Le blog de Flora

Un monde masqué

25 Mars 2021, 19:01pm

Publié par Flora bis

   Au bout d'un an, je supporte toujours péniblement le masque, il m'étouffe, je respire mal : dès que je peux, je m'en libère. Néanmoins, avant Noël, pendant quelques jours très désagréables, le port d'un masque m'était d'un grand réconfort. Un abcès sur une dent de sagesse m'a gonflé la joue gauche et, en attendant d'être secourue par mon dentiste, j'étais bien contente de pouvoir dissimuler la déformation. Cet incident m'a inspiré quelques réflexions sur l'utilité de ce bout de tissu, au-delà de faire barrage aux virus.

   J'ai déjà écrit au sujet des masques, des vrais et des symboliques, de leur signification, de la nécessité de se cacher sous un masque invisible qui, peu à peu, devient un visage de circonstance, selon nos métiers, selon les situations de la vie sociale ou simplement au gré de nos états d'âme...

   Depuis la pandémie, ce masque abstrait, symbolique est devenu bien concret, un cache qui ne laisse voir que les yeux. Le regard prend ainsi beaucoup plus d'importance : seul point d'encrage pour sonder le fond de la pensée de l'autre. Il devient impossible de fuir le regard de l'interlocuteur, en fixant légèrement "à côté", la bouche ou le front, les boucles d'oreilles ou d'autres échappatoires... Restent les yeux, unique contact. Impossible de savoir si l'autre sourit : la bienveillance ou l'hostilité, voire l'indifférence de son accueil demeurent cachées devant nous. Nous ne pourrions même pas le (la) reconnaître sans masque. Nous pouvons seulement l'imaginer, y ajouter les détails manquants. De cette façon, si les circonstances permettent d'ôter le masque, la découverte d'un visage nu et inconnu peut nous réserver des surprises... "Je savais que le bien comme le mal est affaire de routine, que le temporaire se prolonge, que l'extérieur s'infiltre au-dedans, et que le masque, à la longue, devient visage." (Marguerite Yourcenar: "Mémoires d'Hadrien")

   

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Trophées et cérémonies aux temps du Covid

14 Mars 2021, 10:15am

Publié par Flora bis

Je fais partie des rares personnes qui ont regardé vendredi soir la remise des Césars sur Canal+, et jusqu'au bout, SVP.! (3h et demie, oui, je l'avoue, je suis un peu mazo!) Une grande salle de théâtre, l'Olympia, clairsemée, faisant à peine illusion, peuplée juste des personnes nommées par l'Académie "new look", fraîchement "rénovée", sélection féministe, diversité-iste, jeuniste, bref, exit le mâle blanc dominant patriarcal! (Attention tout de même de ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain!...) Ajoutons à cela les aléas du COVID qui ont fermé les salles de cinéma, laissant brièvement entrevoir quelques films de la production riche et variée, pendant la brève ouverture de l'été.

Marina Foïs a assuré le rôle ingrat de l'hôtesse, à sa façon, avec son humour cru et mordant habituel. Je comprends bien l'intention de se débarrasser de tout ce qui crée l'ambiance guindée et la bienséance raide, parfois hypocrite de ces remises de trophées pour ôter la chape d'ennui qui menace... Mais là, "on est tombé de l'autre côté du cheval" (traduction du hongrois), d'un bout à l'autre on nageait dans une ambiance amère, inutilement agressive (même envers ceux ou celles qu'on avait sollicités pour remettre la statuette), volontiers scatologiques... Le strip-tease de Corinne Masiero ôtant sa peau d'âne et sa robe ensanglantée nous a offert l'image de son corps sculptural, rappelant celle de l'actrice victime de l'avidité d'un père (d'un metteur en scène) abusif... sans oublier les intermittents "à poil". Pour moi, la vraie émotion est née - et m'a maintenue jusqu'au bout - des extraits des films sélectionnés, de ceux aussi, et surtout, qui ont ressuscité pour un bref instant les personnes qui nous ont quittés cette année... Claude Brasseur, Michael Lonsdale, Guy Bedos, Juliette Gréco, Jean-Pierre Bacri, Annie Cordy, Michel Piccoli etc, ils sont très nombreux. Jean-Claude Carrière, l'érudit, l'incroyable et le merveilleux raconteur d'histoires, avec Jean-Loup Dabadie et son humour qui vire au drame... Ils font partie de notre imaginaire à jamais. Sans ces artistes, notre vie serait - EST - plus pauvre. Ils sont essentiels.

