Le blog de Flora

Extrait de "Nos étés indiens"...

26 Novembre 2018, 15:54pm

Publié par Flora bis

   Un nouvel extrait du texte lu le 16 novembre dernier (lien ici vers le premier

extrait). Cette fois-ci c'est la femme solitaire éternelle célibataire qui se raconte.

 

La Célibataire : Je ne peux pas me plaindre, j’ai été plutôt bien servie par la nature. De la beauté ? Je dirais plutôt du charme, ce pouvoir mystérieux qui m’a permis d’ensorceler à peu près tous ceux que je voulais. Je les enveloppais dans un halo de phéromones qui les tétanisait : oui, de phéromones comme chez les papillons ou les fourmis ! Je dosais savamment les ingrédients : une pincée de promesse de félicité, un brin de fragilité. Rares sont les hommes qui ne sont pas flattés à l’idée de protéger le sexe faible ! Le tout saupoudré d’un soupçon de mise à distance afin qu’ils soient ferrés à jamais, leur laissant entrevoir l’immensité de la perte si je leur échappais…  Mon tableau de chasseest conséquent. 

   J’ai été une vraie baroudeuse du sexe : j’ai cumulé les aventures, dans une soif insatiable de conquêtes… D’où venait cette nécessité ? Quel besoin avais-je à combler ? Etait-ce l’envie de prendre le contre-pied de la frigidité lugubre de ma mère ? Ou alors, un simple appétit curieux pour les plaisirs de la vie qu’elle n’avait cessé de dénigrer devant moi...  J’étais mince, presque sèche, le regard aiguisé pour repérer la proie… C’est le jeu qui m’intéressait, saisir la victime sans défense, jouer avec, en le laissant par moments s’éloigner mais toujours à portée d’un coup de griffe… Vous voyez le chat qui s’amuse avec la souris ? Jusqu’à ce que la bête, épuisée, exsangue, revienne en rampant vers son bourreau, le supplie de la croquer pour en finir… Mais cette phase du jeu ne m’amusait plus et, la plupart du temps, je m’en suis détournée avec lassitude.

   C’est la conquête qui m’excitait et non la construction que j’imaginais fastidieuse, monotone, demandant trop de sacrifices. C’est pour les fourmis besogneuses et non pour les Diane Chasseresse ! Que faire d’une proie une fois capturée ? Elle perd tout son attrait. On est obligé de se lancer à la poursuite de la nouveauté… Le jeu de la séduction est autrement plus excitant que celui de la conservation ! J’ai toujours été piteuse ménagère. D’ailleurs, il n’y a pas un seul bocal de confiture dans mon placard ! Je préfère croquer les fruits quand ils sont encore juteux !

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Mon sentier

23 Novembre 2018, 19:03pm

Publié par Flora bis

   Je suis fascinée par le temps qui passe... Tout en sachant que "le temps" n'est qu'une invention, une convention de l'esprit humain pour fixer les changements observés en lui, autour de lui.

   Il y'a quelques années, un test était très à la mode dans les fins de soirées. Il fallait répondre spontanément à des questions sur un parcours imaginaire, évoquant les premières images qui surgissaient dans notre tête. Je me souviens de la description de mon chemin et je dois avouer que cette description n'a presque pas changé depuis les quelques décennies écoulées. Je l'imaginais linéaire: un long sentier par endroit légèrement ondulé et dont on n'aperçoit pas la fin... Il avance dans une forêt plutôt claire et accueillante, bordé ici et là de quelques fleurs sauvages, belles dans leur simplicité sans ostentation... 

   Il ne faut pas être grand clerc pour déchiffrer ces images... Avec son apparente simplicité, son dépouillement sans prétention, mon sentier avance tout de même dans une forêt et non pas en rase campagne, ni en montagne ni au bord de l'eau... La forêt protège et la mienne n'est pas menaçante. J'avance en confiance, sans être exposée aux regards hostiles: seuls ceux qui m'accompagnent peuvent me voir.  

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Dimanche bleu avec nuage rose...

18 Novembre 2018, 16:08pm

Publié par Flora bis

   Dimanche frisquet mais ensoleillé. Mon jardin commence à se déplumer, le petit érable du Japon a perdu ses feuilles, le vert de la pelouse se couvre de taches rougeâtres et jaunes dans toutes leurs nuances.

