Le blog de Flora

Crépuscule

28 Avril 2019, 17:40pm

Publié par Flora bis

 

 

 

 

"(...) Faut-il se résigner à mourir dans une maison de retraite ? Entre les mains peu charitables qui vous manipulent comme un objet encombrant. J’ai fini par dire oui à la famille qui n’arrivait pas à me trouver une place en son sein… «En son sein»  -  drôle d’expression ! Je n’en attendais pas tant ! J’ai bien compris que je devenais une vieille chose acariâtre qui ne parvenait pas à être reconnaissante pour le moindre geste prodigué envers elle… Je voulais les punir ! Pour tout. Pour les heures interminables de solitude, pour le glissement impitoyable vers la déchéance. Pour l’allégresse avec laquelle ils se sauvaient après avoir accompli leur devoir. (...)"

(texte et illustration: R. T.)

 

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Connexion secrète

25 Avril 2019, 15:54pm

Publié par Flora bis

                  "Én megőrzöm titkos vágyaid, mindig, mindig.
                   Én ismertem minden álmodat, mindet, mindet.
                   Gondolj rám, ha egyszer nem leszek. Sokszor, sokszor."  (Magda Szabó)
 

"Je garde tes désirs secrets, à jamais, à jamais. 

 Je connaissais tous tes rêves, chacun, chacun.

  Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  (trad. R.T.)

   Je suis tombée sur ces trois lignes de Magda Szabó (que je connaissais et appréciais en tant que romancière) tout à fait par hasard. "Pense à moi quand je ne serai plus. Souvent, souvent."  : cette dernière ligne résonnait en moi, curieusement, en apprenant la nouvelle de la mort de Jean-Pierre Marielle. Malade, 87 ans, rien d'anormal à ce qu'il ait rejoint Jean Rochefort et Philippe Noiret, ses amis depuis le conservatoire. Toutefois, le public apprend la nouvelle avec le choc d'avoir perdu un proche.

   A chaque fois qu'un personnage familier  -  écrivain, chanteur, comédien ou autre figure proche du public  -  disparaît, un sentiment de perte s'empare de nous. Ces personnes nous étaient à la fois lointaines et intimes, nous accompagnant depuis des décennies, par l'intermédiaire des oeuvres dont ils étaient les créateurs ou les transmetteurs, les incarnations. Ils faisaient partie de notre vie et, suscitant des émotions profondes, participaient aux métamorphoses mystérieuses qui s'opéraient en nous.

   Je regarde, j'écoute, je lis les réactions dans les média. J'ausculte mes propres sentiments. Quelle chance nous avons de les avoir côtoyés! Ils nous ont beaucoup donné. Ils nous ont fait frôler les profondeurs insondables tout comme le rire doux-amer qui guérit. Quelle chance ils ont de pouvoir susciter la vague d'émotion qui les accompagnera au début du chemin de la mort... J'aimerais croire à l'idée d'une connexion secrète qui permettrait aux défunts de profiter de ce cortège de gratitudes qui rendrait l'éloignement plus léger...

 

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Bûcher

18 Avril 2019, 18:46pm

Publié par Flora bis

   Je ne voulais pas en rajouter aux innombrables commentaires et images qui circulent sur les écrans à propos du tragique incendie de Notre Dame. De plus, je préfère ne pas réagir à chaud, laissant la grande vague d'émotion commune descendre et me questionner sur mes propres sentiments de citoyenne d'adoption, chrétienne car baptisée, sans demander mon consentement, puis émancipée des religions.