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Pluie de manne

8 Mars 2021, 11:44am

Publié par Flora bis

    Après de nombreux appels devenus routiniers, suivis de déceptions tout aussi routinières dont l'effet de stress ne manquaient jamais d'agir, façon piqûre de rappel douloureuse, sur le moral qui finissait obligatoirement dans les chaussettes... bref, samedi après-midi, je reçois l'appel d'une amie qui m'encourage à tenter la réservation d'un RDV sur Doctolib... J'y vais sans trop d'illusion  -  et miracle! j'ai RDV pour me faire vacciner le lendemain après-midi! Et même une deuxième fois pour 1 mois plus tard! Je me frotte les yeux, pour me réveiller de cette douce illusion... Je ne suis ni président de la république à la retraite, ni membre de réseaux puissants installés près du feu. Je ne me suis rendue célèbre, "médiatique" d'aucune façon : quel ratage! Je ne mérite décidément pas une Rolex!... Peut-on, décemment, se contenter d'être fière de son bilan "minable" d'aimer et d'être aimée par sa famille et ses amis? Anonyme qui prend de l'âge et quelques comorbidités mais toujours pas assez pour mériter le vaccin salvateur! Dévorée par le doute légitime, je reçois un SMS de confirmation, me pressant de me présenter à telle heure, telle adresse. Je me dis: il y aura bien un chien ou un autre canidé enterré à l'adresse indiquée...

   Je m'y rends à l'heure prévue : vaste gymnase transformé en "vaccinodrome" (notre vocabulaire ne cesse de s'enrichir!) où, à chaque pas, plusieurs représentants de la Croix Rouge, des infirmiers et d'autres individus masqués guident vos pas, vous désinfectent les mains, vous "trient" selon vos sensibilités dues à votre âge, vers des chaises et des carrés bâchés, tous numérotés! Un médecin remplit deux pages de vos aveux, puis il vous passe dans les mains d'un jeune et fringant infirmier qui, ni une, ni deux, vous pique le bras de votre choix! Quelques minutes plus tard, vous suivez les flèches vers la sortie. Quelle efficacité! Je tire mon chapeau imaginaire devant la mobilisation exemplaire et je fais quelques amères réflexions sur le contraste que cette capacité admirable d'organisation, d'efficacité représente face aux lenteurs, aux opacités, aux insuffisances qui règnent au niveau national... Après des mois de piétinement sur place, de doses à compte-gouttes, d'explications douteuses, soudain, une pluie de manne nous tombe dessus en un week-end, comme sur les Hébreux affamés, assoiffés dans le désert... Un pas vers la liberté retrouvée, un jour.

(dessin : Net, Chapatte)

 

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Février s'en est allé...

1 Mars 2021, 10:13am

Publié par Flora bis

Quelle semaine derrière moi!... Avec de la souffrance et de la douceur mêlées.

J'ai cueilli mes petites-filles dimanche 21 février, au train de midi. Pour les trois premiers jours, je les ai déposées chez les autres grands-parents, pour les récupérer mercredi soir. Entretemps, leurs parents sont arrivés, pour fêter dimanche, un peu en avance, l'anniversaire de l'aînée, Lucie. 15 ans dans une semaine, ma grande petite-fille! J'aime ces rituels familiaux qui contribuent à maintenir le lien entre les générations et nous font prendre conscience du temps qui passe.

La semaine a débuté pourtant avec des  soucis de santé récurrents et très handicapants qui ne m'ont lâchée que pour l'arrivée des petites chez moi, me léguant une tenace contracture dans le dos pour le reste de la semaine... En position de repos (rare), la douleur se laissait presque oublier et j'en ai profité pour savourer les moments passés avec mes petites-filles. Quel plaisir de les avoir avec moi, sans se presser, en échangeant, discutant de plein de choses extrêmement importantes à cet âge! Cela va sans dire que regarder ces petits êtres en mouvement, en maturation, en changements perpétuels est absolument passionnant: de ma position de grand-mère privilégiée (car je possède une chose précieuse qui manque souvent à tous les parents: la disponibilité), je peux les écouter sans juger, sans  réprimander  -  en rectifiant juste en douceur et en compréhension, du haut de mon âge, tout en respectant les peines du coeur qui, à 12 ou 15 ans font autant souffrir qu'à 25, 40 ou 70 ans... 

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