Rides et cicatrices
Au début de l'année, nous nous retournons sur la précédente, comme au moment du départ, devant la porte, avec un dernier regard sur la maison: avons-nous laissé du désordre derrière nous? Avec le cumul des années, ce regard remonte de plus en plus loin pour embrasser finalement toute une vie.
"Le coeur n'a pas de rides; il n'a que des cicatrices" disait Colette. J'aime beaucoup cette phrase, je la tourne dans la tête, dans la bouche, je la goûte, je l'essaie sur moi comme un nouveau vêtement, me regardant dans un miroir imaginaire: mon coeur a-t-il des rides? Quand-même... Du moins, il est enrobé par les années, protégé par la peur de souffrir, bouclier efficace.
Quant aux cicatrices, cela va sans dire... Je passe les doigts sur leurs traces. Elles sont palpables au toucher, pareilles aux collines douces de mon pays d'origine où il n'y a pas vraiment de montagnes dignes de ce nom. Des bosses, plus ou moins grandes, plus ou moins sensibles aux souvenirs, aux regrets. A quoi bon y revenir? Tentatives stériles de revivre le passé. Elles n'effaceront ni les rides ni les cicatrices du coeur.
