Le blog de Flora

Bonne année!

26 Décembre 2010, 20:48pm

Publié par Flora

Triptyque-3.jpg

 

A tous ceux qui me font l'amitié précieuse de suivre mon blog,

avec ou sans commentaires, mais surtout avec,

de me procurer ainsi d'inestimables moments de résonance, de partage,

la plupart du temps virtuels mais tout aussi magiques,

je présente mes voeux les plus sincères

pour la nouvelle année!

Qu'elle soit digne de notre confiance, de nos espoirs,

parfois naïfs, certes, mais ô combien ardents!

Belle année nouvelle à tous!  

Voir les commentaires

Modeste hommage à Jacqueline de Romilly

19 Décembre 2010, 16:03pm

Publié par Flora

Romilly-3-par-Irmeli-Jung-.JPGC'est une pensée très subjective... Tout ce que vous souhaitez savoir sur le parcours extraordinaire et sur les nombreux ouvrages de cette lumineuse vieille dame, vous le trouverez sur internet et surtout, dans ses livres. Voici un interview, parmi les plus beaux, les plus riches que j'ai jamais entendus, sur la chaîne PublicSénat, où j'ai atterri tout à fait par hasard, où je suis restée "scotchée" jusqu'au bout, avec le regret que c'était déjà fini, de deux vieilles dames exceptionnelles, toutes deux au delà des quatre-vingt-dix ans, nous donnant une leçon d'intelligence et de fraîcheur intellectuelle (link)., de joie de vivre au-delà du poids des années...

Voici quelques années, j'ai fait un portrait de Jacqueline de RomillyDSCN0137 car son sourire lumineux m'a attirée. Fervente militante de l'enseignement des langues grecque et latine, grande experte de l'hellénisme et de ses leçons toujours renouvelées à travers l'histoire, elle a été une grande enseignante. Je me suis retrouvée dans son bonheur d'enseigner, lorsque le vrai contact s'établit entre professeur et élèves, lorsque l'on voit jaillir l'étincelle du partage, de l'éveil à la pensée dans les yeux des enfants, des adolescents ou même des adultes... C'est l'énorme privilège de ce métier qu'à mon grand regret, je n'ai exercé que quelques années...

Voir les commentaires

Pour l'éternité... (sanguine, 2010)

18 Décembre 2010, 15:57pm

Publié par Flora

repos

Voir les commentaires

Petit baigneur

14 Décembre 2010, 19:14pm

Publié par Flora

La-Grosse.jpgAussi loin que Bénédicte se souvienne, elle a toujours adoré les poupées. Elle les a toutes conservées, depuis les premiers baigneurs chauves aux yeux figés de merlan frit, jusqu'aux plus sophistiquées et les plus hideuses des Barbie. Longtemps exposées dans sa chambre, elles en  occupaient le moindre recoin. Dès qu'elle avait un peu de temps, Bénédicte s'adonnait à sa distraction préférée : jouer à la poupée. C'était une source de joie, une véritable addiction.

   Bénédicte a grandi vite, ses futures formes généreuses s'annonçaient tôt; à treize ans, on lui aurait donné cinq de plus. Elle attirait les garçons hirsutes, chiens perdus en manque de caresse, chats de gouttière sauvages et affamés de chaleur. Ca tombait bien : rien n'attisait davantage ses appétits que d'ajouter une pièce de plus à sa collection sur laquelle déverser son trop-plein de tendresse. Le plus souvent, ce rouleau-compresseur de sympathie faisait fuir les prétendants, pris de panique devant autant de débordements.

   A la veille de ses trente ans, elle a rencontré la perle rare. La triste figure d'Alban, au profil taillé à la hache l'a attirée immédiatement comme un aimant. Il était assis sur un banc, sa solitude palpable faisant le vide autour de lui dans le square bruyant et surpeuplé. Bénédicte s'est assise à ses côtés et, sans hésiter, elle a enclenché la machine aux ondes magnétiques mystérieuses. En quelques secondes, Alban a échoué dans le filet, sa timidité a fondu. Pour la première fois, il avait envie de se perdre sur la poitrine opulente, d'être enveloppé par les formes abondantes aux promesses limpides de le protéger. De toutes les menaces du monde.

   Ils ont quitté le square main dans la main; la silhouette efflanquée contrastant avec la rotondité parfaite, la complétant. Bénédicte a ramené sa proie dans son nid et, dans le même élan, elle a enfoui toutes les poupées dans le coffre de la cave.

