Le blog de Flora

Clandestinité (micro-fiction)

29 Janvier 2020, 16:59pm

Publié par Flora bis

"Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage." (M. Yourcenar)

   Cela fait longtemps, depuis des siècles, depuis une éternité qu'elle porte ce masque, si familier... Logée à l'intérieur de sa carapace blindée, fabriquée par elle-même avec un soin minutieux, ajustée au fur et à mesure des nouvelles exigences ou des nouveaux pièges à éviter, elle finit par se sentir protégée derrière les sept cadenas du Secret. Le masque la fait paraître semblable aux Autres: elle peut jouer à la normalité. Finira-t-elle par y croire? Ou alors, se perdra-t-elle à ce petit jeu plus dangereux qu'il n'y paraît, sans savoir qui elle est vraiment. Quand les règles sont faussées dès le départ, comment reconnaître sa vraie nature?... 

   Elle s'habitue si bien à cette vigilance permanente qu'elle n'y pense même plus, excepté les moments où le signal d'alarme retentit pour rallumer les précautions d'usage : sourire et tenue de camouflage, vérification du masque, ainsi que les verrous de la carapace. Le plus souvent, tout est en place en une fraction de seconde. Parfois, très rarement, la panique la saisit et le sauvetage des apparences prend plus de temps. Frôlée par le souffle brûlant du danger, elle reste à terre un bon moment, immobile, jusqu'à sa recomposition miraculeuse.

   Se débarrasser du masque, quitter la carapace pour se mettre à nu, elle l'a fait une seule fois. Pour aller au bout de la normalité si convoitée. Il a répondu avec le mépris. Il a ri. Depuis, elle a regagné l'abri, verrouillé pour le reste de l'éternité.

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Journée du câlin

21 Janvier 2020, 11:53am

Publié par Flora bis

   Je lis dans un journal que c'est "la journée des câlins". D'habitude, je suis allergique à la mode des "journées de ceci ou de cela", soupçonnant le coup d'épée dans l'eau, voire la  spéculation bassement commerciale derrière ces annonces. Cette fois-ci, je m'arrête un instant. Ce n'est peut-être pas inutile de se pencher sur la question, pour ne pas dire la prendre à bras le corps. Quoi de plus naturel pour un câlin?

   Ceux et celles qui vivent en couple, en famille, en amitiés tactiles, ont du mal à imaginer la sensation de l'isolement, dans lequel les câlins sont réduits  -  au mieux  -  aux souvenirs lointains ou à des rares rencontres avec les petits-enfants. Pourquoi les vieux, les solitaires notoires encore relativement jeunes finissent-ils par s'étioler tristement comme les plantes sans lumière? Parce qu'on ne les touche plus.

   Certains psychothérapeutes se sont saisi de la question et en sont venus à la prescription: «Nous avons besoin de quatre câlins par jour pour survivre. Nous en avons besoin de huit pour fonctionner. Et de douze pour croître.» C'est presque du grand luxe, nous n'en demandons pas tant.

Tout le monde se rend compte du bienfait de la proximité des gens auxquels des sentiments d'amour, d'amitié ou de sympathie nous lient. Le toucher? C'est devenu un geste réfréné par une pudeur cadenassée, de peur du ridicule ou du jugement mal placé. Pourtant, les spécialistes nous affirment qu'il augmente les capacités immunitaires de notre corps, stimule la créativité, combat la dépression. Enlacer quelqu'un, le serrer dans les bras et presque aussitôt, un sentiment intense de bien-être nous envahit. Tout cela grâce à l'ocytocine, l'hormone de l'attachement, lointain héritage pour nous rappeler que nous sommes essentiellement des êtres sociaux, destinés à vivre en troupeaux serrés, à se réchauffer à la proximité de l'autre. L'homme moderne, dans sa bulle confortable mais solitaire, peut se payer à la rigueur des massages plus ou moins sophistiqués, plus ou moins thérapeutiques mais rien ne vaut l'élan antédiluvien de l'amour et de l'amitié.

