Le blog de Flora

Pour la Journée des femmes...

8 Mars 2011, 15:11pm

Publié par Flora

Roy--Arundhati.jpg J'ai longuement hésité avant de formuler ces quelques phrases pour marquer la date. Je me méfie un peu de ces commémorations qui octroient une journée à une cause pour mieux l'oublier le reste du temps... Puis, je me suis dit que c'était une occasion à quelques fugaces réflexions... 

   Parfois, certaines personnes poussent le zèle à avancer l'idée qu'un monde dirigé par les femmes serait plus juste, plus paisible. Certes, il serait bon que les rênes du pouvoir soient mieux réparties entre les mains masculines et féminines. Mais placer autant d'espoir dans un pouvoir au féminin serait, à mon avis, illusoire. Je soupçonne la cause de ce crédit de confiance dans le simple fait qu'elles soient moins corrompues par l'exercice du pouvoir, tout simplement. Qu'elles doivent encore apporter leurs preuves dans ce domaine! Mais je doute que génétiquement, nous soyons mieux programmées à cet égard. 

   L'émancipation des femmes passe indiscutablement par leur autonomie économique. Une femme qui s'assume financièrement, par son travail surtout (je ne m'occupe pas de riches rentières), n'a pas besoin de "tuteur" pour tenir debout. Elle peut donc se respecter et exiger le respect envers elle. Du coup, la place traditionnelle de l'homme vacille: plus besoin de protecteur qui vous entretient et qui, en échange, peut avoir ses exigences. Pour qui vous remplissez le rôle de la mère irréprochable de ses enfants, de la fée du logis et du pot de fleurs décoratif à l'occasion... De plus en plus de femmes préfèrent s'assumer seules, fortes de leur indépendance acquise. Je ne suis pas de ces féministes enragées qui veulent exterminer la gent masculine pour vivre entre amazones. Je rêve d'un nouveau statut pour l'homme qui en ferait un partenaire intelligent, sans lui ôter pour autant la virilité...

dessin: portrait d'Arundhaty Roy, extraordinaire romancière indienne par R.T. (alias flora)

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Mante religieuse

6 Mars 2011, 16:37pm

Publié par Flora

DSCN0162 Je sais ce que l'on raconte derrière mon dos! Tu crois que je suis sourde et aveugle? Sourde, peut-être, un peu, surtout quand ça m'arrange... Ca me permet de m'isoler dans ma bulle et d'avoir la paix.

   Je suis veuve depuis au moins quinze ans, peut-être même un peu plus. J'ai cessé de compter. De toute façon, la mort de Raymond n'a pas changé grande chose. Il s'est éclipsé aussi discrètement qu'il avait vécu.

   Nous n'étions pas à notre première jeunesse, lorsque nous nous sommes mariés. J'allais sur mes 37 ans, lui un peu plus. Tu penses bien que ça n'a pas été le coup de foudre dévastateur! Les deux familles ont décidé pour nous. Vieux garçon solitaire, il vivotait avec son père, veuf, dans une vaste maison aux échos lugubres. Avec sa silhouette sèche et son profil de rapace triste, il était fait pour moi. Mes exigences ont toujours été au rabais: moi-même n'étant pas un prix de beauté... Il faut être lucide.

   Les noces ont été célébrées dans la stricte intimité, juste la famille proche. Je n'allais quand-même pas me déguiser en robe blanche et couronne de fleurs! 

   Pourtant, je t'avoue que je les aurais bien méritées! Dans le domaine de l'amour, je n'avais aucune expérience, aussi incroyable que cela puisse paraître pour quelqu'un comme toi. Ma vie s'écoulait sans relief entre travaux des champs et messe du dimanche. Les bals et les flirts n'étaient pas pour moi, je les fuyais même, sans l'ombre de jalousie pour ma soeur cadette, une vraie beauté.

   Après le repas, la famille m'a accompagnée chez le marié. Les invités se sont vite éclipsés, sans même un regard grivois pour notre couple bancal. Raymond n'était pas plus expérimenté, malgré ses 40 ans passés. Nous nous sommes soumis docilement aux événements qui devaient se dérouler selon l'ordre immuable des choses. Une impérieuse envie me poussait: je voulais un enfant qui donnerait sens à ma vie, aride comme un champ en friche. Un enfant qui rachèterait cette vie ratée, me prolongerait en m'assurant la survie à la mort, m'aiderait à conjurer la terreur devant l'inévitable disparition... Pour cela, j'ai été prête à tout sacrifice.

