Le blog de Flora

Manège enchanté

24 Octobre 2021, 07:34am

Publié par Flora bis

   Semaine survoltée, sur la crête des émotions qui montaient en crescendo jusque tard dans la nuit du vendredi. J'ai fini par me demander comment descendre du manège emballé. Ma petite vie tranquille, en veilleuse, n'était plus habituée à de telles secousses. 

   Mercredi matin, les fondations en titane de deux implants ont été posées dans ma bouche, une semaine après une première paire. Plus d'une heure et demie sans interruption, la bouche ouverte et fortement anesthésiée, cette fois-ci "nous sommes passés aux choses sérieuses", dixit mon dentiste, précis, rapide mais minutieux. Par rapport à la semaine d'avant, j'ai senti la différence: j'ai repris deux antalgiques jusqu'à mon coucher.

   Mais le point culminant de la semaine s'est présenté vendredi. A midi, une invitation chaleureuse de notre amie E. dans un restaurant. Délaissant mon régime fluide "soupe-yoghourt-purée", j'ai opté pour un steak tartare que j'adore de longue date et que j'ai mangé avec un peu de mie de pain, la bouche encore sensible des innombrables piqûres reçues. Aucune importance, le soleil brillait avec faste et générosité et l'ambiance était délicieuse dans un cadre grandiose.

    Après un court repos, j'ai enchaîné les préparatifs pour la soirée littéraire prévue quelques heures plus tard chez Muriel. Evénement de taille: le redémarrage de nos soirées mensuelles que nous étions quelques uns à attendre avec nostalgie, après 19 mois d'interruption! La solitude, les restrictions, les enfermements successifs ont peu à peu sapé, puis éteint le désir... J'avais du temps mais il manquait l'envie, la perspective, la motivation.

   Les retrouvailles ont suscité non seulement de la joie mais du bonheur. Muriel a présenté son dernier recueil de poésies paru, puis elle a invité les participants à lire des textes apportés sur le thème de l'enfance. Thème refuge par des temps ingrats, source de renaissance aussi. Pour ma part, j'en ai préparé 3-4, écrits ces dernières années. Je dois avouer  -  en dépit de ma grande pudeur qui a du mal à se défaire d'un sentiment d'illégitimité face aux grands textes  -  que j'ai été très touchée par leur accueil. Je plonge dans la mémoire à la recherche des images et des sensations, des émotions qui explosent souvent en sourdine (j'aime abuser des oxymores...) et j'essaye de transmettre ces empreintes impalpables ressuscitées en moi, par les mots d'une langue d'adoption. Si j'y arrive, c'est le nirvana...

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Le nid se vide

19 Octobre 2021, 11:16am

Publié par Flora bis

   J'ai écouté à la radio une discussion intéressante et actuelle sur le "syndrome du nid vide", moment délicat où les enfants quittent la maison familiale dont ils étaient le centre d'animation, d'angoisses diverses, de joies et de contrariétés innombrables durant plus de vingt ans. Cela provoque beaucoup de bouleversements et de remises en questions. J'ai eu envie d'ajouter quelques réflexions personnelles, d'après ce que j'ai pu observer autour de moi  ou  vécu en partie par moi-même.   

   "Les enfants, on ne les fait pas pour soi. Il faut se préparer, les préparer à l'autonomie car le but ultime est qu'ils puissent prendre leur envol." Nous entendons ce bon conseil tout au long de notre vie de jeunes parents, nous l'écoutons d'une oreille attentive ou agacée car au fond, nous voulions cet (ces) enfant(s) bel et bien pour nous, viscéralement, en le(s)  fantasmant pour que notre vie soit accomplie, prolongée au-delà même de la mort... Et ce conseil frappé du coin du bon sens, gâche notre plaisir. A peine arrivé(s), faudrait-il déjà songer à s'en séparer?...

   De nos jours, la place des enfants dans la famille est très différente, comparée à l'époque des générations précédentes. Des armées de psychologues nous enjoignent à abandonner la méthode de dressage à l'ancienne où, à la place de l'ouverture d'esprit, du respect, de la conversation réconfortante, ils avaient droit au silence, aux règlements rigides ("baisse les yeux!", "si tu ne finis pas ton assiette, tu pars à l'école avec!" ou bien pire), sans un geste de tendresse pour les endurcir face aux difficultés de la vie d'adulte qui les attendaient. Le trop d'autorité de jadis est remplacé par le manque d'autorité, nécessaire pourtant, pour servir de limites sur lesquelles s'appuyer en cas de doute ou d'errance. Difficile dosage.

  La fameuse "charge mentale" qui nous a épuisés durant des années, tout d'un coup, se soulève: l'(es) enfant(s) s'envolent, le tourbillon perpétuel, les cris et les rires, les bouderies et des révoltes s'évaporent et une chape de silence retombe sur la maison. Les parents, plus particulièrement les mères, subissent une plus ou moins légère déprime: comment combler ce vide?... Quel sens donner à sa vie? Ils grandissent = nous vieillissons... En couple, il faudra retrouver ou réinventer la complicité d'antan. C'est plus difficile si notre couple s'est érodé, s'est oublié à force de vivre au travers des enfants. Pire, le cas de l'enfant unique ou du parent seul qui l'a élevé, créé comme son chef d'oeuvre, concentré tout entier sur la perfection de son rôle. Le couple parent-enfant peut même se substituer au couple parental. La séparation peut être vécue comme un abandon, voire une trahison...

