Le blog de Flora

Mois de mai chamboulé

3 Mai 2019, 11:05am

Publié par Flora bis

   Les saints de glace s'annoncent alertes, le chauffage est en marche en plein mois de mai. Autour de nous, un tourbillon de jours fériés qui mettent à mal nos habitudes, en temps ordinaire, nos béquilles. Ces pauses, pain béni pour les "actifs", sont plutôt sources d'angoisse pour nous, les autres, les solitaires, les éclopés de la vie, les vieux: magasins fermés, rues désertées, la solitude est encore plus sensible, plus palpable. "Ai-je suffisamment de pain pour tenir?..." Ridicule, au fond. "Ces vieux, ils se noient dans un verre d'eau!..." pensent tout haut les forces vives.

   Pour les actifs  -  dont nous faisions partie il y a peu  -  ces jours de fêtes avec, parfois, leurs ponts bienfaisants, interrompent le flot des corvées quotidiennes, le réveil bougon et ensommeillé, les préparatifs pressés avant de se lancer dans la circulation, avec les bouchons à l'air empoisonné, avachis dans leur bulle de fatigue... Aller et retour. Ils envient parfois les "hors-circuits" qui "n'ont que ça à faire" : profiter du temps qui passe... Qui passe trop vite, d'ailleurs, et sur une pente savonneuse...

   Alors, je me dois de trouver la note optimiste: rapprochons nos points de vue! Ralentissons, autant qu'il se peut, le flot débridé du temps pour profiter de l'instant d'un regard, d'une main à toucher, d'un sourire complice...

 

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Crépuscule

28 Avril 2019, 17:40pm

Publié par Flora bis

 

 

 

 

"(...) Faut-il se résigner à mourir dans une maison de retraite ? Entre les mains peu charitables qui vous manipulent comme un objet encombrant. J’ai fini par dire oui à la famille qui n’arrivait pas à me trouver une place en son sein… «En son sein»  -  drôle d’expression ! Je n’en attendais pas tant ! J’ai bien compris que je devenais une vieille chose acariâtre qui ne parvenait pas à être reconnaissante pour le moindre geste prodigué envers elle… Je voulais les punir ! Pour tout. Pour les heures interminables de solitude, pour le glissement impitoyable vers la déchéance. Pour l’allégresse avec laquelle ils se sauvaient après avoir accompli leur devoir. (...)"

(texte et illustration: R. T.)

 

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Connexion secrète

25 Avril 2019, 15:54pm

Publié par Flora bis

                  "Én megőrzöm titkos vágyaid, mindig, mindig.
                   Én ismertem minden álmodat, mindet, mindet.
                   Gondolj rám, ha egyszer nem leszek. Sokszor, sokszor."  (Magda Szabó)
 

"Je garde tes désirs secrets, à jamais, à jamais. 

 Je connaissais tous tes rêves, chacun, chacun.

  Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  (trad. R.T.)

   Je suis tombée sur ces trois lignes de Magda Szabó (que je connaissais et appréciais en tant que romancière) tout à fait par hasard. "Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  : cette dernière ligne résonnait en moi, curieusement, en apprenant la nouvelle de la mort de Jean-Pierre Marielle. Malade, 87 ans, rien d'anormal à ce qu'il ait rejoint Jean Rochefort et Philippe Noiret, ses amis depuis le conservatoire. Toutefois, le public apprend la nouvelle avec le choc d'avoir perdu un proche.

   A chaque fois qu'un personnage familier  -  écrivain, chanteur, comédien ou autre figure proche du public  -  disparaît, un sentiment de perte s'empare de nous. Ces personnes nous étaient à la fois lointaines et intimes, nous accompagnant depuis des décennies, par l'intermédiaire des oeuvres dont ils étaient les créateurs ou les transmetteurs, les incarnations. Ils faisaient partie de notre vie et, suscitant des émotions profondes, participaient aux métamorphoses mystérieuses qui s'opéraient en nous.