    

Voir les commentaires

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 2-3.

11 Décembre 2010, 20:13pm

Publié par Flora

Voici la suite du magnifique poème de A. József dont le début se trouve ici: 

Attila József (1905-1937) : Ode (Óda)          

Restent les parties 4 et 5.

2.

Oh, combien je t'aime, toi

Qui as réussi à faire parler à la fois

La solitude intrigante, capable

Au tréfonds même du coeur de fomenter des cabales,

Et l'univers tout entier!

Toi qui, telle une cascade fuyant son propre fracas,

Me quittes pour continuer ton cours sans hâter le pas,

Tandis que moi, demeuré sur les cimes de ma vie,

Face aux lointains je crie

En continuant de me débattre : 

"Je t'aime, ô ma douce marâtre!"

 

3.

Je t'aime comme l'enfant aime sa mère,

Comme les cavernes aiment leurs profondeurs,

Je t'aime comme les salles aiment la lumière,

L'esprit la flamme, et le corps le repos réparateur.

Je t'aime, comme aiment vivre les mortels

Avant que le néant ne vienne les saisir,

Comme la terre accueille l'objet tombé sur elle.

 

J'accueille tes paroles, tes gestes, tes sourires.

Comme l'acide creuse le métal,

Mes instincts m'ont creusé pour que tu t'y installes.

 

Apparition belle et charmante,

Tu combles l'essentielle faim qui me tourmente.

Les instants passent dans une trépidation continuelle,

Mais toi, tu restes muette au fond de mes oreilles.

Les étoiles s'allument et tombent des cieux,

Mais toi tu brilles à demeure dans mes yeux.

Ta saveur comme le silence dans un gouffre

Flotte toujours dans ma bouche.

Parfois ta main, tenant un verre d'eau,

M'apparaît avec son réseau de veines, 

Comme surgie d'une brume incertaine.

Voir les commentaires

Bribes de mémoire 78. Algérie

8 Décembre 2010, 09:58am

Publié par Flora

tente_berb_re.jpg

   Sur la photo, on voit notre tente berbère sous laquelle nous avons passé une nuit, faute d'avoir trouvé de place dans un des petits hôtels près d'El Oued. Nous voyagions avec nos amis et voisins belges, un jeune couple de Malmédy. "L'hôtel" comportait deux "chambres", séparées d'une tenture, les matelas posés à même le sol mais garnis de draps et de couvertures. Le vent de sable de la nuit ne s'est pas laissé intimider par l'obstacle approximatif et au petit matin, nous avons senti les minuscules grains infiltrés partout : dans la bouche, le nez, les yeux et même les oreilles! La toilette se faisait à un robinet solitaire, un peu à l'écart...

   A un autre moment de nos périples, c'est l'armée algérienne qui a dépanné les touristes coopérants qui devaient tous choisir le même moment pour se déplacer : les maigres vacances. Nous étions une douzaine sous la vaste tente couleur camouflage, serrés comme des sardines! Mais à 25 ans, nous n'étions point embourgeoisés...

   Un autre souvenir marquant : au petit hôtel de Biskra, il ne restait qu'une chambre de libre que nous avons réservée avec empressement. Au moment de sortir pour dîner, nous avons demandé la clé pour fermer notre porte. Le patron, imperturbable, nous a répondu qu'il n'y en avait qu'une pour toutes les chambres et quelqu'un l'avait déjà prise...

    Le vent de sable... Néophytes, nous en avions entendu parler par des coopérants endurcis qui rentraient de leur baroud d'avec le Sahara, couverts de sable, cuivrés de soleil, le devant de leurs voitures badigeonné d'une généreuse couche de graisse dont nous nous demandions encore l'utilité... Nous ne pouvions pas nous figurer la force acérée de ces minuscules grains, si fins et si doux au toucher, lorsque le vent, soulevé d'on ne sait où, les rabattait avec une agressivité inouïe, mettant à nu la carrosserie avec l'efficacité du papier de verre. Nous l'avons rencontré au sud d'El Goléa. En un instant, nous nous sommes retrouvés dans un brouillard impénétrable, composé de grains de sable tourbillonnants. Tout a disparu autour de nous : plus de piste, plus de soleil, nous avons perdu le nord dans tous les sens du terme... Les roues de la voiture ont été ensevelies et nous avons dû abandonner toute tentative de les dégager à cause des yeux pleins de sable. Nous nous sommes réfugiés à l'intérieur où notre petit guide attendait, impassible. Il n'y avait plus que ça à faire : attendre. Soudain, une camionnette fantôme a surgi du brouillard. En quelques minutes, les trois hommes ont remorqué notre 204 sur la piste qu'ils étaient seuls à reconnaître, dans la purée de pois chiche...

