Le blog de Flora

Une histoire simple...

22 Mars 2010, 12:40pm

Publié par Flora

mim-tisme.jpgEst-ce l'âge mûr qui nous entraîne vers la tentation des bilans, des regards en arrière, des envies de faire place nette parmi les souvenirs  -  matériels ou virtuels  -  de notre passé, ces oripeaux défraîchis qui encombreront les générations futures ?...

   Emilienne a régné sur son petit monde quatre-vingt-six ans durant. Un règne tacite, avec de rares et d'autant plus mémorables orages. Une autorité silencieuse mais sans contestation. Un mari brillant dont les velléités de briller avec trop d'éclats sont aussitôt réprimées. Quatre enfants qui filent doux sous les gros yeux maternels laissant rarement échapper un filament de tendresse. Tendresse : signe de faiblesse qu'elle ne s'autorise que dans l'intimité la plus stricte d'une vie conjugale torride qui enchaîne à jamais le flamboyant Lucien.
   Emilienne aime les beaux objets, les beaux vêtements qui durent et les bijoux. Le corps déjà abîmé, le visage dans l'arantèle des rides, lorsqu'elle s'apprête pour une sortie, elle retrouve la séduction de son sourire lumineux. Sa maison est son royaume. Les meubles acquis au fur et à mesure des années difficiles vaincues, trouvent leur place immuable, autant de points de repère rassurants pour les générations futures. Emilienne aime l'ordre et la propreté. Au dehors comme au dedans. Jamais un objet ou un grain de poussière qui traînent. L'encombrant est éliminé sans regret et sans ménagement. Elle ne garde que les souvenirs chargés de mémoire primordiale.
   Emilienne est morte et enterrée. Elle a suivi de peu son Lucien. Sa maison est transfigurée : soixante ans de vie étroitement liée à son homme se disloque. Les objets qui semblaient témoigner à perpétuité, disparaissent pour faire place aux nouveaux locataires. Le désordre encombré remplace l'ordonnancement apaisant.

   Que restera-t-il d'une vie à l'abri du rempart d'un décor que nous nous obstinons à construire brique par brique, durant notre existence ? Ou bien notre vie ne sert-elle qu'à édifier cette citadelle qui volera en éclats dès notre disparition ? Faut-il commencer à éliminer nos traces de notre vivant afin d'empêcher leur profanation ?...

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Attila József (1905-1937) : Je ne savais pas (Én nem tudtam)

20 Mars 2010, 11:21am

Publié par Flora

JE NE SAVAIS PAS

J'écoutais tous ces gens disserter du péché,
C'était pour moi autant de fables. Et le pire,
J'en riais : le péché, quelle idée insensée!
En parler, c'est être trop lâche pour agir.

J'ignorais que mon coeur abritait la tanière
De tant de monstruosités! Moi qui croyais
Qu'il battait pour offrir du rêve, à la manière
D'une maman berçant l'enfant qui s'endormait!

La lumineuse vérité m'apprit bientôt
Que la méchanceté, datée du premier temps,
Se dresse noire dans mon coeur, obscur tombeau.

Moi muet, que ma bouche, en un gémissement,
Dise : je suis pécheur, soyez-le tous sur terre!...
Et je ne serai plus tout à fait solitaire.
                             traduction: Lucien Feuillade

ÉN NEM TUDTAM

Én úgy hallgattam mindig, mint mesét,
a bűnről szóló tanítást. Utána
nevettem is  -  mily ostoba beszéd!
Bűnről fecseg, ki cselekedni gyáva!

Én nem tudtam, hogy annyi szörnyüség
barlangja szívem. Azt hittem, mamája
ringatja úgy elalvó gyermekét,
ahogy dobogva álmait kínálja.

Most már tudom. E rebbentő igazság
nagy fényében az eredendő gazság
szivemben, mint ravatal, feketül.

S ha én nem szólnék, kinyögné a szájam
bár lennétek ily bűnösök mindnyájan,
hogy ne maradjak egész egyedül.

