Le blog de Flora

Du pardon

13 Mars 2014, 11:13am

Publié par Flora bis

Du pardon

Il m'est arrivé plusieurs fois de regarder des documentaires sur le "pardon". Qui n'a pas été confronté à cette souffrance, à cette impossibilité et à cette nécessité?

Dans les documentaires, les témoignages sont bouleversants: la mère rendant visite à l'assassin de son fils, condamné à perpétuité, l'amoureux trahi échafaudant des plans de vengeance, l'homme qui a passé 15 ans en prison, accusé à tort de viol sur mineure... Comment surmonter le traumatisme qui lie désormais les deux parties? Le traître, le menteur, l'assassin repenti et celui qui subit sont liés, même si leur souffrance est loin d'être de la même nature, de la même intensité.

Le premier pas sur le chemin de la rédemption doit venir du coupable, car peut-on pardonner à celui qui ne l'a pas demandé?... Ce premier pas est très difficile pour les deux. Acte de contrition pour l'un, acte de générosité surmontant la plaie ouverte pour l'autre. Mais c'est le prix à payer pour pouvoir entamer une résilience...

De nature, je ne suis pas rancunière, estimant que nourrir ce sentiment négatif équivaut à laisser du poison s'infiltrer dans ses veines et, petit à petit, s'abandonner à la destruction. Par bonheur, je n'ai pas souvent été confrontée à cette situation. Il reste cependant une personne que j'essaie de gommer de ma mémoire car il a fait trop de mal, surtout à quelqu'un autour de moi qui était déjà à terre... Le mépris prend le dessus sur le ressentiment.

Je fait appel à Musset: "A défaut du pardon, laisse venir l'oubli."

illustration: Odilon Redon

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"Aime la vie et la vie t'aimera!"

6 Mars 2014, 12:08pm

Publié par Flora bis

"Aime la vie et la vie t'aimera!"

D'innombrables publications nous expliquent comment vaincre le pessimisme ambiant. Des gourous obscurs nous "coachent" dans les dédales des épreuves et du stress quotidien où les "burn out" sont foison.

Une savante universitaire en psychologie, dr Emőke Bagdy, hongroise, soixante douze ans, pimpante, nous entraîne dans une de ses conférences pétillantes dont on sort requinqués. Non pas qu'elle nie la réalité des souffrances ("Yaka...") Ce qu'elle veut c'est nous donner des armes pour y faire face, au lieu de sombrer dans la tiédeur de notre propre victimisation qui mène à l'impuissance, puis au laisser-couler...

Je n'aimerais pas paraître en donneuse de leçon omnisciente, d'autant plus que moi-même, je suis loin d'avoir découvert la pierre philosophale (je la cherche, je la cherche!...).

Ce que nous laissons voir de nous sur nos blogs intimistes, nos pages de Facebook est affaire du goût d'exhibition personnel. Je me cantonne dans mon cas: c'est ce que je connais encore le mieux (du moins, je le crois). Je sais aussi que la plupart de ceux qui se dévoilent en apparence beaucoup, le font pour mieux cacher l'essentiel... Une sorte d'écran de fumée à travers lequel on ne distingue que quelques leurres...

J'avoue que c'est aussi mon cas. Je... je... N'est-ce pas de l'égotisme? Je me réfugie dans les questions. La vie n'est-elle pas cette aventure unique et exaltante dont la beauté inimitable m'est apparue étrangement à la mort de Gilbert? Au lieu de sombrer dans la détresse, je me suis dit: les épreuves sont inévitables, elles tentent de nous abattre. Elles peuvent aussi nous renforcer. Je ne peux pas compter sur un hypothétique "au-delà" compensatoire. C'est ICI que je dois trouver mon bonheur.

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Retour au calme

2 Mars 2014, 19:14pm

Publié par Flora bis

Retour au calme

Une semaine trépidante! Je n'ai pas eu l'occasion d'approcher l'écriture, exercice désormais aussi indispensable que d'étancher sa soif... Parfois, je me pose la question: à quoi bon, tout cela? Ne serait-il pas plus utile que je passe les heures de lecture et d'écriture à des occupations plus saines, plus utiles, plus proches de la vraie vie, telles que récurer la maison, me promener ou cultiver mon vrai jardin - et non pas celui, secret, des mots?...