   Et moi, je contemple ce paysage perchée sur mon petit nuage rose, depuis vendredi soir... Après quelques répétitions, mon texte intitulé "Nos étés indiens" a été présenté devant une trentaine de personnes, dans le cadre de nos soirées littéraires mensuelles (depuis janvier 2007). A l'origine, je l'ai écrit en 2010, pour Richarda: elle a joué seule les cinq femmes solitaires qui racontent, au crépuscule de leur vie, le chemin qui les a menées à la solitude. 

   Au bout de 8 ans, l'envie m'est revenue de reprendre le texte. Pour mesurer si mon écriture a mûri... Pour revoir, approfondir, remodeler les personnages, archétypes féminins qui se sont laissé composer à partir des figures de femmes rencontrées tout au long de ma vie: famille, amies, inconnues de passage  -  mes propres expériences aussi, sans doute  -  le tout passé au filtre de l'imaginaire...

   Cette fois-ci, je les ai confiées à quatre comédiennes talentueuses amies. Je ne suis pas metteur en scène, d'ailleurs, il ne s'agit pas d'une pièce de théâtre. Plutôt de monologues, découpés puis mélangés pour créer un certain rythme dans la progression des récits. Il n'y a pas de jeu de scène proprement dit: c'était une lecture sur scène.

   En l'écrivant, j'avais l'intonation de chaque phrase dans l'oreille: plutôt, j'écrivais ce que j'entendais de leurs paroles dans ma tête. Puisqu'on revêt la peau de chaque personnage que l'on crée, on entend leurs paroles... Bien sûr,  les interprètes ont droit à quelques initiatives. Je ne connais pas de jeu plus excitant, plus intéressant que l'écriture.

   Le public nous a réservé un accueil très chaleureux, très enthousiaste, réchauffant mes mains glacées de trac pendant toute la durée du spectacle... Après, pendant 3 bonnes heures, nous avons échangé autour des verres et des plats de l'amitié. 

    

Dimanche bleu avec nuage rose...
Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...
Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...Dimanche bleu avec nuage rose...

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Raison et émotions: dualité ou harmonie?

11 Novembre 2018, 19:16pm

Publié par Flora bis

   La question se pose fréquemment dans la vie de tous les jours. Non seulement dans la vie intime, personnelle mais aussi en société où les les acteurs des média, de la politique se servent allègrement des émotions suscitées pour manipuler les foules. C'est bien plus facile que d'inciter les gens à la réflexion, en servant des arguments qui s'adressent à leur intelligence.

   Pendant longtemps, les philosophes considéraient les émotions comme des poisons, une sorte de "maladie de l'âme" dont il faut se débarrasser afin que la raison puisse guider notre conduite. Ce n'est qu'au 20e siècle que l'on réhabilite les émotions, que l'on découvre leur nécessaire coexistence avec la raison. 

   Les émotions ont joué un rôle fondamental dans notre humanisation. Notre mémoire même se fixe à l'aide des émotions éprouvées au moment des événements qui la constitueront. Et nous savons maintenant que sans émotions, pas de mémoire, et que sans mémoire, nous serions incapables de nous projeter dans l'avenir...

   Comment faire cohabiter raison et émotions? Y a-t-il une suprématie de l'une sur l'autre? 

   La raison peut nous aider à tempérer la vague d'émotion qui risque de nous submerger, anéantissant notre libre jugement, nous incitant à réagir à chaud à un événement, ce que nous pourrions regretter plus tard, "à tête froide". 

   Beaucoup de gens passionnés, émotifs, facilement emportés par des vagues de colère, de joie, de jalousie etc. considèrent ceux qui parviennent à contrôler leurs émotions comme des pisse-froid sans âme, ennuyeux à mourir. Je ne suis pas d'accord. Maîtriser ses émotions ne veut pas dire ne pas en éprouver.

   La raison nous aide à identifier nos émotions, afin de les comprendre, de les vivre en profondeur, sans se laisser envahir par elles. Être capable d'écouter une opinion contraire à la nôtre, sans sauter à la gorge de celui qui l'émet, nous permet de cheminer vers la tolérance. Raison n'est pas synonyme de calcul froid, refus de s'engager mais mesure et vigilance vis-à-vis des emballements que l'on regretterait plus tard.

 

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Gardons le cap!

4 Novembre 2018, 12:10pm

Publié par Flora bis

   L'anticyclone est de retour. Pourtant, le soleil éclatant reste incapable de dissoudre la pesanteur de la solitude. Volonté, raison déposent les armes. Difficile d'avouer sa défaite, alors que l'on prônait depuis des années le sacro-saint contrôle de ses émotions.