   Au bout d'un mois, je suis tombée enceinte. Aussitôt, mon mari, ayant perdu toute son utilité, s'est retrouvé éjecté du lit conjugal. Ne sois pas choquée: il n'était pas à plaindre! D'ailleurs, il s'y est résigné sans une parole, selon son habitude.

   Ma fille, je l'ai élevée pour moi. Elle ne m'a jamais quittée. Depuis que je suis veuve, elle s'est installée dans la maison, elle guette le moindre de mes soupirs, morte de peur à l'idée qu'il ne m'arrive quelque chose. J'avoue que cela me procure un grand sentiment de sécurité, de bien-être. On dit derrière mon dos que je suis une mégère possessive, que j'ai étouffé ma fille à petit feu. C'est injuste! Je lui ai tout donné. Elle me doit tout: elle me doit la vie. Il est normal qu'elle me la rende... 

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Repos (lavis d'encre, 1961)

2 Mars 2011, 10:42am

Publié par Flora

 

Etel-neni.jpg

Ce lavis date de 1961... Notre professeur de dessin a recruté cette vieille dame au marché.

Elle est venue poser, immobile, devant le groupe d'élèves de tout âge que notre prof réunissait

un après-midi par semaine, pour dessiner, peindre, visiter des expositions.

Pendant 4 ans, j'ai fréquenté ces après-midi qui constituent des meilleurs souvenirs

de mon âge de collégienne.

(Ce lavis est fait au pinceau et encre de Chine) 


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Bribes de mémoire 79. Petit retour à Istanbul

1 Mars 2011, 11:04am

Publié par Flora

st sophiePetit retour à Istanbul... Nous en sommes à la première année de notre séjour. Nous habitons au grand carrefour de la Fıruzaĝa camii, que nous appelons "Mosquée rose" et qui devient "Mosquée verte" quelques années plus tard, à la suite d'une rénovation de la façade (sur la photo, c'est la monumentale Sainte-Sophie sous la neige, la même année). Notre immeuble fait l'angle en face de la mosquée, le minaret trapu à quelque 20 m de notre balcon. Ainsi, les appels à la prière rythment mes journées (et une partie de la nuit), les haut-parleurs braqués sur nos fenêtres.

   L'appartement est très agréable, lumineux, refait à neuf et à un loyer abordable. Ce dernier aspect est dû au fait que nous n'avons pas la vue sur le Bosphore ou la Corne d'Or, obsession de tous les Français du quartier de Cihangir. Avec le temps, quelques autres inconvénients font surface. En premier lieu, les coupures d'eau permanentes. A l'époque à Istanbul, si l'immeuble ne possède pas un énorme réservoir d'eau, les locataires n'ont, au mieux, que quelques heures d'un maigre filet par jour. Idem pour le gaz: la pression est si basse que tout le monde se fait livrer des bouteilles de gaz.

   Nous sommes vraiment des novices et cette première année est destinée à nous forger quelques expériences. Par exemple, le petit réservoir individuel dans la salle de bains aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Mais nous sommes trop pressés de quitter la chambre exiguë de l'hôtel où nous nous entassons à trois depuis 15 jours.

   En principe, le fonctionnement du réservoir est automatique: le robinet de l'arrivée d'eau s'ouvre tout seul et se ferme automatiquement lorsque le réservoir est plein. Cela se produit généralement aux alentours de 2 heures du matin et s'annonce avec force de gargouillements qui sonnent doux à nos oreilles, malgré l'heure tardive: il y aura de l'eau pour demain!

   Avec le temps, nous acquérons un rythme et une organisation confortables, jusqu'à la panne qui doit fatalement arriver! Nous nous réveillons à l'inondation massive de notre appartement due au robinet qui se refuse soudain à tout automatisme. Nous épongeons une bonne partie de la nuit. A partir de ce moment, nous devons guetter l'arrivée de l'eau et le remplissage du réservoir, pour l'ouvrir et le refermer manuellement... En pleine nuit.

   Je cois que j'ai fait le tour de tous les plombiers (nombreux) du quartier mais aucun ne trouve la solution. Au bout d'un an, de guerre lasse, je me remets à la recherche d'un nouvel appartement, avec vue sur le Bosphore, et ma première question, avant même le montant du loyer, sera: "Y a-t-il un réservoir?"... 

