Le blog de Flora

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Démangeaisons égotistes

22 Mars 2026, 19:12pm

Publié par Flora bis

   Devant le désintérêt massif que suscite ce blog depuis quelques mois  -  on a beau dire que nous écrivons avant tout pour nous-mêmes, on a besoin d'échos, d'échanges comme tout le monde, y compris ceux qui affirment le contraire  -  il est temps de prendre quelques décisions. Peut-être déménager, peut-être disparaître humblement et tout simplement.

   Le plus raisonnable, c'est de reconnaître qu'il vaut mieux se taire que gratouiller mollement le clavier. Que de temps gaspillé au lieu de laver ses vitres et nettoyer sa terrasse pour la débarrasser des stigmates de l'hiver! Sans compter les heures à profiter des bienfaits du soleil printanier, beaucoup plus bénéfiques pour la solidité de vos os que de se recroqueviller devant un écran et de s'abîmer les yeux avec sa lueur bleue! Écrire, éventuellement pour son tiroir, dans la totale confidentialité, comme pour se prouver que la bête est encore vivante et qu'elle lève une paupière  -  et non pas les deux!  -  de temps en temps, tel un crocodile se dissimulant dans le décor... Si les démangeaisons de la graphomanie pèsent à ce point, il faut chercher des moyens plus performants qu'un blog obscure, sans le moindre effort de pub! Il y a pléthore d'auteurs qui se bousculent en vain pour un peu de place au soleil, pourquoi augmenter encore leur nombre?...

   D'ailleurs, à quoi rime ce besoin viscéral de lever le doigt pour attirer l'attention? Au fond, cela ne me ressemble pas; qu'est-ce qui me prend, qu'est-ce qui me chagrine? Je sais depuis toujours que RIEN ne nous sauve de la Mort!... Quand j'ai affirmé cela pour la première fois, avec une conviction en béton armé à Gilbert  -  qui ne se savait pas encore condamné  -,  il m'en a voulu pour toujours... Je porte en moi cette contradiction à vie.

Démangeaisons égotistes

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Entre vivants et morts, le no man's land...

1 Novembre 2023, 11:19am

Publié par Flora bis

   Le cimetière est chargé de chrysanthèmes de toutes les couleurs, en tenue festive : c'est jour de Fête pour les morts, celle leur accordée par les vivants en sursis qui se souviennent, se rachetant ainsi un supplément de vie... 

   Mon pot de chrysanthème pompon jaune attend sagement que je le dépose près de la petite plaque de marbre qui scelle la sépulture de Gilbert. 17 ans déjà qu'il a droit à son pot de fleurs, lui qui leur accordait si peu d'intérêt... Je me demande si seulement il avait franchi le seuil d'un fleuriste. L'essentiel était ailleurs.

   Il n'allait pas non plus aux cimetières, pour la même raison. Jusqu'à quelques mois environ de sa mort. Déjà très affaibli, une marche quasi quotidienne l'y conduisait "pour choisir le lieu où on pourrait le retrouver si on voulait." Depuis ce moment-là, j'essaie de déchiffrer cette phrase gravée dans ma mémoire. 

   Ni l'un, ni l'autre, nous ne croyions en un au-delà après la mort. Je sais que sous la plaque irisée "Galaxie", il n'y a que l'urne avec l'improbable poignée de cendres, avec très peu de lui. Je n'ai pas besoin de m'y rendre pour qu'il soit présent dans mes pensées, très souvent comme une référence permanente. Un refuge ou une prison...

   Et pourtant, une ou deux fois par an, lorsque je me recueille devant la plaque de marbre, je ressens comme une invitation à lâcher prise. Chose que j'ai du mal à faire dans tous les domaines. Ce serait comme me débarrasser d'une armure qui me protège en toute circonstance. Cette invitation est si puissante que j'ai du mal à y résister. Elle est faite d'une foule de souvenirs envahissants et contrastés, d'une pensée si forte de communion que je dois m'accrocher pour rester au bord du précipice...