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Grand Palais, grande émotion

16 Janvier 2020, 11:44am

Publié par Flora bis

   Henri de Toulouse-Lautrec est un de mes artistes préférés. Depuis longtemps. J'ai vu quelques uns de ses tableaux au Musée d'Orsay, il y a des années mais voir une grande exposition sur deux niveaux et dans de nombreuses salles, c'était un événement à ne pas manquer. J'étais pourtant prête à y renoncer à cause d'une phlébite récalcitrante à la jambe, et aussi à cause de la fatigue insurmontable qu'un piétinement dans une salle surpeuplée signifie pour moi... Les enfants ont insisté avec beaucoup de générosité et finalement, toute la famille s'est déplacée dimanche matin.

 La courte vie du peintre tient entre ces deux dates: 1864-1901. Courte vie, petite taille (152 cm) mais le talent d'un géant! Il quitte Albi (où, de nos jours, un beau musée abrite nombre de ses tableaux) et sa famille de la vieille aristocratie des mariages consanguins (cause de son handicap) pour Paris et le milieu bohème de ses artistes de cabarets, de cirque et de ses maisons closes dont les pensionnaires l'accueillent avec une grande générosité, lui servant de modèles. Les coulisses de cette vie s'ouvrent devant nous, dans tout son naturel, sur les tableaux et dessins de Lautrec empreints d'une grande humanité. 

   Hélas, les nombreux visiteurs m'ont empêchée de m'approcher vraiment et surtout, de m'attarder suffisamment longtemps devant les cadres, de les dévorer des yeux en pénétrant l'univers de l'artiste, les contours rapides et admirablement justes, les toiles "non finies" mais encore plus intéressantes pour moi. J'étais ébahie devant les poses audacieuses, prises sur le vif comme s'il avait voulu saisir un maximum de la vie, pressentant le peu de temps qui lui était imparti.

   Depuis toujours, j'ai un faible pour le dessin, ce genre dédaigné par beaucoup face à la peinture. Pour moi, il est vivant, libre et fragile à la fois : c'est la perception première en marche. Il ne faut pas le charger, lécher, il faut le laisser vivre cette liberté, cette velléité de disparaître à l'occasion.

Grand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotionGrand Palais, grande émotion
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Voeux

8 Janvier 2020, 10:39am

Publié par Flora bis

   Déjà, une semaine derrière nous. Après tout, si nous n'avions pas logé, de façon inextricable, cette perception d'un nouveau cycle dans un coin de notre conscience, tout semblerait inchangé: la grisaille d'un hiver doux, humide, avec un  rayon de soleil éphémère ici ou là. 

   Après un mois de décembre entre stress et festivités, nous sommes fourbus, semblables à nos sapins défraîchis. Alors, on tire les rois, pour ressusciter mollement l'atmosphère de la fête, plutôt ses résidus, pour lustrer un peu le quotidien, avant de nous glisser sous sa chape de plomb.

   Ca y est, j'ai réussi à vous saper le moral... Ce n'était pas mon intention! Au début de l'année, il convient de donner de l'impulsion, de l'envie de renouveau, des décisions qui changeront notre vie, du moins qui l'amélioreront... De l'énergie, de l'enthousiasme, pour prouver que nous sommes les maîtres à bord de notre destin. Il suffit de changer de lunettes: jeter la paire aux verres fumés et chausser les roses!

   C'est aussi le moment des voeux. Il y en a des conventionnels (difficiles d'être original au bout de tant d'années!), d'autres plus personnalisés mais l'essentiel n'est pas là. On se penche sur le berceau du bébé, on voudrait être la bonne fée capable d'inverser les malédictions de ses méchantes consoeurs. Que la nouvelle année soit plus clémente avec nous! Du moins, qu'elle ne soit pas pire... On a appris à se contenter de peu.  

Soyez bienveillants, cela fait du bien à tout le monde, en premier lieu à vous-même.

Etre en vie relève du miracle au quotidien. Profitez de la beauté de ce miracle.

Soyez forts, accrochez-vous! Cela vaut la peine. 

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