   Je regarde, j'écoute, je lis les réactions dans les média. J'ausculte mes propres sentiments. Quelle chance nous avons de les avoir côtoyés! Ils nous ont beaucoup donné. Ils nous ont fait frôler les profondeurs insondables tout comme le rire doux-amer qui guérit. Quelle chance ils ont de pouvoir susciter la vague d'émotion qui les accompagnera au début du chemin de la mort... J'aimerais croire à l'idée d'une connexion secrète qui permettrait aux défunts de profiter de ce cortège de gratitudes qui rendrait l'éloignement plus léger...

 

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Bûcher

18 Avril 2019, 18:46pm

Publié par Flora bis

   Je ne voulais pas en rajouter aux innombrables commentaires et images qui circulent sur les écrans à propos du tragique incendie de Notre Dame. De plus, je préfère ne pas réagir à chaud, laissant la grande vague d'émotion commune descendre et me questionner sur mes propres sentiments de citoyenne d'adoption, chrétienne car baptisée, sans demander mon consentement, puis émancipée des religions.

   J'ai appris la tragédie lundi vers 21 h, à l'appel de mon fils sur le chemin de la maison. Depuis trois heures, j'étais abîmée dans le travail sur un texte et son coup de fil m'a désorientée; j'étais à mille lieux d'imaginer le drame... En témoigne ce petit dialogue: "Tu as vu la catastrophe?" - "Non, mais je l'ai entendue à la radio. Ca fait la troisième fois qu'ils se font battre piteusement; veulent-ils prolonger le suspens du championnat jusqu'au bout pour susciter un peu d'intérêt?" - "Je ne parle pas du PSG, je parle de Notre Dame!" - "Quoi, Notre Dame? Qu'est-ce qu'elle a?" -  "Elle brûle!"

image Internet

   J'ai couru ouvrir la télé et j'ai continué à regarder les images jusqu'à une heure tardive de la nuit, sidérée, incrédule, plongée dans la tristesse. J'ai regardé les gens sur les quais, sensiblement dans le même état d'esprit, silencieux. Les lances à incendie semblaient dérisoires face aux flammes toutes-puissantes. La flèche et la toiture ont disparu.

   Pendant longtemps, Notre Dame était pour moi un rêve, un fantasme, une lecture et un film. Je l'ai visitée pour la première fois vers 1973, avec Gilbert comme guide, fier de me montrer ce joyau national. Je me souviendrai toujours du sentiment de ma petitesse, lorsque j'ai arpenté la nef et les bas-côtés pour la première fois. J'ai ressenti une grande émotion, semblable à ce que l'on éprouve à la vue d'un tableau, d'une sculpture ou d'un paysage dont on a longtemps rêvé. Par la suite, j'ai visité celles de Reims, d'Amiens, de Beauvais, de Bourges et surtout, celle de Laon.

   Notre Dame de Paris demeure la plus célèbre, bien qu'elle ne soit ni la plus ancienne, ni la plus grande, ni peut-être pas la plus belle. Elle est simplement unique, familière, résistante aux tempêtes, appartenant à nous tous. Un symbole qui réunit, elle nous suggère l'illusion de l'éternité. Elle ne peut pas disparaître... Que deviendrait Paris sans elle?...

 

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Homère au Louvre-Lens

12 Avril 2019, 12:39pm

Publié par Flora bis

   Hier, grâce à deux excellentes amies qui ont bien voulu me "chaperonner" toute l'après-midi, nous avons improvisé une visite au Louvre-Lens, pour voir l'exposition "Homère".

   Je me suis "armée" de la canne de mon défunt voisin, en prévision des heures de piétinement dans les salles du musée. A de pareils moments (heureusement, exceptionnels), je ne manque jamais d'une pensée amusée à l'intention de ma mère... Elle a longtemps refusé l'appui d'une canne et à 83 ans, elles m'a encore répondu, offusquée: "Tu n'y penses pas; j'aurais l'air de quoi avec?... D'une vieille..."