1935


 

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Bribes de mémoire 62. La Sainte-Sophie - Ayasofiya camii

18 Mars 2010, 16:43pm

Publié par Flora

st sophie
Nous visitons Istanbul avec une curiosité avide, aiguisée par nos rêves de la ville légendaire, berceau de tant de grandes civilisations. Je me pose souvent la même question à cet égard : les lieux sont-ils habités ou sommes-nous seuls à les peupler de nos souvenirs, de nos lectures ou de nos rêves ? Byzance, Constantinople, Istanbul  -  rien qu'à énumérer ces grands noms successifs, nous sommes plongés dans les légendes du passé glorieux ! A condition, bien sûr, d'être au courant des événements et de leur répercussion. Je me dis parfois que le quidam ignorant passe avec indifférence près des tranches des colonnes du temple d'Artémis  -  une des merveilles du monde antique  -  qui s'intègrent parfaitement dans l'impressionnante muraille de Constantinople comme simple matériau de construction...
   Notre première visite nous mène à la Basilique de Sainte-Sophie, devenue Ayasofya Camii puis Ayasofya müzesi en 1935. (Aya = Hagia, gr.
saint). La grande place, regroupant les principales attractions touristiques de la ville (Sainte-Sophie, la Mosquée Bleue, le palais de Topkapı) dans un mouchoir de poche est toujours peuplée d'innombrables touristes, de guides improvisés ou de marchands de souvenirs, sans parler des preneurs de tension ambulants... Sous la gigantesque coupole de 56 m de haut et de 30 m de diamètre et au pied des piliers géants, nous mesurons à la fois notre petitesse et la gloire de l'homme capable de réaliser de telles merveilles. Sainte-Sophie, trapue et imposante, construite sur l'ancien temple d'Artémis en 325 sous Constantin, a brûlé plusieurs fois au cours des siècles suivants pour atteindre sa forme actuelle en 537 sur ordre de Justinien qui voulait rivaliser avec le temple de Salomon à Jérusalem. Ambition réussie car Sainte-Sophie devient la plus grande basilique du monde chrétien d'alors. Tout cela au sixième siècle ! Modèle pour les cathédrales romanes et gothiques des siècles plus tard !  A la prise de Constantinople par Mehmet Fatih (le Conquérant) en 1453, la basilique devient mosquée et sera flanquée de quatre minarets plutôt trapus par rapport aux merveilles élancées de Sinan, plus tard. La plus grande partie des mosaïques sur fond doré, des Christ sévères aux sourcils froncés, sera recouverte alors de plâtre et de versets coraniques, pour en être dégagée en 1935 sur ordre d'Atatürk qui en fait le musée d'aujourd'hui.
La suite suivra... 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 17.

17 Mars 2010, 16:49pm

Publié par Flora

IV.

Une 
 fenêtre étroite et grillée, percée très haut de façon qu'on ne pût pas y atteindre, éclairait cette petite pièce claire et sinistre ; et le fou, assis sur une chaise de paille, nous regardait d'un oeil fixe, vague et hanté.
                                              
Guy de Maupassant,  La chevelure.

   Armstrong 3 fut, au début du moins, une période optimiste. Le cancer dont souffrait Philibert Tique n'impliquait, à l'époque, aucune douleur particulière, aucun stigmate physique ; il n'imposait ni hospitalisation de longue durée ni incapacité de travailler ou de mener une vie familiale, amicale. Le malade ne voyait donc en cet envahisseur qu'un adversaire abstrait que des parades intellectuelles suffiraient à abattre. Lance Armstrong symbolisait l'ensemble de ces ripostes. Il figurait le rescapé glorieux, un modèle de courage, preuve vivante qu'une lutte acharnée désarme la maladie. Les anciens rêves de Tour de France n'entraient jamais en ligne de compte, balayés  par une nouvelle vision de l'épreuve, parcours du combattant dont un cancéreux  aux vertus exceptionnelles surmontait les embûches. Philibert Tique avait cessé de cultiver la nostalgie d'une carrière sportive ; le Galibier n'était plus un ennemi ; il défilait, inoffensif, sous les roues de Lance Armstrong.
   Comparer les deux cancers aurait été aussi incongru que de comparer les talents cyclistes. Celui du Français n'était qu'un débutant, anecdotique et anodin. Celui de l'Américain culminait à des altitudes dignes de son palmarès. En 1996, le coureur remporte la Flèche Wallonne. Il a été champion du monde, trois ans plus tôt, a gagné quelques étapes du Tour. Soudain, on détecte en lui une tumeur maligne aux testicules, des métastases au poumon, au cerveau. Chimiothérapie, mutilation chirurgicale, les médecins sont pessimistes. La presse a déjà enterré le patient, gloire éphémère parmi tant d'autres. Bjarne Riis, Jan Ulrich et Marco Pantani, Richard Virenque pour les Français, de nouveaux champions escaladent la une de
L'Equipe, pédalent sur les écrans. Et soudain, l'incroyable : une victoire sur cette maladie qu'on ose à peine nommer, le vélo arraché aux toiles des araignées. Lance Armstrong a maigri, presque cadavérique ; son regard s'est durci. Un déficit en kilogrammes dont il tire avantage dans la grimpée des cols; une capacité hors du commun à subir la souffrance, sans jamais ralentir. Il ne prétendait qu'aux courses d'un jour ? Le voici spécialiste des épreuves à étapes. L'endurance est son arme. Une quatrième place dans la Vuelta 1998 signe l'incroyable retour.  
 