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György SOMLYÓ (1920-2006) : Elle dort (Alszik)

26 Février 2011, 19:00pm

Publié par Flora

object.496bbd31-7d0c-4ad7-b3c1-cef604bd652e.ivy.jpeg  György Somlyó, grand poète de la génération de l'après-guerre, fils du poète Zoltán Somlyó. Poète, essayiste, traducteur de Valéry, Balzac, Shakespeare, Borges, Anouilh, Gide etc., a vécu quelques années en France et en Italie. Le poème ci-dessous est traduit par ses propres soins.

ELLE DORT

 

Elle dort. La couverture a glissé. Les plis

Voilent et puis dévoilent ses contours, sa forme.

Elle a comme la mer son flux et son reflux,

Elle a comme la mer la lumière sur elle.

 

Comme la mer elle est immobile et tremblante.

Elle filtre les bruits les plus menus du jour

Tout en touchant à quelque chose d'éternel

Dans la conscience engloutie, on ne sait où.

 

Elle dort, calme planète au sein de l'éther

Qui lui forme le lit. Qui sait combien de fois

Elle tourne dans le champ des gravitations

 

Du rêve inexplorable où l'on ne peut la suivre!

Elle emplit du secret qui dans son corps palpite

Tout un moment de l'univers qui la contient.

 

ALSZIK

 

Alszik. Válláról lecsúszott a paplan,

a redők váltva el- és felfedik idomait,
süllyed s emelkedik, mint a tenger,
megcsillanva a napban.

Mint a tenger, rengő és mozdulatlan,
s míg szűri az élet csöpp neszeit,
most örök dolgokkal érintkezik
valahol az elmerült öntudatban.

Alszik. Fényes, nyugodt bolygó az ágy egén,
s ki tudja, hány rotációban kering
az álom égi-holdi földi vonzása közt


fel nem kutathatón?

Teste lüktető titkával kitölti

a mindenségnek egy pillanatát.

traduction: György Somlyó

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Ambiance de salon 2009...

23 Février 2011, 14:24pm

Publié par Flora

Paris 2006Le Salon de l'Agriculture est assez rapidement suivi par celui de la culture tout court, dans ce hall N°1 du Parc des Expositions de la Porte de Versailles, où pendant les premiers jours du Salon du Livre flottent encore quelques effluves laissés par les vaches et les cochons... En 2009, au bout de presque 10 ans, je termine ma dernière participation d'exposant. La décision mûrit et j'entame mon cahier de brouillon rouge qui ne me quitte plus désormais. L'atmosphère laisse présager quelques changements d'itinéraire... Alors, je noircis le cahier sans relâche, au gré des idées qui passent...

Lundi 16 mars 2009: aujourd'hui, journée des professionnels; libraires, bibliothécaires, traînant leurs immanquables valises, l'oeil hagard mais encore frais le matin. Vers 16-17 heures, les valises seront lourdes et les traits distendus...

    Troupeaux d'agents candides de la culture... Aurai-je à regretter le droit d'avoir la gueule blasée des gens in que j'arbore actuellement? Les regrets viendront inévitablement après...

   Je pique du nez dans mon "Perroquet...". Il n'y a même plus de café sur le stand. La dame avec son histoire familiale se rebiffe, déçue que ça ne parte pas comme des petits pains. Pensez-vous, le Salon du Livre de Paris! Et la journée des professionnels, jour où personne n'achète! (nous, les vieux briscards le savons très bien...) Elle s'installe à la table des dédicaces, d'où elle harponne vainement le chaland indécis et fuyant.

   Au fond, c'est fascinant, ce stylo feutre qui court inlassablement sur du papier blanc, laissant derrière lui des  gribouillis qui restituent à la lecture, miraculeusement, la pensée écrite! Je m'émerveille de ces petites évidences dont on ne cherche même pas à constater l'existence, la plupart du temps: l'ampoule électrique d'où jaillit la lumière, le robinet qui libère la source de la vie, chaude, froide à souhait, alors que j'ai encore le souvenir de la corvée d'eau du coin de la rue, de la fontaine, à 100 m de la maison. Le grand progrès du robinet dans la cour! Mon père a longuement résisté ensuite pour percer le mur, afin de faire entrer l'eau dans la maison. Ma mère, toujours à la pointe du progrès, poussait avec acharnement contre la résistance paternelle. De guerre lasse, il cédait, après d'âpres années de combats, contre les WC dans la maison... qui pouvaient ainsi suppléer le cabanon du fond de cour où, par -25° en hiver, nous ne nous attardions que le temps strictement nécessaire. La nuit, par pitié pour les enfants, un grand pot en faïence blanche était autorisé à pénétrer dans la maison et uniquement pour la mauvaise saison. Les adultes continuaient à être obligés de fréquenter le fond de la cour.