   Homère... Ses deux grandes épopées, l'Iliade et l'Odyssée font partie des fondements de la culture européenne et nous ne sommes même pas sûrs qu'il ait réellement existé. Tout le monde connaît les épisodes de la guerre de Troie et des 10 ans des pérégrinations d'Ulysse.

   L'exposition du Louvre-Lens est extrêmement riche en documents (300 pièces). Je regarde les imposantes sculptures en marbre des dieux et des héros musclés, gonflés de testostérone qui nous reçoivent dès l'entrée, avec leurs histoires d'amours et de guerres étroitement mêlées qui influent sur le destin de l'homme ordinaire... Ulysse, tellement archétypal et si individuel à la fois avec ses éclats de génie et ses faiblesses que tout le monde peut reconnaître en lui son éternelle humanité. Et la brave Pénélope... Tout d'un coup, je me dis: "Mais quelle tarte, cette pauvre Pénélope!" En effet: tandis que son mari met 10 ans pour parcourir les Cyclades et retrouver le chemin du bercail, s'attardant pour prendre du bon temps à chaque fois que des bras féminins tentants s'ouvrent à son passage, Pénélope l'attend, elle tisse, imperturbable, repousse toutes les tentations en épouse modèle! N'est-ce pas l'incarnation du fantasme masculin sur la femme idéale qui laisse la liberté à l'homme de vagabonder, et, en fidèle fée du logis, elle attend le retour de son guerrier?...

 

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L'exemple de Varda

30 Mars 2019, 12:25pm

Publié par Flora bis

   J'ai une amie, elle a quelques années de plus que moi. Elle vit seule avec une santé parfois chancelante mais rien de grave. Je lis ses publications courtes et abondantes sur son blog ou sur sa page Facebook: elle ne cesse d'évoquer les aléas de l'âge, sa mort probablement proche, ses chers disparus qu'elle rejoindra bientôt. On dirait qu'elle ne se rend pas compte de l'effet produit sur le lecteur. Cela devient extrêmement pesant mais je la lis quand-même régulièrement. Comme un exorcisme? Comme une punition?...

   Aussitôt, je révise mentalement mes sujets récurrents, mes flottements d'humeur, mes jérémiades et mes déprimes causés par le soleil parcimonieux ou par des douleurs réelles. Mes angoisses devant la déchéance due à l'âge qui accélère le temps, sans l'espoir de pouvoir inverser la tendance. L'état du monde et la vision apocalyptique que suggèrent les événements et les médias anxiogènes. Quelle différence, finalement, avec mon amie qui ne sourit presque JAMAIS?...

   Il faut que j'arrive à faire un effort sur moi-même. Je n'ai pas le droit d'assommer le lecteur avec un pessimisme lourd qui suinterait avec constance de l'ambiance de mes pages. Bien sûr, il ne s'agit pas de mentir, plongeant soudainement dans la béatitude d'une autruche qui ne me ressemble pas.

   Je pense à Agnès Varda qui vient de mourir à 90 ans. Son "Cléo de 5 à 7" m'a profondément marquée: je l'ai vu, étudiante, et j'y repensais aux différentes étapes de ma vie. Je regarde la photo de la minuscule vieille dame haute en couleurs qui se promenait dans la vie toujours active, curieuse et ouverte sur le monde et les gens, au lieu de pleurer sur son sort... Voilà la bonne piste à suivre. Sourire au monde. Sourire aux autres. Essayer de trouver quelques parcelles de réconfort réel dans un quotidien avare en espoir.

   

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Printemps des Poètes

25 Mars 2019, 11:49am

Publié par Flora bis

   Qu'il est difficile d'écrire, de peindre la beauté, le bonheur, sans tomber dans la mièvrerie, le poncif creux, la banalité usée jusqu'à la trame... Pourtant, nous avons besoin de cette source vive pour exister.