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Amelie Nothomb * portrait (2001)

13 Mars 2010, 12:25pm

Publié par Flora

Nothomb--Amelie.jpgCe portrait a une petite histoire. Pour la préparation du N° 4 de notre revue, nous voulions faire un dossier sur Amélie Nothomb. Je lui ai donc écrit une lettre de ma main, chez Albin Michel, sans trop d'illusion de réponse, vu les "kilomètres" de queue devant son stand lors des dédicaces. A ma grande surprise, quelques jours plus tard, coup de téléphone d'elle et rendez-vous chez l'éditeur pour l'entretien. Nous étions trois à l'interroger sur ses romans pendant plus d'une heure. Nous avons découvert une jeune femme frêle, timide et très chaleureuse. Elle m'a donné une photo pour que je puisse faire le traditionnel portrait pour la revue. Deux lettres ont suivi l'envoi de la revue dont je cite une, très touchante :

"Paris, le 9/5/2001
Chère R. T.,

Bien sûr que je me souviens de vous!
Je viens de lire votre revue avec le plus grand intérêt. Mes félicitations à Gilbert Millet et à Denis Labbé (je leur envoie, à tous les deux, mon plus amical souvenir) pour leurs analyses aussi fines que justes. Il est très agréable de se sentir lue avec tant d'intelligence et de profondeur. Merci.
Quant à vous, R., sachez que j'ai montré à ma mère le splendide portrait de moi que vous m'aviez envoyé (et qui, pour ma plus grande joie, figure aussi dans votre revue)  -  elle l'a tellement aimé qu'elle me l'a tout simplement confisqué afin de l'encadrer et de le mettre dans sa chambre. C'est scandaleux mais finalement, où votre oeuvre pourrait-elle être plus à l'honneur que dans la chambre de mes parents?
Et puis, ce n'est pas trop grave, puisque grâce à la revue, j'en ai un autre exemplaire! Merci pour votre immense talent, chère R.!
Merci à tous! Croyez en mon amitié sincère,
Amélie Nothomb
P.S.: Bon courage pour la suite de vos parutions!"


 

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Endre Illés (1902-1986) * Promenade sur la colline de Gellért

11 Mars 2010, 12:10pm

Publié par Flora

J'ai traduit, il y a peu, un extrait fort, tiré d'un article non moins saisissant de Gyula Illyés (lien vers Endre Illés (1902-1986) * Extraits), sans savoir d'où venait le texte. Gabi, une amie hongroise, connaissance miraculeuse de la blogosphère, a retrouvé et m'a envoyé le livre édité en 1984 en Hongrie. Depuis, je ne cesse de butiner dans ce recueil à la découverte de l'auteur. En voici un autre extrait:

Promenade sur la colline Gellért  (Séta a Gellérthegyen)
   Soleil fatigué, heures de la mi-journée, automne indécis sur la colline. Les rues bâillent, distendues, désertes.
    
Devant les portes, sur les trottoirs, amoncellements de déchets. On a prévu l'enlèvement des encombrants et demain, de lourds camions-poubelles passeront par ici, bringuebalant. J'apprends où l'on boit du champagne, où de la bière. Ce ne sont pas des bouteilles qui s'entassent dans les déchets mais des caisses, éventrées, aplaties, à dix compartiments. Beaucoup de compartiments.
   Sur la rue Somlói, près d'un tas de détritus, une baignoire pour bébé et une poussette. Je ne sais pas si je suis témoin d'un drame, de la mort d'un enfant ou de l'idylle amère du temps qui passe, l'enfant devenu grand, trop grand pour la poussette et la baignoire et l'on n'en voulait pas d'autres.
   Sur la rue Kelenhegyi, une maison avec balcon. De loin, j'aperçois une femme en maillot de bain, accoudée au balcon, la peau dorée avec son maillot deux pièces. Continue-t-elle à exposer sa peau à la lumière devenue fluide? Je m'approche, je passe sous le balcon, elle ne me regarde pas. Elle fixe la route, plongée dans ses rêveries. Se remémore-t-elle le passé? Tire-t-elle des plans sur le présent? Elle doit avoir la quarantaine. Peut-être sonde-t-elle l'avenir. Qui sait?
   Un destin terrifiant attend celui qui vit dans le néant. Celui qui ne peut s'accrocher à un ordre quelconque, même mutilé. A une foi quelconque. Celui qui ne peut s'accrocher à l'idée que la vie vaut malgré tout la peine. Que la vie a un sens même dans une cave obscure  -  alors sur un balcon, en maillot de bain, au soleil et en rêvassant  -  d'autant plus.
   Je me retourne. Comme un mannequin dans une vitrine, la femme reste immobile.
  