Ma petite Alice a passé une bonne partie de la semaine - la dernière des vacances de février - avec moi. C'est un véritable bonheur que je savoure car je sais que ses cinq ans vont s'éloigner en un éclair comme le temps béni de la confiance et de l'insouciante gaieté qui nous relient. Tout comme avec sa soeur qui va fièrement sur ses huit ans dans quelques jours et qui viendra aux prochaines vacances. Tout va si vite et de plus en plus vite... Les verrai-je adultes et comment nos relations évolueront-elles? J'aimerais imaginer que nos liens si forts, si riches continueront à nous nourrir réciproquement et que je resterai longtemps pour elles la grand-mère qui les attend les bras ouverts et le sourire aux lèvres...

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Le pouvoir des mots...

23 Février 2014, 16:40pm

Publié par Flora bis

Le pouvoir des mots...

Extraordinaire pouvoir des mots! Nos réunions autour de la littérature ont lieu tous les mois, depuis sept ans maintenant. Qu'il neige, qu'il vente, qu'il fasse beau (plus rarement), les fidèles se réunissent chez Mu, Richarda ou moi, pour écouter les mots des poètes, des écrivains, des théâtreux...

J'écris "fidèles" comme s'il s'agissait de messes étranges où l'on se presse à la recherche d'une spiritualité qui offrirait une échappatoire à la grisaille du quotidien. A l'époque où les distractions sont commerce florissant - souvent moyen puissant pour abrutissement massif - un besoin d'authentique refait surface. En dépit des pronostics défaitistes qui prévoient régulièrement la disparition de la littérature, ces moments de recueillement autour des mots nous font du bien.

Nous choisissons un thème ou un auteur autour duquel s'organise la lecture. En ce qui me concerne, je suis sans doute la mieux placée dans l'assemblée pour parler de la littérature hongroise, si peu connue en France ou de la littérature russe que je ressuscite des brumes lointaines de mes études d'antan... Dans ces cas, je n'hésite pas à donner un échantillon de la sonorité de la langue d'origine, si importante pour la poésie en particulier.

Vendredi dernier, la soirée s'articulait autour des textes qu'on aurait aimé inspirer ou écrire... Choix difficile! Chacun arrivait avec sa petite liasse de feuilles et nous nous lancions la balle à tour de rôles. Parfois, l'émotion tremblait dans l'air...

"... Car l'automne est là. On gaule les noix et les murs de la chambre

filtrent le goutte-à-goutte du silence

libère la tourterelle rêveuse sur ton épaule

les feuilles tombent et dans le gel qui approche

le champ roide s'écroule

entends-tu le silence de la chute?

Ô ma douce, gardienne des saisons, je t'aime!

ô jamais n'aimerai d'autre que toi."

(Miklós Radnóti: "Poème d'amour" extrait trad. R.T. et M.V.)

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Mon père

19 Février 2014, 14:30pm

Publié par Flora bis

Mon père

Le 18 février, hier, mon père aurait eu 92 ans. Il est tombé soudain, après avoir préparé le café du matin. Son coeur s'est arrêté, après quelques années de fatigue intense qui faisaient ressembler ses électrocardiogrammes à des montagnes russes déréglées...

C'est arrivé le 4 novembre 1995, le même jour qu'à Yitzak Rabin. J'avais l'impression que ce dernier l'avait injustement éclipsé pour le monde entier. Sauf pour moi et quelques autres personnes. Il n'avait que 73 ans.

Nous nous ressemblions trop pour que cela ne génère des disputes sans fin à mon adolescence. Chacun de nous voulait avoir le mot de la fin. C'est lui qui l'a eu.

Une foule d'images se bousculent dans ma tête. Gros plans sur un détail, sensations lointaines et si vivantes pourtant. Il faudrait des dizaines et des dizaines de pages.

La phrase de ma mère comme une habitude: "Demande à ton père, il le saura." Et il savait nous dépatouiller des devoirs de maths et de physique piégeux, dessiner le paysage d'hiver avec l'étang gelé pour illustrer la rédaction, fabriquer un traîneau pour les glissades et réparer les queues de casseroles... En hiver, il confectionnait des corbeilles en osier et des balais qu'il vendait au marché. Sans parler des citrouilles au goût du miel, cuites dans le fourneau construit savamment de ses mains, que les clients venaient chercher à la maison.