   Cette année, le Printemps des Poètes a choisi le thème de "la Beauté". Nous étions une trentaine réunis à Saint-Amand-les Eaux, à l'ancien Café des Sports joliment décoré par l'Association "Paroles d'Hucbald" qui y organise des cafés littéraires et des cours d'alphabétisation. (Hucbald fut un moine bénédictin, poète et musicien à l'Abbaye de Saint-Amand, une des plus importantes du Moyen âge, fondée par Dagobert au 7e s. et détruite pendant la Révolution. Seule en subsiste l'extraordinaire Tour Abbatiale.) 

   Beaucoup de participants ont apporté des textes, en vers et en prose, dont le sujet tournait autour de la beauté. Des poètes présentaient leurs propres textes, d'autres les ont empruntés à Baudelaire, à Hugo, aux différents auteurs d'aphorismes aussi, pour alléger l'émotion forte par le sourire.

   En ce qui me concerne, j'ai apporté deux poèmes de Miklós Radnóti. A l'évocation de la beauté en poésie, ma première pensée me mène toujours vers lui. Rares sont les poètes capables de nous suggérer la beauté de la vie avec autant d'intensité et de sensualité, sollicitant la mémoire nostalgique de nos cinq sens. Cette beauté réside dans la multitude de détails de la vie quotidienne, porteurs d'émotion, et surtout, de la nostalgie du bonheur menacé par la guerre, par la mort précoce. Ci-dessous la fin du poème "Ode à peine" (Tétova óda) traduit par moi, en collaboration avec Muriel Verstichel.

(...)

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                          de ta paume fraîche.

(ici le poème en entier, lien modifié)

 

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Kaléidoscope

13 Mars 2019, 10:20am

Publié par Flora bis

   L'atmosphère est lourde, depuis le matin. Les adultes vont et viennent, le regard sombre. La femme, yeux rouges et lèvres serrées, teint crayeux, l'homme dépité, à la colère rentrée, colère qui ne demande qu'à exploser... Les vieux et l'enfant vaquent aux occupations-camouflage pour pouvoir se dissimuler dans les décors... Elle est familière des bouderies interminables, consciente que l'homme le supporte mal et viendra la supplier à genoux pour qu'elle arrête. Il tournicote autour d'elle, cherche l'issue mais elle le punit ainsi, triomphante... De guerre lasse, il s'enfuit au travail. La femme, sa victoire inachevée, s’enferme dans la buanderie. En silence.  Sa fille, adolescente maigrelette, guidée par une angoisse soudaine, secoue la porte fermée... Pas de réponse. Elle supplie en pleurant. La porte se déverrouille, la mère est debout, près d'un tabouret placé au milieu de la pièce, juste en-dessous d'une corde nouée à la poutre.

 

   Kaléidoscope... Il n'y a qu'à jeter sur papier les éclats de couleurs et laisser faire... Se laisser porter par des sensations, des intuitions... Ce plongeon peut s'avérer dangereux pour quelqu'un qui ne sait pas nager.

   Raconter des histoires... Héritage de mon père. Celui de mes deux parents. De mes grands-pères aussi, notre cinéma en noir et blanc, projeté sur les murs chaulés de la chambre pendant les soirées interminables d'hiver. Gourmandise de mon père à se laisser transporter (et transporter l'auditoire) sur les lieux même des événements ressuscités par la mémoire... Le souci permanent de ma mère d'une certaine perfection dans la vérité du fond et du détail. Suis-je faite de l'ensemble de ces apports-là? Dois-je en profiter pour restituer ce qu'ils m'ont transmis, en leur redonnant la parole?... 

   Comprendre, c'est pouvoir vivre. Ou alors, comprendre enfin, c'est la déchirure. Celle du voile bienfaisant qui permet tous les doutes et qui protège de la vérité. 

Kaléidoscope

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Voyage

6 Mars 2019, 10:11am

Publié par Flora bis

   Je redoutais énormément ce voyage. J'y allais à reculons. Lâcheté et culpabilité pour faire face. Culpabilité devant ma lâcheté. Peur devant le spectacle de la déchéance  -  qui m'attend, moi aussi, à mon tour. Comme si c'était héréditaire... Ma mère m'a légué tant de choses, bon gré, mal gré.