   Les épreuves portent bien leur nom. A la fois l'événement tragique que nous subissons, mais aussi une sorte de test, d'examen que le destin nous fait passer pour savoir de quel matériau nous sommes sculptés. Sommes-nous en terre fragile, friable qui tombe en poussière à la première secousse venue (et que dire des secousses à répétitions...)? Ou alors, en granit, en apparence  indestructible... Résiste-t-il aux coups de boutoir acharnés du destin? Nous sommes les seuls à savoir l'apparition des fissures microscopiques, ressenties avec une douleur sourde et anxieuse, verrouillée à l'intérieur.

   Il est important de garder la face tant que l'édifice tient à peu près debout, par politesse envers les autres et aussi pour nous-mêmes. Pourtant, lors de nos face à face avec nous-mêmes, solitaires et sans fard, plus besoin de ménager les apparences. Nous sommes nus devant la vérité et nous soutenons son regard dans le miroir. Nos échecs, nos compromissions, nos petites gloires vraies ou factices, nos lâchetés et nos grandeurs d'âme  - le constat, pour le moment, ne parvient pas à entamer notre amour inébranlable de la vie.

   Voilà. J'ai réussi à finir sur une note optimiste... Les apparences sont sauves. 

 

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Un samedi pas comme les autres

29 Octobre 2018, 16:14pm

Publié par Flora bis

   Cela faisait des semaines  - depuis que j'ai appris qu'il y aurait une exposition Schiele - Basquiat à la Fondation Vuitton  - que j'attendais l'événement en retenant mon souffle.  Le premier faisait partie de mon Olympe personnel depuis longtemps, mais le second, je ne le connaissais que sur reproductions. Peut-être seulement depuis sa mort précoce de 1988...

   Le bâtiment même de la Fondation est une merveille de l'architecture contemporaine, tout en courbes de verre et acier, s'avançant vers vous comme un magnifique bateau amiral, dans la verdure du Bois de Boulogne.

Egon Schiele occupe un niveau, essentiellement avec ses dessins. Cela me fait

particulièrement plaisir, car depuis longtemps, j'ai une attirance irrésistible pour ses dessins, bien plus que pour sa peinture, plus rare (pour 300 peintures, il nous laisse 3000 dessins!) et pour moi moins intéressante. Le vrai génie de Schiele se manifeste dans ses dessins, dans cette fulgurance virtuose, juste et incisive qui déforme, tord, réinvente le monde à travers le prisme de son regard, de sa soif de déchiffrer les bouleversements du début du 20ème siècle dans la Mitteleuropa au bord de l'effondrement.

   Trois niveaux sont consacrés à Jean-Michel Basquiat, ce génie instinctif, éternel adolescent, disparu, lui aussi à 28 ans. Je voulais ce face à face, pour la première fois, avec ses tableaux que l'on prend en pleine figure, pour se laisser  petit à petit cueillir, happer, pour qu'ils continuent à nous hanter longtemps encore...

 

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Oxymore parfait

19 Octobre 2018, 11:04am

Publié par Flora bis

Je viens de noter quelques phrases dans mon journal de bord à spirale:

" 19 octobre vendredi: Quasiment le premier jour maussade depuis des mois! Epaisse couche nuageuse, pas un rayon de soleil, même pâle!... Au début, c'est presque apaisant, plus rien n'attire dehors, à nous l'écriture! Mais je crois que j'aurai très vite assez de ce genre d'apaisement.

Cet après-midi, je devrai faire des courses (à Carrefour?) pour le plein du week end, de quoi faire une soupe, p. ex. L'autre jour, je suis passée chez Leclerc  -  je crois qu'une fois m'a suffi. Leurs paupiettes sont archi-salées! (Mon dieu, quelle immense petitesse de ma vie!...)"

Je l'ai écrit ainsi, avec cet oxymore parfait, association de deux mots au sens antagonique: car soudainement, l'immense petitesse de ma vie m'est apparue dans toute sa désolation...

   Si je m'en suis rendu compte avec ce choc au coeur, c'est parce que je n'y suis pas encore tout à fait résignée. Une petite flamme persiste à clignoter sous les strates multiples des années et des épreuves: celle qui, depuis les commencements, m'aidait à aborder la vie avec autant de curiosité, d'espoirs et d'envies des choses extraordinaires. Persuadée que ce serait une aventure unique et passionnante...