Il vivait, respirait au rythme de la nature. Il aimait cette fatigue-là, après une journée torride bien remplie, où "tomber de fatigue" est à prendre au pied de la lettre. Et le sommeil profond est un grand réparateur.

C'était un conteur hors pair. Il m'a donné, entre autres, le goût des histoires.

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Fanni s'en est allée...

15 Février 2014, 11:40am

Publié par Flora bis

Elle a attendu la Saint-Valentin et s'en est allée, discrètement comme elle a vécu ses 102 années... Fanni, la muse et veuve de Miklós Radnóti, l'immense poète hongrois de la première moitié du vingtième siècle. La photo ci-jointe est usée, à peine visible. Elle a été retrouvée dans la poche du pardessus de Radnóti, avec ses derniers poèmes, deux autres photos d'elle, sa dernière lettre qui contenait une prière implorant la protection de Dieu pour son mari dans les souffrances du camp de travail... Cette prière n'a pas été entendue: on a retrouvé le corps du poète dans une fosse commune, à la fin de la guerre. Assassiné.

Etrange et magnifique pouvoir de la poésie! Par sa force et sa beauté, elle lui a ménagé une place de choix aux côtés de son poète de mari, dans l'immortalité...

 

Miklós Radnóti (1909-1944) : Ode à peine (Tétova óda)

Publié le 11 Février 2010 sur ce blog

Miklós RADNÓTI : ODE A PEINE

 

Depuis quand je me prépare pour te révéler

la galaxie secrète de mon amour

je cherche une seule image, l’unique, l’essentielle.

Tantôt bruissante, déferlante en moi, tu es comme l’existence

tantôt immobile et éternelle

tel un fossile dans la pierre, pétrifié.

L’opacité soyeuse de la lune frémit au-dessus de ma tête

la nuit reste à l’affût de rêves minuscules qui s’échappent.

Et je ne peux toujours pas te dire

cette sensation en moi provoquée

par ton regard protecteur sur ma main qui écrit…

Les images ne valent rien. Elles surgissent, je les jette.

Et demain, je recommence tout

car je n’ai que le verbe

et ce que vaut mon poème en moi

d’une poignée de cheveux au dernier de mes os.

Tu es fatiguée, je le ressens aussi, la journée fut longue -

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

de ta paume fraîche.

traduction: Rózsa Tatár avec la collaboration de Muriel Verstichel

Fanni s'en est allée...

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Pour la Saint-Valentin

14 Février 2014, 11:30am

Publié par Flora bis

Pour la Saint-Valentin

Pendant longtemps, je n'ai pas entendu parler de la fête de Saint-Valentin. De plus, nous n'aimions pas cette façon qu'a le marketing commercial à vous forcer la main, en créant artificiellement des fêtes de tout, pour combler les creux du trafic.

Je n'aurai jamais fêté la Saint-Valentin. Tant pis.

Bien sûr, la plupart de ces artifices finissent par "prendre": comment résister aux injonctions de déclarer votre flamme, flamboyante ou pâlissante, à votre amoureu(x)se, aux promesses d'une soirée romantique, au moins une fois l'an? De souffler un peu sur la braise qui réchauffera les coeurs assoupis par la routine du quotidien?...

Rien que pour cela, bonne Saint-Valentin à tous!

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Un dimanche matin fait de petits riens...

9 Février 2014, 18:46pm

Publié par Flora bis

Un dimanche matin fait de petits riens...

Parfois, le soleil risque un coup d'oeil frileux sur le jardin, trempé, balayé par des coups de vent violents. J'y ai même accroché du linge à sécher: j'aime bien l'odeur de fraîcheur qui en émane lorsque je le rentre dans la maison calfeutrée.

Le camélia est couvert de boutons... Si l'hiver, le vrai, le glacial se décide à s'installer tardivement, il n'y aura pas de fleurs, pour la troisième année consécutive. Les boutons tomberont, noircis, stériles.