   Le conseil de se préparer est vital non seulement pour les parents mais aussi pour les enfants. S'ils voient notre détresse, ils auront peur d'affronter le monde extérieur dont ils auront une image hostile. Ou au contraire, ils fuiront les attaches culpabilisantes qui les empêchent de grandir! Il faut les déculpabiliser, témoigner que leur envol nous remplit de fierté plutôt que d'anéantissement, que notre vie ne s'arrête pas avec leur départ: elle entame juste une "renaissance" vers une autre étape. 

image du Net

    

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Tourbillon bienfaisant

14 Octobre 2021, 11:13am

Publié par Flora bis

   Ca y est, le tourbillon des (!) jours de mon anniversaire est passé, précédé de mes habituelles "jérémiades" destinées inconsciemment à franchir le cap. Comme si je devais grimper en haut d'une colline, regarder devant moi, en évitant le coup d'oeil sous mes pieds; juste devant, vers l'horizon, la perspective ensoleillée d'un lointain sans fin... Oui, le soleil semble indispensable pour entrevoir la sérénité.

Je me suis offert un Cordyline Southern Splendour, un genre de palmier décoratif aux feuilles rouges qui pourra déménager à l'extérieur le beau temps revenu. En attendant, il comble le vide à droite de la cheminée. En guise du cadeau d'anniversaire de la part de Gilbert que je m'offre année après année... Le lendemain, des amies sont arrivées avec une superbe plante en fleurs et nous avons fêté l'événement avec gâteau et champagne, préparatifs pour le jour J, afin de faciliter la "grimpette de la colline"! 

   Le jour fatidique, j'ai reçu une avalanche de messages, par Internet sur divers canaux, par téléphone aussi... J'ai essayé de répondre à chacun, car je n'aime pas trop les réponses "en vrac": les personnes prennent la peine et quelques minutes de leur temps pour formuler leurs voeux, c'est touchant...  Des coups de fil lointains, dont une "fille" qui émerge du passé grâce à Facebook (j'ai gardé son image de nos vingt ans: je l'ai vue pour la dernière fois en 1970 à Moscou où nous étions étudiantes)... Elle m'étonne, elle est restée la même, aussi pétillante et enthousiaste! J'adore ce genre de belles surprises ! Elle me ramènent aux temps où j'étais heureuse et optimiste. A midi, les parents de ma belle-fille arrivent avec un magnifique pot d'orchidée... et une invitation au restaurant! Ce tourbillon m'a complètement fait oublier les angoisses qui me travaillaient  depuis des semaines au sujet du RDV avec mon dentiste pour le lendemain matin.

   Anesthésie de cheval, préparatifs de champs stérile avec charlotte, blouse et même chaussons, ma tête couverte sauf la bouche  -  tout cela est très engageant pour la trouillarde de longue date que je suis dans un cabinet dentaire! Le dentiste, très volubile et soucieux de me mettre à l'aise, m'explique à fond ce qu'il fait, présente même les petits clous qu'il implantera dans ma mâchoire... Il me pose des questions auxquelles je ne peux répondre, étant donné ma position délicate, sans même pouvoir déglutir correctement, pendant plus d'une heure!  Deux implants sur lesquels il recoud ensuite la gencive à plusieurs points de suture, sans être avare de compliments sur la solidité de mes os et la texture de mes gencives qui ne lui facilitent pourtant pas la tâche...

   Je repars avec une ordonnance longue comme le bras mais à ma grande surprise, je n'ai pas de douleurs après la dissipation des effets des piqûres, j'évite donc les antalgiques supplémentaires. Je suis un petit régime soupe et yoghourt, ce qui m'a déjà fait perdre 1kg et demi en un jour! RDV dans 1 semaine pour deux autres implants! Je ne suis pas mécontente de ma bravitude!

    

   

   

Tourbillon bienfaisant

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Chaque année,

9 Octobre 2021, 13:08pm

Publié par Flora bis

   ... quelques semaines troublantes précèdent mon anniversaire. Comme si je devais réitérer l'exploit de me frayer un chemin hérissé d'obstacles vers le monde... Le voyage dure longtemps et parfois, l'idée m'effleure que ce calvaire ne serait pas dû uniquement au jeune âge de ma mère, ni à la maladresse d'une obscure accoucheuse qui, jusqu'au bout, refuse d'appeler le médecin. Serait-ce plutôt moi qui, n'étant pas pressée d'affronter le monde extérieur, m'accroche pour prolonger la quiétude?... Quitte à mettre ainsi en danger la vie de ma mère et aussi la mienne, ajouté-je avec quelque propension à devancer un reproche éventuel. 

   Il y a des gens qui haïssent leur anniversaire; au mieux, ils le passent sous silence, comme une corvée à accomplir sur l'autel des conventions. Je soupçonne qu'au fond, c'est leur vie qu'ils détestent et ce jour ne revient que pour retourner le couteau dans la plaie. Ils se voient comme un raté, un loser de naissance, condamné à ramer et à perdre. Immanquablement. 

   Par contre, je connais de véritables éclopés, avec leurs blessures et imperfections criantes, afficher une inébranlable joie de vivre pour célébrer leur victoire sur les vicissitudes de l'existence. Je suppose que cela n'allait pas de soi, qu'ils ont dû traverser mille et une souffrances physiques et morales pour y arriver. D'autres, dont les blessures sont invisibles au premier regard, passent leur vie à les dissimuler. Contrairement à ceux qui font pied et main pour sortir des rangs, eux donneraient tout pour rejoindre la foule grise des "normaux", tout en sachant qu'elle leur sera toujours inaccessible... Alors, parfois, dans des rares moments positifs, ils acceptent leur différence comme un signe particulier du destin et ils lèvent une coupe de champagne pour célébrer leur victoire. Maigre, branlante, cabossée  -  mais victoire quand-même.

 

 

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