Voir les commentaires

Oeuvre de Gilbert * Sentiments interrompus (nouvelle, extrait)

6 Décembre 2010, 17:11pm

Publié par Flora

Petites-tombes-en-viager.jpg(...) Un kilomètre aller, à pas frileux, respirations bien cadencées, pour ne pas se mettre en nage et risquer une pneumonie; un kilomètre retour, en contournant les flaques d'eau où il aurait été si agréable de taper du pied; deux kilomètres funèbres et silencieux, lente caravane dont les oiseaux se moquaient et qui suscitait les éclats de rire du vent coincé parmi les châtaigniers. Parfois, après le demi-tour, Père prenait la parole, décrivant le sort des enfants pauvres condamnés à travailler dès leur plus jeune âge, à fumer, à boire, à se droguer ou victimes de la famine dans des pays lointains. Ces veinards ignoraient tout des joies de la famille.

   Une fois, Laurence avait essayé de mourir de faim, s'était tenue immobile devant l'assiette de potage, les mains à plat sur la nappe, le dos rigoureusement droit. Les réprimandes étaient venues bien vite, les allusions aux Ethiopiens, aux Nigériens et autres Somaliens, aux enfants martyrs que l'on envoyaient dans la rue, sans même une tartine. Simulant une envolée de ferveur mystique, elle avait alors prétendu jeûner pour les déshérités d'Afrique, afin de supporter une faible part de leur fardeau. Emu de tant d'amour, de tant d'humanité, Père s'était levé, ce qui est interdit au beau milieu d'un repas. déposant un baiser reconnaissant sur le front de sa fille, il eut ces mots terribles : "Tu es en train de mériter quelques jours de notre paradis." 

   Elle en resta figée, frissonnante de terreur. Loin de la dispenser de forêt, ce jeûne allait lui valoir le paradis aux ailes lourdes, aux longues allées désertées par les satyres, aux vitrines sans pâtisseries, aux vieilles paroissiennes tremblotantes? Il fallait manger au plus vite, se précipiter sur la soupe, en reprendre trois fois. C'était malheureusement un potage au tapioca, peu propice à la gourmandise. Et puis quelle image aurait-elle donnée en reniant les paroles qui lui avaient valu un baiser de Père? Elle résista près de trois jours, encouragée par l'admiration de Marc et d'Hélène qui voyaient en leur soeur la sainte qu'elle s'acharnait à ne pas devenir. (...)

extrait de la nouvelle "Sentiments interrompus" in Petites tombes en viager, éditions Quorum, 1998

Voir les commentaires

Par les frimas qui courent... (sanguine, 2010)

4 Décembre 2010, 19:53pm

Publié par Flora

IMG_NEW.jpg

Voir les commentaires

Trou noir

2 Décembre 2010, 11:45am

Publié par Flora

la-visite-copie-2.jpgJ'ai peur du noir. A la cinquantaine bien sonnée, cela semble risible mais c'est plus fort que moi. Un homme si costaud qu'on lui demanderait plutôt protection! Dans le noir, je redeviens petit garçon de deux ans, effrayé par l'énorme couverture qui m'enveloppe sans laisser passer la moindre lueur.

   Ma mère me punissait en m'enfermant dans un placard étroit. J'étais coincé parmi les balais et le seau, mais l'inconfort me rassurait par leur familiarité : au moins, ils meublaient un tant soit si peu le trou noir dans lequel la colère froide de ma mère me plongeait.

   Il y a longtemps qu'elle n'est plus de ce monde. Cependant, sa silhouette sèche se dresse dans ma mémoire, tel un point d'exclamation menaçant. J'aurais voulu me rendre invisible mais elle me débusquait partout, dans toutes mes cachettes. J'ai passé les années de mon enfance comme un petit animal traqué...

   J'ai beau fouiller ma mémoire, je ne trouve pas trace d'un seul geste de tendresse de sa part. C'est peut-être pour cette raison que j'ai perpétuellement froid : même dans les moments les plus torrides de l'été, un frisson peut me parcourir et je me mets à grelotter de tout mon corps...

