Petite pause de printemps...
Je ne renie pas ces 10 années... A présent, j'ai envie de me tourner vers d'autres voyages...
quatre catégories menées parallèlement : extraits des oeuvres de Gilbert Millet, traductions d'auteurs hongrois, réflexions et mémoires, dessins
Voici deux traductions du même poème : les deux sont réussis, les deux ont leurs faiblesses...
SURGIS DE TES PROFONDEURS
Mon Dieu accorde-moi la peur. Mon dieu, inflige-moi la peur.
J'ai grand besoin de ta colère. - Ah! j'ai besoin de ta colère -
Surgis de tes profondeurs. Viens, surgis de tes profondeurs,
Sors-moi du cours du néant. Sors-moi du néant solitaire.
Dénué, qu'un cheval renverse Renversé par tous les chevaux
à peine sorti de la poussière A peine je sors des poussières,
je joue parmi les pointes des tourments Je joue mal avec les couteaux
trop fortes pour le coeur d'un homme. Des grands tourments qui me lacèrent.
Je prends feu, j'ai fait jaillir Je prends feu et j'ai fait jaillir
une flamme telle un soleil. Prends-la ! Pareille au soleil une flamme.
Hurle sur moi ton interdiction. Prends-la, hurle-moi d'obéir,
Fais éclater ta foudre. Frappe. Frappe ma main avec ta lame.
Vengeance ou grâce, ô imprime en moi Vengeance ou grâce, marque en moi
que ne pas pécher c'est mon crime. Que ne pas pécher est un crime.
C'est mon innocence qui me brûle Mon innocence brûle en soi
plus que les feux de l'enfer. Plus que l'enfer sur sa victime.
Couché, je me tourne et retourne Couché, je me retourne, las,
proie des sauvages mers et bavant. Proie des mers d'écume et sauvages.
Je suis seul, prêt à oser tout. Je suis seul, j'ose tout déjà,
Mais plus rien n'a de raison. Mais plus aucun sens ne surnage.
Pour mourir, je retiens mon souffle Ton bâton ne me frappant pas
si tu ne m'achèves pas au bâton Je retiens en moi mon haleine
et c'est ainsi que je défie Pour mourir, je la vois là
ton absence au visage humain. Ton absence à figure humaine.
traduction: André Frénaud traduction: László Gara
BUKJ FÖL AZ ÁRBÓL
Ijessz meg engem, istenem,
szükségem van a haragodra.
Bukj föl az árból hirtelen,
ne rántson el a semmi sodra.
Én, akit föltaszít a ló,
s a porból éppen hogy kilátszom,
nem ember szívébe való
nagy kínok késeivel játszom.
Gyulékony vagyok, s mint a nap,
oly lángot lobbantottam - vedd el !
Ordíts reám, hogy nem szabad !
Csapj a kezemre mennyköveddel.
És verje bosszúd vagy kegyed
belém : a bűntelenség vétek !
Hisz hogy ily ártatlan legyek,
az a pokolnál jobban éget.
Vad, habzó nyálú tengerek
falatjaként forgok, ha fekszem,
s egyedül. Már mindent merek,
de nincs értelme semminek sem.
Meghalni lélekzetemet
fojtom vissza, ha nem versz bottal,
és úgy nézek farkasszemet,
emberarcú, a hiányoddal !
1937
Est-ce l'âge mûr qui nous entraîne vers la tentation des bilans, des regards en arrière, des envies de faire place nette parmi les souvenirs - matériels ou virtuels - de notre passé, ces oripeaux défraîchis qui encombreront les générations futures ?...JE NE SAVAIS PAS
J'écoutais tous ces gens disserter du péché,
C'était pour moi autant de fables. Et le pire,
J'en riais : le péché, quelle idée insensée!
En parler, c'est être trop lâche pour agir.
J'ignorais que mon coeur abritait la tanière
De tant de monstruosités! Moi qui croyais
Qu'il battait pour offrir du rêve, à la manière
D'une maman berçant l'enfant qui s'endormait!
La lumineuse vérité m'apprit bientôt
Que la méchanceté, datée du premier temps,
Se dresse noire dans mon coeur, obscur tombeau.