   Chute brutale des températures, entraînant avec elles la bonne humeur... Le face-à-face avec le pays et les illusions, souvenirs remodelés par la mémoire. 40 ans de soleil remplacé par le froid, les giboulées dehors comme dedans. 

   Regarder la vieillesse, ce "naufrage" qui nous attend tous, avec un peu de chance, si on ne tire pas sa révérence à temps, avec un certain égard pour les proches qui restent. Regarder avec une douloureuse compassion une mère dont le sourire lumineux fait signe à  60 ans de distance, devenir une ruine hagarde qui perd la tête et quand elle retrouve, avec un effort poignant mais souvent vain, quelques repères éparpillés, pleure sur sa misère pesante et humiliante...

   L'angoisse plane au-dessus de moi comme un oiseau de malheur, un rapace aux ailes déployées, aux yeux acérés, guettant l'instant propice où je baisserais la garde, où je l'oublierais, m'abandonnant à un sentiment fugace qui ressemblerait au bonheur... Non, je dois rester vigilante telle que je l'ai presque toujours été. 

   J'ai mal au dos, rapace rongeant ses entrailles pour se nourrir, pour pouvoir continuer à voler. Parfois, une lueur d'espoir m'éblouit : le mot juste... J'aimerais que d'autres que moi puissent en être touchés. Incorrigible partageuse d'émotions que je suis...

  Tout a changé. La mort de ma mère, événement impossible à concevoir, même si je l'ai  craint et imaginé depuis longtemps... Je peux presque fixer l'instant où je lui ai  lâché la main... Comme l'abandonnant au sacrifice... Le poids est devenu insoutenable. Poids de la culpabilité, celui des chaînes, l'image de ce qu'elle est devenue, les remords de ne pas avoir empêché, du moins tenté d'endiguer le naufrage... L'aurais-je pu ? Pour se donner bonne conscience, on se réfugie dans ces excuses-là. Le plus dur reste le face-à-face avec soi-même, avec la projection de ce qui nous attend tous. La petite porte s'est entrouverte, elle ne se refermera plus. Le courant d'air passe et nous fait frissonner.

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Histoires d'initiations

28 Février 2019, 09:55am

Publié par Flora bis

   Emmi néni, ma prof de dessin enthousiaste m'a présentée à un peintre qui avait sa petite renommée et qui dirigeait un atelier pour adultes le soir, dans la ville voisine. Pour ma plus grande joie, nous continuions le thème de la figure, souvent avec des vieilles personnes comme modèles. Je travaillais vite. La plupart du temps, j'ai entièrement fini trois portraits, pendant que les autres peinaient encore sur le premier. L'usage de la gomme était proscrit. Cela m'a grandement initiée à la concentration accrue, à la virtuosité du regard et son accord avec la main.

 A 13 ans, j'étais la plus jeune de l'atelier. Les compliments du maître me plongeait dans un délicieux embarras: j'en étais avide et j'avais du mal à les encaisser. Les années écoulées depuis n'y ont rien changé...

   A la fin de l'année scolaire, nous exposions nos œuvres dans la maison de la culture qui trônait au milieu du bourg, à deux pas du monument aux morts de la guerre 14. A chaque fois, je raflais les premiers prix, des blocs de dessin que je humais avec avidité. Le peintre de la ville voisine que je viens d'évoquer, s'est déplacé pour donner plus de solennité à la remise des prix et je me revois rougissant tandis qu'il prend ma tête entre ses mains pour déposer un baiser sur mon front...

   Inlassablement, Emmi néni nous faisait découvrir les expositions dans les grandes villes des environs, et mon goût pour les musées date de ce temps-là. J'y entre toujours avec l'envie et l'excitation de la découverte, avec une certaine ferveur aussi, comme d'autres entrent dans les cathédrales: partager l'inspiration, la vision des artistes, partager un genre d'égrégore qui parcourt les sens...

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