Le blog de Flora

Gilbert l'écrivain

28 Juillet 2021, 10:16am

Publié par Flora bis

 

Je viens de relire quelques extraits des textes de Gilbert, publiés à partir des années 1990, année de notre retour en France. Je suis frappée par la force, la perfection, l'originalité du style comme si je découvrais ces pages. Je le revois dans son bureau perché au 2ème étage de la maison, au bout de 38 marches raides avec des virages étroits que je montais et descendais dix fois par jour. Mon bureau se trouvait juste à côté, tout comme la chambre d'amis. Le palier, ainsi que les pièces sont tapissés de livres, du sol au plafond. Des siens et des miens. Quel apaisement était pour lui de voir tous ses bouquins enfin réunis à portée de main!... Sources d'inspiration plus puissantes que la vraie vie dont il n'était pas persuadé de la réalité... Il recréait inlassablement sa réalité à lui, en une fiction complexe, teintée d'éléments fantastiques, d'humour et de dérision caustiques, sûr qu'elle l'aiderait plus infailliblement que tout, à vaincre la mort.

   Oui, je connaissais ses textes par coeur car il m'a associée très étroitement au processus de leur création. Redoutable privilège! J'ai été happée, dans l'incapacité de me libérer, écrasée par la responsabilité de la tâche et par l'exigence et la sensibilité particulière de l'écrivain... Sa confiance intuitive en mon jugement, non moins instinctif  -  car je ne me sentais absolument pas à la hauteur!  -  à la fois gratifiante mais surtout écrasante, m'obligeait, que je veuille ou non, à suivre pas à pas les tourments d'un écrivain qui savait que le temps lui était compté. 

   Avant sa mort, il m'a confié 2-3 textes inachevés avec une injonction impossible à accomplir: "Tu les finiras!" Comment me mettre dans les pas d'un écrivain à l'univers si différent du mien (si jamais j'en ai un...), dans une langue d'adoption dans laquelle je n'ai jamais commis le moindre texte littéraire?... J'ai commencé mon blog français en 2008, en guise "d'entraînement à l'écriture" mais je ne me sens toujours pas prête...

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Histoires grand-mériennes

23 Juillet 2021, 21:02pm

Publié par Flora bis

   Il est temps de retrouver mon blog : le mois de juillet a été maigre en écriture!... L'hébergeur donne quelques tuyaux pour augmenter la "visibilité" de mon blog  -  lui ai-je fait pitié avec ma relative discrétion dans la blogosphère?  -  mais cela ne m'empêche pas de vivre... Non pas que le trafic modeste et l'enthousiasme silencieux qu'il provoque ne me chiffonnent pas de temps en temps et que je ne préfèrerais pas un succès plus large  -  soyons modestes mais sans mentir!  -  cependant, je ne me sens pas prête à faire des efforts pour "chevaucher la conjoncture", en traitant des sujets accrocheurs, en me lançant dans les recettes de cuisine ou dans les potins des pseudo-stars en vue... Sans parler du train de l'influenceuse (nouveau métier prometteur et lucratif pour jeunes gens dont les préoccupations, apparemment, volent au raz des pâquerettes!), eh bien, ce train, je l'aurai définitivement manqué!

   Pendant 4 jours, j'ai profité de la présence  -  très courte!  -  de mes petites-filles de 12 et 15 ans. Nous avons beaucoup papoté car je ne suis plus une grande marcheuse comme il y a quelques années encore... Nous avons joué, nous avons beaucoup ri mais nous avons touché des sujets plus sérieux aussi. A cet âge, elles ont surtout besoin d'écoute attentive, sans jugement "guillotine" mais plutôt "réfléchissons ensemble"... Nous avons aussi évoqué des souvenirs. Un soir, en montant l'escalier, je les entends parler dans leur chambre. Je passe la tête pour leur souhaiter bonne nuit et un spectacle touchant m'attend: la plus grande est en train de lire à haute voix un conte africain et sa soeur, déjà au lit, l'écoute avec un sourire béat sur le visage... "La coiffe de plume"! C'était une de leurs histoires préférées pendant des années, en ces temps bénits de la petite enfance où nous n'aurions manqué pour rien au monde l'histoire du soir! J'y prenais sûrement autant de plaisir qu'elles, essayant de moduler l'intonation, ponctuer de gestes les rebondissements de l'histoire, afin d'en souligner les effets dramaturgiques. Parfois, nous partagions la lecture des paragraphes. Et là, je la ré-entends de la bouche de ma grande petite-fille, à l'identique! Quel bonheur!

Histoires grand-mériennes

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15 ans après

7 Juillet 2021, 10:28am

Publié par Flora bis

   Le 7 juillet... Une date à part. Même si elle ne m'écrase plus de son importance démesurée, réveillant la douleur de façon aiguë, presqu'inattendue, elle reste une des dates décisives de ma vie dont je peux dire: il y a un "avant" et un "après"...  

   Une cicatrice qui verrouille à l'intérieur ce qui reste de cette douleur vive de l'instant... Aujourd'hui, l'incontournable recueillement m'invite à revenir 15 ans en arrière. J'ai toujours détesté, refusé l'injonction "travail de deuil", préférant dire "apprivoiser la douleur, l'absence". Raviver  ce jour torride de 7 juillet où, après une nuit épuisante de veille auprès d'un corps hésitant encore au seuil de la mort, vers 7 heures du matin, la voix de notre ami commun qui m'a tenu compagnie sur ce chemin effrayant, le rendant ainsi plus apaisé, me ramène soudain dans une réalité encore irréelle: "... c'est fini, il ne respire plus." Dans le brouillard des va-et-vient affairés de plusieurs personnes accourues qui me posent des questions, qui me demandent de prendre des décisions, de signer des papiers, je sens vaguement que je suis en train de franchir le seuil d'une autre vie. Au bout de 33 ans.

   Suis-je toujours prisonnière de ce passé comme certains le suggèrent?... C'est un fait que je "n'ai toujours pas fait le pas"  -  selon un ami psychologue  -  pour le laisser derrière moi. Il est à la fois une prison et un refuge.

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

"Yin et Yang", T.R., huile, années 90

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