   La vieille dame se prend vraiment pour un écrivain, à avoir pondu un livre. C'est bien pour son âge: avant de mourir, elle peut grossir le tas des livres à satisfaction minuscule et individuelle d'avoir existé et de disparaître aussitôt. Encore une fois, faut-il la masse pléthorique des médiocres ou pire, pour qu'émerge le génie? C'est peut-être aussi simple que ça...  

 

 

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Oeuvre de Gilbert * Pavés du Nord (roman, extrait)

21 Février 2011, 12:02pm

Publié par Flora

   Pav-s-du-Nord.jpgUn vide a succédé au coup de feu. Tout est noir, sauf le brouillard qui dérive lentement, emportant les Rossi. Aucune douleur dans la tête de Coron ni dans celle de Raymonde. Les deux corps gisent au sol, rigides. Blandine s'est tue. Elle a glissé la lettre entre ses seins, vidé le panier, rangé la nourriture dans le placard de la loge. Elle marche dans le théâtre, évitant les obstacles, les débris des fauteuils, les gravats, les déchets.

   Avant sa mort, elle n'est venue qu'une fois dans la grande salle. C'était un mois avant la fermeture du cinéma. On repassait "Blanche Neige". Une image garde place dans la mémoire fragile du fantôme : une pomme que l'on mange avant de chavirer sous le rire écrasant d'une sorcière hideuse, vieille femme maléfique, capable de tuer avec de l'encre mauve.

   Le noir est devenu grisaille, rideau opaque parfois percé d'étincelles roses. Coron n'est plus sur le trottoir. Il gît parmi les herbes folles, au pied d'un reine-claudier. Comment s'est-il traîné dans le jardin de sa maîtresse? Il ne s'en souvient plus, ignore où il se trouve. Une grille de rosée s'agite devant ses yeux. L'araignée en son centre veille sur les lignes humides. Le chat ne le remarque pas. Son corps déchire la toile sans intention de nuire ; toute notion de plaisir s'est éloignée de lui. Après l'herbe viennent les dalles qui poursuivent l'allée jusqu'à l'entrée de la cuisine. Des pierres froides aux pattes. Coron s'écarte immédiatement dans la verdure, évite de justesse les feuilles d'un chardon. (...)

Gilbert Millet : "Pavés du Nord" édition Quorum 1997 

   

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Promenade du dimanche (sanguine, 2010)

18 Février 2011, 13:05pm

Publié par Flora

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Sol invictus

17 Février 2011, 13:48pm

Publié par Flora

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   Les livres savants nous apprennent que la lumière intense, le soleil déclenche dans notre cerveau la sécrétion d'une hormone, la sérotonine, un neurotransmetteur qui se met à booster  tout d'un coup nos énergies somnolentes par des mois interminables passés à la lumière tamisée. La période obscure, plus nous allons vers le nord, plus elle nous rend apathiques, sous l'emprise de la mélatonine, sa soeur jumelle qui donne le signal au cerveau qu'il est temps de tout ralentir, voire passer sous la couette... 

   Ce matin, pour la première fois depuis des mois, c'est l'image de cette photo qui m'a reçue dans mon séjour. Je me sens revivre, j'ai envie de sortir, de rattraper mille choses remises à plus tard. Mes gènes, sans doute programmés pour le climat continental très contrasté de ma Hongrie natale, ont du mal à s'habituer à ce climat océanique du nord de la France où règne la demi-saison, où il ne fait jamais vraiment froid mais jamais très chaud non plus et surtout, où la lumière est à portion congrue. Ainsi, à la moindre renaissance du soleil, les rues, les terrasses des cafés se remplissent de monde pour fêter le dieu antique, Sol Invictus!