(dessin: R. T. 1998, plume, encre de Chine)

 

 

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Un orage bienfaisant

18 Juin 2022, 16:51pm

Publié par Flora bis

   Pour commencer par une constatation fort peu originale : il fait CHAUD!  Je suis barricadée à l'intérieur de ma vieille maison de 100 ans, derrière ses murs épais. J'ai du mal à m'imaginer dans un appartement HLM en préfabriqués (je sais de quoi je parle : j'étais alors jeune et résistante et la canicule semblait plus clémente!) A présent, je rentre peu à peu dans la catégorie des vieilles dames qu'il faut surveiller et arroser par temps de grosses chaleurs comme des plantes rares et fragiles.

   Je continue l'article commencé hier soir, par la matinée rafraîchie du lendemain, avec une petite laine sur les épaules! Soulagée sous le ciel gris, humant l'odeur de la pluie nocturne qui monte du jardin. Il était temps! Les oiseaux se remettent à chanter, eux aussi. Le soleil commence à briller, timide, radouci pour le moment, tel comme nous l'aimons. C'est la Fête des Pères. Ni mon fils, ni moi n'en avons plus. Le mien aurait 100 ans, celui de mon fils 72... En ce qui concerne le second, je suis sûre qu'il détesterait cette phrase, lui rappelant le temps qui file, impitoyable! Il est mort à 56 ans et à la quarantaine déjà, il supportait mal l'idée de vieillir, de subir le "naufrage" en marche de l'individu. Bien loin du sentiment de "la maturité triomphante" dont je me délectais, au même moment... 

(photo: Chypre, 1990)

 

   

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Abîmes et quiétudes...

22 Novembre 2021, 11:40am

Publié par Flora bis

   Je me couche de plus en plus tard, par conséquent, ma journée débute de plus en plus tard aussi. Je sens bien que c'est contre nature, nocif même pour ma santé bancale. Mon horloge biologique m'envoie ici ou là des signaux faibles pour m'avertir mais je la fais taire comme on arrête une sonnerie de réveil gênante.

   Cela dure depuis plus de 15 ans. Les derniers mois de la vie de G. m'ont habituée à une vigilance de chaque instant, à un état de veille quasi permanent. Ne dormir que d'un oeil, par intermittence, prête à bondir au moindre soupir, au moindre frémissement... Jusqu'à la dernière nuit de veillée, avec ses cendres à côté de moi sur la petite table près de l'ordinateur sur lequel j'étais en train de formuler inlassablement les avis de décès. Dans cette ambiance devenue étonnamment calme, l'état d'alerte permanent a disparu, laissant la place au silence profond, à la pénombre paisible, je dirais même: à la quiétude s'il n'y avait pas eu partout, autour de moi ce vide béant...

   Depuis, je retarde le moment de monter dans ma chambre pour affronter l'abîme de sommeil qui nous engloutit sans crier gare, sans assurer qu'il nous relâcherait au lever du jour. Je veille, souvent par pure perte de temps, juste pour m'accrocher au sentiment d'être encore vivante... 

   

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Gilbert l'écrivain

28 Juillet 2021, 10:16am

Publié par Flora bis

 

Je viens de relire quelques extraits des textes de Gilbert, publiés à partir des années 1990, année de notre retour en France. Je suis frappée par la force, la perfection, l'originalité du style comme si je découvrais ces pages. Je le revois dans son bureau perché au 2ème étage de la maison, au bout de 38 marches raides avec des virages étroits que je montais et descendais dix fois par jour. Mon bureau se trouvait juste à côté, tout comme la chambre d'amis. Le palier, ainsi que les pièces sont tapissés de livres, du sol au plafond. Des siens et des miens. Quel apaisement était pour lui de voir tous ses bouquins enfin réunis à portée de main!... Sources d'inspiration plus puissantes que la vraie vie dont il n'était pas persuadé de la réalité... Il recréait inlassablement sa réalité à lui, en une fiction complexe, teintée d'éléments fantastiques, d'humour et de dérision caustiques, sûr qu'elle l'aiderait plus infailliblement que tout, à vaincre la mort.