Je traîne en pyjama jusqu'à pas d'heure dans la matinée, comme les lève-tard aux nuits raccourcies... Je n'ai plus de compte à rendre à personne. Consolation appréciable qui devient rapidement une parcelle de liberté jalousement gardée.

Je suis en train de décrire un week end solitaire, fait de petits riens. Dans un rythme qui me rappelle certains films tournés au ralenti, comme dans un brouillard voulu poétique... mais il est peut-être seulement lugubre.

Parfois, l'étroitesse apparente de cette petite vie m'effraie... Pourtant, je m'y sens installée comme dans un repos réparateur après une vie trépidante et épuisante. Je savoure le calme, les caresses des rares rayons de soleil sur des détails familiers.

J'ouvre mon frigo pour me laisser tenter par un carrelet fraîchement acquis. Pendant que les petits légumes mijotent doucement "à l'étouffée", je monte à la salle-de-bains et j'ouvre la fenêtre de ma chambre sur l'avenue bruyante pour humer la couleur du jour...

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"Du bonheur, un voyage philosophique"

5 Février 2014, 11:29am

Publié par Flora bis

"Du bonheur, un voyage philosophique"

Le bonheur... Vaste mirage! Chacun a son petit avis sur la question, selon son tempérament ou ses expériences. Nous avons tous éprouvé, au moins une fois dans la vie, cette poussée d'endorphines, appelées aussi "hormones du bonheur", (fabriquées par l'hypothalamus et dont l'effet est proche des opiacés) qui nous a hissés momentanément sur un petit nuage...

Les artistes se sont emparés du sujet dans tous les domaines de la création. Il faut constater cependant que son manque sert plus souvent de source d'inspiration que son trop-plein! Le romantisme a fait son pain béni des histoires malheureuses et des torrents de larmes... Quand la souffrance est belle, le bonheur semble presque vulgaire!...

Une époque cynique nie son existence. Parallèlement, elle donne naissance à une quête désespérée...

Qu'en pensent d'éminents philosophes à travers les millénaires? Épicure à la recherche de "la vie heureuse" (ou "sage"), Bouddha ou Spinoza, notre Montaigne qui en décrit la pratique, la mettant à la portée de l'homme ordinaire qu'il prétend être, et beaucoup d'autres encore...

C'est le sujet du livre de Frédéric Lenoir, infatigable sondeur de notre vie intérieure, à la recherche de la sérénité qui pourrait bien être un sens moderne de la vie.

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Petites méchancetés sur les critiques - la vengeance des écrivains

29 Janvier 2014, 17:54pm

Publié par Flora bis

Petites méchancetés sur les critiques  -  la vengeance des écrivains

On entend souvent que le critique littéraire est un écrivain raté. Il est, certes, plus aisé de critiquer une oeuvre que de la commettre...

Toutefois, je ne jetterais pas le bébé avec l'eau du bain: un bon critique à l'oeil aiguisé, capable de déceler les défauts et les qualités d'une oeuvre avec la distance nécessaire d'avec ses goûts personnels, est très utile aussi bien pour l'auteur que pour le lecteur.

De nos jours, il vaut mieux ajouter la nécessité de son indépendance vis-à-vis des maisons d'éditions, loin de tout soupçon de complaisance et de renvoi d'ascenseur...

Voici quelques perles venant d'écrivains vengeurs:

* "Demander à un écrivain ce qu'il pense de la critique, c'est demander à un réverbère ce qu'il pense des chiens." (John Osborn)

* "Critiques: le plus sale roquet peut faire une blessure mortelle. Il suffit qu'il ait la rage." (Paul Valéry)

* "Je ne réponds pas d'avoir du goût, mais j'ai le dégoût très sûr." (Jules Renard)

* "Je n'ai jamais lu un livre avant d'en faire le compte rendu, cela donne trop de préjugés." (Sydney Smith)

* "Les paroles s'envolent, les aigris restent." (Patrice Delbourg)

* "Guêpe: emblème de la critique... L'aiguillon sans le miel." (Anonyme)

* "Le critique sait tout, voit tout, dit tout, entend tout, touche à tout, remue tout, mange tout, confond tout, et n'en pense pas moins." (Erik Satie)

(recueillis par Eric Momus in "Je hais les écrivains", éd. du Rocher)

(Ill. photo Google)

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