuscule, escamotée provisoirement par le danger  invisible, commencent à semer la discorde. J'ai envie de plages de silence pour réfléchir sur ce qui nous arrive.  

Μηδὲν ἄγαν, Mêdèn agan, "rien de trop" disait l'inscription sur le fronton du temple d'Apollon à Delphe. A méditer. Et si nous y ajoutions Horace qui prônait "la mesure en toutes choses"?

 

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Un mince filet de vie

16 Mars 2020, 10:56am

Publié par Flora bis

    Depuis quelque temps, nous avons l'impression d'être sur la partie descendante d'une montagne russe... Peu à peu, sa vitesse augmente par le poids de l'inertie, des nouvelles de plus en plus alarmantes portent des coups successifs au moral jusque, parfois, au sentiment de panique. De surcroît, on vous dit que vous n'avez encore rien vu, que ce n'est que le début.

    Je suis désormais dans la "zone rouge", celle des personnes à l'âge critique (bizarre, jusqu'ici, je me sentais encore relativement jeune!), constat aggravé par des problèmes de santé annexes. Je vis seule, je dois donc m'exposer de temps en temps  -  pour survivre, justement! Beau paradoxe! Je pense à ceux qui mourront, peut-être, entourés de leurs paquets de nouilles et de rouleaux de papiers toilettes innombrables, impérissables, il est vrai, à laisser à leurs héritiers!...

    Les bruits courent que nous serons bientôt confinés à la maison, comme en "résidence surveillée", sans avoir les millions, voire les milliards mis à l'abri d'un Carlos Ghosn pour en échapper ou pour la rendre "dorée". En ce qui me concerne, cela fait assez longtemps que je pratique le confinement et la solitude, pour essayer de m'en accommoder. Heureusement, il y a l'Internet et le téléphone pour garder un mince tuyau d'oxygène avec le monde extérieur.

   Nous comprendrons rapidement, que les petits plaisirs insignifiants, la liberté minuscule que l'on évoquait en râlant, même les corvées pesantes qui en découlaient constituent une part très précieuse de notre existence...

   

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Que le soleil revienne enfin!

10 Mars 2020, 09:53am

Publié par Flora bis

   J'ai passé sous silence la journée des droits des femmes... Rien d'original ne m'est venu à l'esprit et le Net bruissait, de toute façon, des mots solennels ou nostalgiques, selon l'âge de l'auteur. Ce n'était pas la peine de gâcher la fête avec une pensée pour les femmes, battues sous l'effet de l'alcool ou simplement pour asseoir le pouvoir du mâle à l'ego malade. Battues pendant des années, froidement, méthodiquement, parfois jusqu'à la mort. Il arrive même que les rôles s'inversent: les femmes tortionnaires de leurs compagnons existent aussi, même très minoritaires (j'en ai connue une  - drôle de rencontre!)

   Bref, c'était un "triste dimanche" comme dit la chanson, d'un gris anthracite, arrosé de pluie sans discontinuer, ce qui m'a sans doute inspiré la pensée rabat-joie ci-dessus. J'ai essayé en vain de composer quelques numéros, afin de dégourdir mes cordes vocales en fin de journée, la fatalité a voulu que tout le monde fût occupé quelque part, injoignable. Résignée, je me suis résolue à me faire une soupe de potiron. Pour quatre jours au moins, je suis parée.

 

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