   Oui, je connaissais ses textes par coeur car il m'a associée très étroitement au processus de leur création. Redoutable privilège! J'ai été happée, dans l'incapacité de me libérer, écrasée par la responsabilité de la tâche et par l'exigence et la sensibilité particulière de l'écrivain... Sa confiance intuitive en mon jugement, non moins instinctif  -  car je ne me sentais absolument pas à la hauteur!  -  à la fois gratifiante mais surtout écrasante, m'obligeait, que je veuille ou non, à suivre pas à pas les tourments d'un écrivain qui savait que le temps lui était compté. 

   Avant sa mort, il m'a confié 2-3 textes inachevés avec une injonction impossible à accomplir: "Tu les finiras!" Comment me mettre dans les pas d'un écrivain à l'univers si différent du mien (si jamais j'en ai un...), dans une langue d'adoption dans laquelle je n'ai jamais commis le moindre texte littéraire?... J'ai commencé mon blog français en 2008, en guise "d'entraînement à l'écriture" mais je ne me sens toujours pas prête...

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15 ans après

7 Juillet 2021, 10:28am

Publié par Flora bis

   Le 7 juillet... Une date à part. Même si elle ne m'écrase plus de son importance démesurée, réveillant la douleur de façon aiguë, presqu'inattendue, elle reste une des dates décisives de ma vie dont je peux dire: il y a un "avant" et un "après"...  

   Une cicatrice qui verrouille à l'intérieur ce qui reste de cette douleur vive de l'instant... Aujourd'hui, l'incontournable recueillement m'invite à revenir 15 ans en arrière. J'ai toujours détesté, refusé l'injonction "travail de deuil", préférant dire "apprivoiser la douleur, l'absence". Raviver  ce jour torride de 7 juillet où, après une nuit épuisante de veille auprès d'un corps hésitant encore au seuil de la mort, vers 7 heures du matin, la voix de notre ami commun qui m'a tenu compagnie sur ce chemin effrayant, le rendant ainsi plus apaisé, me ramène soudain dans une réalité encore irréelle: "... c'est fini, il ne respire plus." Dans le brouillard des va-et-vient affairés de plusieurs personnes accourues qui me posent des questions, qui me demandent de prendre des décisions, de signer des papiers, je sens vaguement que je suis en train de franchir le seuil d'une autre vie. Au bout de 33 ans.

   Suis-je toujours prisonnière de ce passé comme certains le suggèrent?... C'est un fait que je "n'ai toujours pas fait le pas"  -  selon un ami psychologue  -  pour le laisser derrière moi. Il est à la fois une prison et un refuge.

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

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12 ans

7 Juillet 2018, 11:40am

Publié par Flora bis

Les anniversaires rythment notre vie. Le 7 juillet rythme la mienne en particulier.

Tous les ans, en posant ce petit caillou virtuel sur la tombe de Gilbert, je fais un rapide bilan personnel.

12 ans déjà... Je mesure ma survie. Je mesure ma solitude. Je me regarde dans le miroir. Le reflet n'est pas vraiment flatteur, les années passent à l'accéléré. Il faut épouser les contours de chaque étape. Savourer les instants tout en étant consciente  -  et cette lucidité ne me quitte plus -  que c'est un compte à rebours...

Les enfants grandissent, leurs parents entament la maturité de l'âge. Et les grands-parents? Ils résistent.

Tous les ans, je me répète l'avertissement: débarrasse-toi du poids de l'insupportable inertie, des doutes et des peurs qui te paralysent, cesse de gaspiller le temps précieux et entame enfin le vrai travail qui te permettra de monter sur l'ultime balance... 

Un juin-juillet aussi chauds qu'il y a 12 ans... 

(illustration: Yin et Yang, huile sur toile, R. T.)

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10 ans...

7 Juillet 2016, 12:31pm

Publié par Flora bis

10 ans...

7 juillet 2006 - 7 juillet 2016...