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 16.

9 Mars 2010, 15:38pm

Publié par Flora

   Ariane nous honore d'une visite éclair. Séverine  -  sixième sens ou hasard ?  -  venait d'acheter de la vodka. J'ai l'impression que ma soeur éprouve plus de difficulté à se lever d'une chaise ou à se tenir droite qu'avant le pèlerinage. Elle prétend le contraire mais au troisième verre, elle se trahit, racontant qu'un couple de clients fidèles, entré dans sa boutique, a été surpris de ne pas y trouver l'antiquaire. Des gémissements au creux d'un lourd fauteuil ont révélé qu'elle s'y tenait, cramponnée à sa canne. Devrai-je la tuer, comme Véronique, pour éviter toutes ces souffrances ? J'hésite. On maquillerait en cruauté mon sens humanitaire. La philosophie n'est d'aucune aide. Kant pense que le monde extérieur ne nous est connu que par l'intermédiaire de notre pensée. L'idéalisme transcendantal... Plus radical, Berkeley affirme que la matière n'existe pas. Le monde n'est qu'une création de l'esprit. Il ne va pas jusqu'au solipsisme qui reviendrait à dire : "Mon cerveau est le seul à exister ; dès que je ferme les yeux, le monde disparaît et si je meurs ne reste que le néant." Il ne va pas jusque là mais qu'est-ce qui m'empêche de le faire ? Paupières closes, le cancer s'évapore, Ariane cesse de souffrir, Séverine de s'engluer dans la morosité des deux Goncourt. Un rabat-joie, au fond de mon cerveau, prétend que la maladie est en moi, qu'il ne suffit pas de fermer les yeux. Je balaye l'argument! Le pur esprit n'a pas de moelle osseuse.

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Bribes de mémoire 61. Se loger à Istanbul

7 Mars 2010, 10:52am

Publié par Flora

carrefour-mosquee-verte.jpgAu bout de quinze jours, je déniche un appartement refait à neuf, dans un immeuble d'angle, face à la "Mosquée Rose", devenue plus tard la "Mosquée Verte" pour les Français du quartier et qui s'appelle en réalité "Firuzaĝa Camii" (pron. Firouzaha djamii). La salle de prière se trouve à l'étage, face à nos fenêtres, ce que je découvre quelques mois plus tard, en discutant avec l'imam chez le marchand de légumes : il me dit aimablement qu'il me connaît, m'ayant souvent aperçue déambuler dans notre appartement dont toutes les pièces donnent sur le carrefour ! Rétrospectivement, j'ai quelques frissons en remémorant les moments où je pouvais me promener en petite tenue...
   Le logement appartient à Ayla hanım, une dentiste fraîchement rapatriée d'Allemagne pour que son fils puisse poursuivre ses études en Turquie, à Galatasaray. Je garde un souvenir oppressant de cette belle femme à qui j'apporte le loyer tous les mois. Je suis le témoin de son lent glissement vers les ténèbres : elle n'arrive pas à se réconcilier avec la perte de son statut de femme active exerçant un métier intéressant, pour se retrouver enfermée dans son bel appartement avec grande terrasse sur le Bosphore... Au début, nous prenons un café avec conversation sommaire en allemand et en turc, puis, petit à petit elle devient invisible. J'apprends par sa femme de ménage-confidente qu'elle s'enfonce dans l'alcool, ne prenant même plus la peine de s'habiller...
   Dans notre quartier, tous les étrangers sont à l'affût d'appartements avec vue sur le Bosphore. Cela donne un coup de fouet aux loyers et certains propriétaires préfèrent quitter leur logement pour le louer aux étrangers, bon payeurs. Notre 4 pièces, au lieu du Bosphore, donne sur un carrefour très animé, avec une boulangerie au rez-de-chaussée, juste sous nos fenêtres. Chaque matin, d'agréables effluves de la brioche fraîche et vanillée envahissent notre chambre pour nous tirer du sommeil!
   Notre déménagement met presque deux mois à arriver! En attendant, nous avons un matelas par terre, un lit de camp prêté pour notre fils et une table avec trois chaises en formica, sans oublier le réchaud à gaz... Ce dépouillement involontaire commence à entamer notre moral mais les choses rentrent dans l'ordre pour Noël : nos cartons arrivent avec quelques meubles décents et les versements du salaire de Gilbert pour nous remplumer un peu...
 

