Le blog de Flora

Abîmes et quiétudes...

22 Novembre 2021, 11:40am

Publié par Flora bis

   Je me couche de plus en plus tard, par conséquent, ma journée débute de plus en plus tard aussi. Je sens bien que c'est contre nature, nocif même pour ma santé bancale. Mon horloge biologique m'envoie ici ou là des signaux faibles pour m'avertir mais je la fais taire comme on arrête une sonnerie de réveil gênante.

   Cela dure depuis plus de 15 ans. Les derniers mois de la vie de G. m'ont habituée à une vigilance de chaque instant, à un état de veille quasi permanent. Ne dormir que d'un oeil, par intermittence, prête à bondir au moindre soupir, au moindre frémissement... Jusqu'à la dernière nuit de veillée, avec ses cendres à côté de moi sur la petite table près de l'ordinateur sur lequel j'étais en train de formuler inlassablement les avis de décès. Dans cette ambiance devenue étonnamment calme, l'état d'alerte permanent a disparu, laissant la place au silence profond, à la pénombre paisible, je dirais même: à la quiétude s'il n'y avait pas eu partout, autour de moi ce vide béant...

   Depuis, je retarde le moment de monter dans ma chambre pour affronter l'abîme de sommeil qui nous engloutit sans crier gare, sans assurer qu'il nous relâcherait au lever du jour. Je veille, souvent par pure perte de temps, juste pour m'accrocher au sentiment d'être encore vivante... 

   

Voir les commentaires

Cultivons notre jardin

12 Novembre 2021, 11:23am

Publié par Flora bis

   Cela fait 31 ans que j'habite cette maison. C'est bien la première fois  -  et sans aucun doute la dernière  -  que je reste aussi longtemps dans les mêmes murs! Quand nous y avons emménagé en 1990, après avoir quitté Istanbul, nous n'avons certainement pas pensé que ce serait définitif. Notre vie jusqu'alors nous avait habitués à des courtes séquences de 2 à 6 ans dans un pays. Poser nos valises définitivement sonnait, du moins pour moi, comme une sanction, pour ne pas dire une condamnation avec la vision de la barrière s'abaissant devant moi. Clouée sur place. Jusqu'au bout. Ce qu'il y avait d'effrayant dans cette perspective, c'était "le bout". Le terme, inévitable, le bout dans lequel on se cogne.

   Après avoir quitté la maison de mes parents, j'ai toujours habité en appartement. L'idée du jardin, son manque ne m'effleurait même pas. Les fleurs en vase ou en pot me suffisaient.

   Ici, dans cette maison, mon jardinet de ville avec ses 50 m2 a rapidement pris une importance inattendue. Mes réflexes anciens, en sommeil depuis mon enfance, se sont petit à petit réveillés. L'héritage atavique de mes grands-mères, celui de ma mère m'a poussée instinctivement vers ce petit carré vert, enfermé entre les murs hauts. J'ai bêché la terre, ressemé la pelouse malmenée par le chien des anciens propriétaires  -  et j'ai planté huit rosiers de toutes les couleurs le long des murs. Dans un coin à mi-ombre, un camélia a trouvé la meilleure des places. Au milieu, un érable du Japon rouge, en pot jusqu'alors, a pu libéré ses racines à partir du moment où j'ai renoncé à l'idée de déménager. La construction de la terrasse, sans laquelle le jardin serait désormais inimaginable, a parachevé, pour un bon bout de temps, les aménagements.

   Souvent, je laisse mon regard se promener, s'attarder sur ce "mouchoir de poche" qui affiche pourtant, avec une certaine prétention, le nom de jardin. Je pense qu'il me ressemble, comme les jardins ressemblent à leurs propriétaires, je l'ai souvent observé. Une certaine fantaisie mais toujours contrôlée: pas question que la jungle prenne le pouvoir!... Une soif de liberté et d'exubérance, une envie de se débarrasser des entraves, et en même temps, ce besoin d'ordre et de maîtrise... Pour que ça ne parte pas à vau l'eau.

 

Voir les commentaires

Baliser le chemin

2 Novembre 2021, 10:15am

Publié par Flora bis

   Après une nuit en demi-teinte, j'essaie d'arrimer ma barque à la clarté du jour.

   Jour des Morts. Les cimetières sont en fleurs. Je me demande à chaque fois quelle décision prendre concernant les futures traces éphémères de mon parcours terrestre que je considère comme le seul qui compte.

   Les tombes matérialisent les souvenirs, la mémoire a sans doute besoin, ici et là, de ces appuis palpables pour ressusciter une existence devenue évanescente avec le temps. Oui, c'est bien l'être cher qui se cache sous la pierre ou le marbre, parfois humblement sous terre. L'être que nous avons passionnément aimé, haï parfois, jamais quitté... A tel point qu'il est inutile de faire ce pèlerinage sur sa tombe puisque nous l'avons intégré en nous. Nous sommes inséparables, et ce n'est même pas une question de volonté.

   Je ne fais pas partie de ceux qui se consolent avec l'idée des retrouvailles après la mort. Faute de preuve tangible, chacun doit se débrouiller avec son éducation, ses convictions, son imaginaire... Reste à cultiver les souvenirs qui aident à baliser le chemin.

(ill. Tombe arménienne, île d'Akdamar, lac de Van, Turquie, dessin encre, plume T. R..)

 

Voir les commentaires