Pourquoi aimons-nous les anniversaires ronds, leur accordant une importance qu'ils n'ont peut-être pas? Suggèrent-ils, avec leur caractère achevé, la nécessité des bilans?

Gilbert est mort il y a 10 ans. Occasion pour un regard en arrière qui mesure le chemin parcouru. Le mien. Quant à lui, impossible de savoir s'il a fait la paix avec la mort qu'il considérait comme l'injustice la plus grande, la plus absurde qui puisse arriver à un humain.

Des spéculations de vivants, tout cela. On ne peut rien savoir, on ne peut que bâtir des chimères à partir de nos pauvres moyens de vivants.

Il est inutile de s'en préoccuper, disent les optimistes, les dynamiques, les forces vives. Il faut être dans l'instant, dans l'instinct vital, en profiter tant qu'il est temps! Je fais ce que je peux...

Certes, le souvenir devient moins douloureux, les cicatrices moins visibles. Je continue à porter en moi ces 33 années, avec les grands malheurs comme avec les moments de bonheur, en essayant de faire en sorte que ce soient ces derniers qui veillent sur moi dans le délicat équilibre au bord du précipice...

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Oeuvre de Gilbert * Dans l'escalier (nouvelle, extrait)

3 Avril 2013, 17:15pm

Publié par Flora bis

Gilbert-au-mariage-de-Sultan-bis_NEW.jpg (...) L'éclat de la onzième marche ressemble à un quartier de lune. Le complément de l'étoile. Ginette ne se doutait pas qu'elle finirait au ciel. Pour monter vers la chambre, respectueuse de mon travail, elle mettait des pantoufles. Moins érotiques que les talons-aiguilles, ces charentaises flapies! Pourquoi a-t-il fallu qu'au moment de sa chute, ses os aillent cogner le bois, détacher la peinture? Je lui ai reproché cette négligence. Je ne pouvais pas me douter que son cercueil causerait des dégâts moins poétiques que les deux astres.

   Douzième station. Sur les murs d'une église, ce serait la dernière. Jésus meurt sur la croix. Il a bien de la chance. Je dois poursuivre cette vie sans femmes et sans espoir. Deux étapes de plus que le Christ. Aucun orgueil dans cette constatation. Je n'ai pas construit la maison et mon père, qui n'était pas charpentier mais maçon, n'avait sûrement pas pensé à ce détail lorsqu'il a conçu l'escalier. (...)

un autre extrait: http://flora.over-blog.org/article-31276577.html

Gilbert Millet "Dans l'escalier" nouvelle,  extrait,  in Ennemis très chers  éd. Manuscrit  2001

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Oeuvre de Gilbert * Le mépriseur (roman, extrait)

21 Novembre 2012, 17:42pm

Publié par Flora bis

 (...) Ses parents sont morts à une semaine d'intervalle, l'un attendant l'autre, l'autre se hâtant de rejoindre l'un, vieux couple inapte à se séparer, réuni par la fosse et les vers qui les rongent sous les couronnes vernissées. Le voici errant dans la maison qui lui échoit, grande demeure de son enfance, qui n'est plus sienne depuis longtemps et ne l'a peut-être jamais été.

Le-m-priseur.jpg   Ces meubles, il les a déjà vus, ces photos punaisées, encadrées, les couleurs, les allées rectilignes, bordées de fleurs soigneusement entretenues jusqu'au dernier jour, déjà senti ces effluves d'antan, et la fraîcheur des arbres, hospitalière aux générations. Jusqu'à la tonalité de l'air et la lenteur des choses qu'il retrouve inchangées, circonscrites au cercle étroit et bien-pensant de la famille.

   Parce que son esprit s'est modifié, plus libre sans doute mais plus creux et plus vide qu'une statue de fer blanc, aucun de ces signes ne possède plus le moindre sens, la moindre dose de malignité, ni les cartes postales illustrées de madones ni les témoignages accablants du nourrisson obèse, avili de nudité sur un pompeux coussin, qu'il va se hâter d'étouffer aux flammes de la cheminée, avec l'enfant au brassard blanc, innocent sous une arcade romane. (...)

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