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Autoportrait de jeunesse...

4 Mars 2010, 19:33pm

Publié par Flora

onarckep-65.jpgAutoportrait... j'en ai commis quelques uns car c'est le modèle idéal que l'on a toujours sous la main et que l'on peut traiter avec toute la lucidité du regard, sans ménagement, qui ne va pas réclamer qu'on le fasse paraître à son avantage, en gommant ses imperfections. De plus, celui-ci date de l'époque où j'étais lycéenne, l'époque des croquis rapides au stylo bille. Je me scrute intensément dans la glace et j'ai encore le souvenir de vouloir effectivement explorer en profondeur ce que cache un regard... Et cela me ramène à mes années dix et quelques, explosion incroyable de tous les questionnements, des lectures boulimiques, des discussions interminables, de toutes les hantises et de juvéniles certitudes. 

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Radnóti à Valenciennes

3 Mars 2010, 09:25am

Publié par Flora

radnoti-miklos-abdai-foto.jpgIl y a deux jours, nous avons fait notre soirée de lecture mensuelle autour de l'oeuvre courte mais accomplie de Miklós Radnóti. 1909-1944. On ne peut insérer que 35 ans entre ces deux dates... Mais quelles années! Deux guerres mondiales et une Europe anéantie!
  Sa courte vie prend son départ dans un drame : sa naissance est accompagnée de la mort de sa mère et de son frère jumeau... suivis du père, quelques années plus tard. D'origine juive  -  bien que la religion, "la race" ne prend pas une place importante dans sa réflexion (voir lien sur ce blog 
Extrait du "Journal" de Miklós Radnóti)  -  il perd son travail de professeur et fait plusieurs séjours dans des camps de travail. Epuisé par l'hiver, le travail dur de terrassement, la dénutrition, il est achevé, en compagnie d'autres prisonniers, d'une balle dans la nuque et enfoui dans une fosse anonyme. On le retrouvera plus tard et on l'identifiera grâce aux lambeaux de carnets retrouvés dans la poche de son imperméable, sur lesquels il griffonnera jusqu'au bout, parfois au clair de la seule lune, ses magnifiques poésies, témoignages de son indestructible soif de la beauté, de l'amour de sa femme et de son espoir, malgré tout, d'un avenir plus humain qui naîtra du bourbier.
Vous trouverez sur ce blog de nombreux textes traduits par Jean-Luc Moreau, et tirés du recueil "Marche forcée", publié par Phébus en 2000.
   Les participants de la soirée, pour la plupart, ont découvert sa poésie lumineuse et tragique qui s'adresse au plus intime en nous, qui sublime les détails de la vie quotidienne pour en faire une source de bonheur inépuisable... et contagieuse. Pour l'illustrer, voici un poème écrit en 1938 :

 

Miklós RADNÓTI :  JARDIN Á L’AUBE

 De la maison endormie, silencieusement

ma femme franchit le seuil.

Un léger nuage blanc

passe au-dessus d’elle.

 

Elle se pose près de moi et les herbes

humides de l’aube la voyant

poussent de petits cris de joie

et les tiges des fleurs taiseuses

se penchent vers elle, la lumière

se promène et scintille ça et là

froissement, éclair de plume

un petit coq entonne son chant.

Un merle lui répond et le jardin

se met à murmurer, chaque buisson

abrite un sifflement vagabond

innombrables et fraîches, les feuilles éclosent

un brin de paille s’illumine

dans l’herbe et entre deux branches

planent, étincelants, des fils d’araignées.

 

Assis dans la lumière, nous nous taisons

le soleil tournoie au-dessus de nos têtes

son haleine sur nos épaules

sèche les perles de rosée.

                                          1938. juillet 3.

 Traduction RozsaTatar avec Muriel Verstichel

 HAJNALI KERT

Az alvó házból csöndesen
kijött a feleségem,
egy könnyű felleg úszik épp
fölötte fenn az égen.

Mellém ül és a hajnali
nedves füvek most boldogan
felé sikongnak, hallani
és fordul már a hallgatag
virágok szára, jár a fény
s megvillan rajtuk néhol,
nesz támad itt, toll villan ott
s kakaska kukkorékol.
Rigó pityeg választ s a kert
susogni kezd, minden bokor
alján apró fütty bujdokol,
kibomlik sok hüvös levél,
s felfénylik itt egy szalmaszál
a fűben és két ág között
kis pókok fényes szála száll.

Ülünk a fényben, hallgatunk,
fejünk felett a nap kering
s lehelletével szárogatja
harmattól nedves vállaink. 

 

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