   J'ai passé ma jeunesse dans une étrange dualité : d'une part, au moindre toucher, je sursautais et reculais violemment, comme brûlé à vif par le geste inattendu; d'autre part, j'éprouvais un besoin éperdu d'étreintes et de caresses. Difficile de trouver la compagne idéale dans ces conditions. J'y ai mis du temps. Il a fallu pour cela que je voie plus clair dans mon histoire. Il a fallu que je fasse connaissance avec le fantôme de cette inconnue qui avait été ma mère...

   Vous l'avez deviné : j'ai trouvé la clé de mes malheurs dans un petit coffret verrouillé, de couleur lie-de-vin, enfoui derrière les piles de draps sentant la lavande, légèrement jaunis car jamais servi. Ma mère reposait sous une dalle irisée depuis plus d'un an, quand j'ai forcé la serrure avec mon canif.

   "Né de père inconnu..." Sous le livret de famille, une lettre scellée qui n'a pas été dépliée depuis tant d'années... Elle a été écrite à deux mains, en bas de la page, les signatures : Ton père Robert et ta mère Geneviève. Mes grands-parents que je n'ai pas connus. Le texte, court, lapidaire, répudie leur fille unique, car on ne se fait pas violer sans raison... Surtout, en attrapant un bâtard pour déshonorer la famille! Une troisième enveloppe contenait une mèche de mes cheveux dorés. 

Voir les commentaires

Du calme plat...

30 Novembre 2010, 13:28pm

Publié par Flora

   sommeil.jpgUne connaissance virtuelle que j'appelle familièrement "ma p'tite Leyla"  -  non pas qu'elle soit réellement "petite" à la trentaine mais cet adjectif pallie au manque cruel de diminutifs affectifs dont le français est si avare  -  me pose l'autre jour la question si l'on ne pourrait pas imaginer une vie qui ne serait pas une montagne russe... Moi, du haut de ma sagesse toute relative due à mes titres de grand-mère patentée, lui ai répondu que ce n'était pas souhaitable.

   Du coup, sa question m'a invitée à une réflexion dont je n'ai pas fini le tour. Ma vie, comme celles de nous tous, est faite d'une succession de hauts et de bas. Des contraintes, des contentieux à régler, des obstacles à surmonter, des devoirs à accomplir, imposés par d'autres  -  voire par nous-mêmes  -  dans l'espoir d'apercevoir le bout du tunnel, avec la nette impression que celui-ci s'éloigne au fur et à mesure... Cette plage de repos ou de liberté en point de mire nous fait tellement envie qu'elle nous sert de moteur puissant pour avancer, pour l'atteindre.

   Pour la suite, je ne peux me référer qu'à mes propres sensations. Je suis de ceux qui échafaudent mille projets à la minute (j'exagère!), les gardant sous le coude, se délectant d'imaginer leur réalisation... Du coup, je me dépense tellement à cet exercice qu'il ne me reste plus assez d'énergie pour la finalisation. D'où le report au lendemain de beaucoup de débuts et de continuations. Cruel mais franc constat! Certains diront qu'il vaut mieux avoir des projets sous le coude que de nous demander, dans le désespoir de l'ennui, ce que nous pourrions faire pour meubler la vacuité de notre existence. Je m'accroche parfois à cette consolation.

   De temps à autres, je joue à imaginer le nirvana, ce bonheur suprême que le bouddhisme nous fait miroiter, évacuant tous nos désirs, sources de nos "montagnes russes". Les rares fois où il m'est arrivé de savourer la quiétude, c'était justement grâce à son contraste  avec le passage difficile qui la précédait. Rapidement, l'angoisse point à l'horizon : n'est-ce pas le calme plat qui précède la tempête? Juste pour nous faire baisser la garde et nous surprendre sans défense... Vous devinerez que j'ai du mal avec le "lâcher-prise"...

   Un dernier aspect, à ce stade de ma réflexion sans prétention : un état infini sans désir  -  quelle horreur! Une quiétude sans être bousculée par l'irruption de mes petites-filles dans ma solitude certes habitée, sans une obligation à accomplir même à reculons, j'aurais l'impression d'être remisée par la vie sur une voie de garage, en attendant la sortie définitive, les pieds devant... 

Voir les commentaires