A peine suis-je revenue d'une dizaine de jours chez les enfants que je me réveille sur des coups de fil et messages en attente! De plus, le ciel est maussade, ce qui ne fouette pas vraiment les énergies somnolentes!
Peu importe, la terre du jardin a soif. La rose blanche (la plus parfumée) est incroyablement épanouie, chargée de brassées de fleurs. Les rouges essaient de lui emboîter le pas. Il faudra que je m'occupe d'elles d'urgence.
Pendant l'escapade des enfants pour respirer un peu, j'ai tenu compagnie à mes petites-filles en vacances et - surtout - en révisions du bac et d'autres partiels! Pour moi, c'était une belle occasion de les voir tous les jours, parfois même avec leurs copains, pour discuter beaucoup et jouer à des jeux de société. Cuisiner un peu, bien sûr, mais ils mettaient la main à la pâte, eux aussi! Sans oublier les besoins alimentaires et de promenades du chien et du chat de la maison qui sonnaient l'alerte entre 7h et 7h30 du matin!... Mes horaires habituels de paresseuse solitaire d'un certain âge se sont retrouvés singulièrement bouleversés. Ajoutons à cela le soleil doux et radieux qui m'attendait tous les jours, jusqu'à mon départ, une fois les volets ouverts sur leur jardin extraordinaire!
Mais j'aimerais évoquer le dernier épisode de cette escapade printanière. Hier matin, c'est un taxi qui m'a conduite à la gare du Nord. Le chauffeur, un monsieur que je ne voyais que de dos, très professionnel, en m'attendant, écoutait un appel à la prière sonore en arabe qu'il a fermée aussitôt... Je ne suis pas de ceux (ou celles) qui s'apprête à faire 1 h de route dans les bouchons du lundi matin, en silence, alors qu'on peut meubler, raccourcir ce trajet - du moins, s'en donner l'impression - en faisant une sympathique conversation! De toute façon, le hasard de se revoir est minime! Et l'essentiel est justement dans le côté éphémère, fugace d'une telle rencontre qui permet de s'ouvrir en confiance, rassuré par la volatilité unique de l'occasion.
Bref, pendant cette heure que j'aurais pu passer en pestant sans un mot contre la circulation dans Paris à une heure chargée, j'ai à peu près tout appris de ce monsieur très discret : qu'il était né en Côte d'Ivoire, que ces 4 fils voulaient réussir en foot, alors que lui-même avait rêvé d'être cycliste professionnel, etc., etc... ajoutez le reste! On a aussi discuté de politique très librement, je lui ai parlé d'Istanboul où le müezzin chantait l'appel à la prière quasi sous nos fenêtres, du haut du minaret de la mosquée rose... Je lui ai appris que la magnifique Conciergerie (mon monument parisien préféré) avait servi de prison entre autres à Marie-Antoinette... Il a dit qu'il ne le savait pas, bien qu'il le longeait quasi tous les jours, depuis 25 ans!... A ce propos, je lui ai recommandé le musée du Quai Branly ouvert depuis 20 ans, contenant les trésors des civilisations africaines. Il a dit qu'il essaierait d'y emmener ses fils...
Tout d'un coup, il me pose la question : "Madame, qu'en pensez-vous, d'où vient le racisme?..." J'ai répondu sans hésiter : "De la bêtise et de l'ignorance de l'autre".
Bref, arrivée devant la gare, on s'est serré la main et il m'a remerciée chaleureusement, en disant qu'il a appris beaucoup de chose. Moi aussi, grâce à une rencontre éphémère et riche.