 

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Menues transformations

15 Octobre 2018, 18:22pm

Publié par Flora bis

   Périodiquement, le besoin aigu d'une petite modification de notre intérieur se fait sentir. Chez moi, cela mûrit assez longtemps, compte tenu des hésitations de la Balance décuplées par la pesanteur du Taureau à se lancer dans l'action. Mais arrivé au point de rupture, il n'y a plus de temps à perdre!

   Comme je passe le plus clair de mon temps à la maison, je ressens ce besoin de changement, ne serait-ce que symbolique, autour de moi. Trop d'objets accumulés, surtout des livres, indispensables et envahissants, des bibelots et autres petits cadeaux qui accompagnent  toute une vie pour en rappeler les épisodes de façon concrète et sensible... Peu à peu, j'avais l'impression qu'ils dévoraient mon espace vital. "De l'air!" crie dans ce cas toute Balance qui se respecte.

   Mon fils, avec ses goûts à tendance japonisante, me pousse vers le changement, vers l'élagage sévère de ce qui m'entoure ou plutôt: m'envahit. Périodiquement, j'effectue le tri qui s'impose, mais insidieusement, les objets reviennent en catimini, sans se faire remarquer, ils se  posent sur un coin libéré...

   Ce week end, j'ai remplacé la grande étagère-bibliothèque de 220 cm de haut, dessinée par moi-même il y a plus de 10 ans qui me tassait littéralement dans mon coin en face de la télé, menaçant de m'ensevelir sous des dizaines et des dizaines de livres... Mon fils et ma petite-fille Lucie ont fait une visite-éclair dans la journée du dimanche pour m'aider à la remplacer par deux structures plus aérées, en métal noir. Elles se remplissent déjà des livres dont j'ai le plus fréquent usage. L'ancienne, bien sûr, a retrouvé une place, peut-être provisoire, dans un recoin du couloir. 

   En plus du beau temps remarquable, supplément de cadeau pour mon anniversaire déjà bien gâté, j'ai eu le bonheur infini de passer quelques heures en famille!

(à cliquer sur les photos pour les agrandir) 

Menues transformationsMenues transformationsMenues transformations

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Portrait

11 Octobre 2018, 23:08pm

Publié par Flora bis

 

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Complexes d'infériorité

9 Octobre 2018, 11:59am

Publié par Flora bis

   Ce matin, j'ai écouté à la radio un échange très intéressant sur le complexe d'infériorité, ce phénomène très répandu qui sape l'estime de soi de ses victimes. Son spectre est très large et va des signes physiques aux traits de comportement. Il trouve ses origines, la plupart du temps, dans la petite enfance, voire dans l'adolescence. Ce sentiment peut naître d'une remarque humiliante, venant de l'entourage ("Tu n'es pas gâté(e) par la nature!" "Tu décolles quand?" etc.), des parents ou des enseignants ("Tu es nul(le)", "Il n'y a rien à en tirer" etc.) et la personne qui jusque là vivait dans une paisible inconscience de ses prétendus défauts, se retrouve ratatinée dans des complexes fatidiques qui lui empoisonneront la vie.

   Notre époque a rendu le dictat de l'image omniprésent et surpuissant. L'obligation de correspondre à cette image standardisée laisse peu de place à l'originalité physique sortie du schéma. De plus, s'arrêter à l'aspect extérieur pour juger (jauger) l'individu, on ne prend pas la peine de creuser en profondeur pour découvrir les trésors de qualité éventuels qu'il cache... Oui, il les dissimule car ses complexes d'infériorité bien ancrés le paralysent. 

   La taille, la couleur, le poids, les origines sociales, les dispositions intellectuelles ou physiques  -  tout peut engendrer un complexe, entrainant la honte, l'angoisse, le repli sur soi. Parfois, une volonté farouche de revanche propulse le complexé de jadis au firmament du succès et ainsi, le petit Bonaparte devient l'empereur du monde! (J'ai pu observer p.ex. combien de vedettes du cinéma, de la télé ou de la politique, plus ou moins éphémères, sont de taille inférieure à la moyenne...)

   Pour ma part (et j'ai, bien sûr, mes petits complexes tenaces maintenus bien au chaud), je me garde bien de les exposer au grand jour. Pourquoi? Parce que j'ai remarqué que si nous attirons l'attention sur notre point faible  - ou supposé tel  -  les gens ne verront plus que lui! Alors que jusque là, ils n'en avaient aucune idée... Donc, évitons les souffrances inutiles!

(ill. dessin R.T. 1998)

 

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