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Dezső Kosztolányi (1885-1936) : Ode de février (Februári óda)

14 Février 2011, 09:26am

Publié par Flora

Février sans fin, février sans lumière, il nous inspire rarement des idées guillerettes! Après Kosztolányi le romancier, voici le poète. Un de ses derniers poèmes, écrit en 1935, l'année précédant sa mort précoce, déjà très malade du cancer de la gencive... 

 

ODE DE FEVRIER

Ah, dans quelle fosse, dans quelle obscurité, ce février

Me fera-t-il tomber? Elle s'éteint

La lueur de mes astres. Bien terrible est le mal

Qui me terrasse.

 

Mon destin, embusqué dans un brouillard douteux,

Le voici maintenant près de moi. C'est ce loup

Déambulant, les dents dehors, là, dans ma chambre tiède,

Sur le tapis.

 

J'ai peur, je voudrais fuir. Où donc aller,

Où donc courir? C'est inutile et je m'affole et frappe

Et je me cogne à la porte de fer.

Elle est fermée.

 

Toi seule, ma bien-aimée, tu es là, comme une ombre,

Dans un lointain, effacée, pâle et raide,

Et veuve tu deviens de ce mari défunt qui t'abandonne

Traîtreusement.

 

Tu n'as pas encore de paroles creuses dans la bouche,

Tu ne me passes pas en cachette de la consolation,

Tu es là comme la sobre et merveilleuse réalité,

Grande et fidèle comme la mort.

 

J'en viens à oublier les palmiers de cette maison pour malades,

J'en oublie le sombre midi de cet hiver,

Et des profondeurs je pousse un cri vers les hauteurs

Dans la lumière.

 

C'était bon : parcourir avec toi les contrées amères

Dans la boue de cette planète, les champs mauvais,

Douce mère de mon bonheur,

Ma compagne dans le malheur.

 

Je ne me suis jamais aimé.

Toi, tu m'aimais et ta bonté, ta très simple bonté

Fut si rapide et si brûlante

Que tu m'as rejoint.

 

Lorsque le vent soufflait je n'avais pas l'idée

Que j'allais prendre froid

Mais déjà, devançant mon égoïsme, tu disais :

"Ne prends pas froid".

 

Et c'est ainsi, vois-tu, que je fais ton éloge objectif et précis,

Je le fais en bonne et due forme, tu y as droit,

Puisque tu fus toujours sans façons, aussi simple

Que le soleil dans son rayonnement.

 

Au milieu des scalpels et le destin sur mes épaules,

Je te chante, enfermé dans mon infirmité,

Moi sans bouche, avec ces plaies qu'il y a dans ma bouche,

Toi, la grandeur humaine.

1935

traduction : T. Gorilovics

 

FEBRUÁRI ÓDA

Jaj, mily gödörbe buktat e február,
mily mély homályba? Csillagaim hunyó
világa hamvad. Földre ver le
szörnyü betegség.

Sorsom, mely eddig tétova ködbe bújt
egyszerre itt van, szőnyeges és meleg
szobámba sétál, mint a farkas,
rám vicsorogva.

Ijedve futnék, ámde hová lehet?
Nincsen menekvés, zörgetek esztelen,
kemény kilincsen és vasajtón
koppan a szándék.

Csupán te állsz itt, kedvesem, árny gyanánt,
távolba mosva, sápatag és merőn,
már mint az özvegy, kit halott férj
hűtlenül elhágy.

Még sincs üres szó ajkadon, és hazug
vigaszt se súgsz te. Mint a csodálatos
józan való vagy, és a hűség
s mint a halál nagy.

El is felejtem a szanatórium
pálmáit és a téli-sötét delet,
s a mélyből a fényes magasba
fölkiabálok.

Jó volt tevéled járni a sárgolyó
üröm-vidékét, a keserű mezőt,
ó boldogságom édesanyja,
társam a rosszban.

Én nem szerettem önmagamat soha.
De te szerettél. Egyszerű és igaz
jóságod oly gyors, lángoló volt,
hogy utolértél.

Ha fújt a szél, még át se cikázhatott
a gondolat, hogy "meghülök", amikor
önzésem is előzve: "meghűlsz",
már te kimondtad.

Lásd, így dicsérlek szakszerü, tárgyias,
pontos szavakkal, úgy, ahogy illet ez,
mert köznapi voltál te mindég,
mint a verőfény.

Kések között, a végzet a vállamon,
téged dalollak, még nyomorékul is,
száj nélkül is, szájamba sebbel,
emberi nagyság.

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