Moi muet, que ma bouche, en un gémissement,
Dise : je suis pécheur, soyez-le tous sur terre!...
Et je ne serai plus tout à fait solitaire.
traduction: Lucien Feuillade
ÉN NEM TUDTAM
Én úgy hallgattam mindig, mint mesét,
a bűnről szóló tanítást. Utána
nevettem is - mily ostoba beszéd!
Bűnről fecseg, ki cselekedni gyáva!
Én nem tudtam, hogy annyi szörnyüség
barlangja szívem. Azt hittem, mamája
ringatja úgy elalvó gyermekét,
ahogy dobogva álmait kínálja.
Most már tudom. E rebbentő igazság
nagy fényében az eredendő gazság
szivemben, mint ravatal, feketül.
S ha én nem szólnék, kinyögné a szájam
bár lennétek ily bűnösök mindnyájan,
hogy ne maradjak egész egyedül.
1935
Ce portrait a une petite histoire. Pour la préparation du N° 4 de notre revue, nous voulions faire un dossier sur Amélie Nothomb. Je lui ai donc écrit une lettre de ma main, chez Albin Michel, sans trop d'illusion de réponse, vu les "kilomètres" de queue devant son stand lors des dédicaces. A ma grande surprise, quelques jours plus tard, coup de téléphone d'elle et rendez-vous chez l'éditeur pour l'entretien. Nous étions trois à l'interroger sur ses romans pendant plus d'une heure. Nous avons découvert une jeune femme frêle, timide et très chaleureuse. Elle m'a donné une photo pour que je puisse faire le traditionnel portrait pour la revue. Deux lettres ont suivi l'envoi de la revue dont je cite une, très touchante :J'ai traduit, il y a peu, un extrait fort, tiré d'un article non moins saisissant de Gyula Illyés (lien vers Endre Illés (1902-1986) * Extraits), sans savoir d'où venait le texte. Gabi, une amie hongroise, connaissance miraculeuse de la blogosphère, a retrouvé et m'a envoyé le livre édité en 1984 en Hongrie. Depuis, je ne cesse de butiner dans ce recueil à la découverte de l'auteur. En voici un autre extrait:
Promenade sur la colline Gellért (Séta a Gellérthegyen)
Soleil fatigué, heures de la mi-journée, automne indécis sur la colline. Les rues bâillent, distendues, désertes.
Devant les portes, sur les trottoirs, amoncellements de déchets. On a prévu l'enlèvement des encombrants et demain, de lourds camions-poubelles passeront par ici, bringuebalant. J'apprends où l'on boit du champagne, où de la bière. Ce ne sont pas des bouteilles qui s'entassent dans les déchets mais des caisses, éventrées, aplaties, à dix compartiments. Beaucoup de compartiments.
Sur la rue Somlói, près d'un tas de détritus, une baignoire pour bébé et une poussette. Je ne sais pas si je suis témoin d'un drame, de la mort d'un enfant ou de l'idylle amère du temps qui passe, l'enfant devenu grand, trop grand pour la poussette et la baignoire et l'on n'en voulait pas d'autres.
Sur la rue Kelenhegyi, une maison avec balcon. De loin, j'aperçois une femme en maillot de bain, accoudée au balcon, la peau dorée avec son maillot deux pièces. Continue-t-elle à exposer sa peau à la lumière devenue fluide? Je m'approche, je passe sous le balcon, elle ne me regarde pas. Elle fixe la route, plongée dans ses rêveries. Se remémore-t-elle le passé? Tire-t-elle des plans sur le présent? Elle doit avoir la quarantaine. Peut-être sonde-t-elle l'avenir. Qui sait?
Un destin terrifiant attend celui qui vit dans le néant. Celui qui ne peut s'accrocher à un ordre quelconque, même mutilé. A une foi quelconque. Celui qui ne peut s'accrocher à l'idée que la vie vaut malgré tout la peine. Que la vie a un sens même dans une cave obscure - alors sur un balcon, en maillot de bain, au soleil et en rêvassant - d'autant plus.
Je me retourne. Comme un mannequin dans une vitrine, la femme reste immobile.