   J'ai appris la tragédie lundi vers 21 h, à l'appel de mon fils sur le chemin de la maison. Depuis trois heures, j'étais abîmée dans le travail sur un texte et son coup de fil m'a désorientée; j'étais à mille lieux d'imaginer le drame... En témoigne ce petit dialogue: "Tu as vu la catastrophe?" - "Non, mais je l'ai entendue à la radio. Ca fait la troisième fois qu'ils se font battre piteusement; veulent-ils prolonger le suspens du championnat jusqu'au bout pour susciter un peu d'intérêt?" - "Je ne parle pas du PSG, je parle de Notre Dame!" - "Quoi, Notre Dame? Qu'est-ce qu'elle a?" -  "Elle brûle!"

image Internet

   J'ai couru ouvrir la télé et j'ai continué à regarder les images jusqu'à une heure tardive de la nuit, sidérée, incrédule, plongée dans la tristesse. J'ai regardé les gens sur les quais, sensiblement dans le même état d'esprit, silencieux. Les lances à incendie semblaient dérisoires face aux flammes toutes-puissantes. La flèche et la toiture ont disparu.

   Pendant longtemps, Notre Dame était pour moi un rêve, un fantasme, une lecture et un film. Je l'ai visitée pour la première fois vers 1973, avec Gilbert comme guide, fier de me montrer ce joyau national. Je me souviendrai toujours du sentiment de ma petitesse, lorsque j'ai arpenté la nef et les bas-côtés pour la première fois. J'ai ressenti une grande émotion, semblable à ce que l'on éprouve à la vue d'un tableau, d'une sculpture ou d'un paysage dont on a longtemps rêvé. Par la suite, j'ai visité celles de Reims, d'Amiens, de Beauvais, de Bourges et surtout, celle de Laon.

   Notre Dame de Paris demeure la plus célèbre, bien qu'elle ne soit ni la plus ancienne, ni la plus grande, ni peut-être pas la plus belle. Elle est simplement unique, familière, résistante aux tempêtes, appartenant à nous tous. Un symbole qui réunit, elle nous suggère l'illusion de l'éternité. Elle ne peut pas disparaître... Que deviendrait Paris sans elle?...

 

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Homère au Louvre-Lens

12 Avril 2019, 12:39pm

Publié par Flora bis

   Hier, grâce à deux excellentes amies qui ont bien voulu me "chaperonner" toute l'après-midi, nous avons improvisé une visite au Louvre-Lens, pour voir l'exposition "Homère".

   Je me suis "armée" de la canne de mon défunt voisin, en prévision des heures de piétinement dans les salles du musée. A de pareils moments (heureusement, exceptionnels), je ne manque jamais d'une pensée amusée à l'intention de ma mère... Elle a longtemps refusé l'appui d'une canne et à 83 ans, elles m'a encore répondu, offusquée: "Tu n'y penses pas; j'aurais l'air de quoi avec?... D'une vieille..."

   Homère... Ses deux grandes épopées, l'Iliade et l'Odyssée font partie des fondements de la culture européenne et nous ne sommes même pas sûrs qu'il ait réellement existé. Tout le monde connaît les épisodes de la guerre de Troie et des 10 ans des pérégrinations d'Ulysse.

   L'exposition du Louvre-Lens est extrêmement riche en documents (300 pièces). Je regarde les imposantes sculptures en marbre des dieux et des héros musclés, gonflés de testostérone qui nous reçoivent dès l'entrée, avec leurs histoires d'amours et de guerres étroitement mêlées qui influent sur le destin de l'homme ordinaire... Ulysse, tellement archétypal et si individuel à la fois avec ses éclats de génie et ses faiblesses que tout le monde peut reconnaître en lui son éternelle humanité. Et la brave Pénélope... Tout d'un coup, je me dis: "Mais quelle tarte, cette pauvre Pénélope!" En effet: tandis que son mari met 10 ans pour parcourir les Cyclades et retrouver le chemin du bercail, s'attardant pour prendre du bon temps à chaque fois que des bras féminins tentants s'ouvrent à son passage, Pénélope l'attend, elle tisse, imperturbable, repousse toutes les tentations en épouse modèle! N'est-ce pas l'incarnation du fantasme masculin sur la femme idéale qui laisse la liberté à l'homme de vagabonder, et, en fidèle fée du logis, elle attend le retour de son guerrier?...

 

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