Attila József (1905-1937) : Ode (Óda) 5. et fin
Voici les accords finals de la symphonie : fin du vertige, apaisement.
L'éloge de la matérialité peut choquer les âmes sensibles pour qui la poésie ne franchit pas la barrière de la peau et doit parler de la beauté visible et de l'âme invisible...
Mais devant les lois vertigineuses et pures du cosmos notre existence terre à terre bégaie...
La femme à qui s'adresse ce poème est une presque inconnue, rencontrée par hasard et très brièvement, devenue symbole de la femme aimée. Certains prétendent que c'est la grande Absente, cette mère impossible à aimer qui n'a cessé de l'abandonner... Mais cet analyse nous mènerait beaucoup plus loin...
Comme des caillots
De sang, ces mots
Tombent devant toi.
L'existence bégaie.
Seules parlent purement les lois...
Mes organes industrieux qui m'enfantent de nouveau
Chaque jour se préparent déjà, je le sais,
A se taire à jamais.
Mais ils clameront tous, jusqu'à l'heure de ma fin :
Ô toi qui fus choisie parmi la multitude
De deux milliards d'être humains,
Ô toi l'unique! Ô toi doux berceau!
Vivante couche! Puissant tombeau!
Accueille-moi dans ton sein!
(Ce plein-cintre du petit jour, comme il est haut!
Des armées brillent au coeur de ces métaux.
Mes yeux sont éblouis par la vive clarté;
Je suis perdu, je crois,
Et j'entends mon coeur battre de l'aile et claquer
Au-dessus de moi.)
Chanson subsidiaire
Le train m'entraîne. Je viens te rejoindre.
Dès aujourd'hui, qui sait, je peux t'atteindre...
Alors le feu de mon front s'éteindra.
Mais, tout bas, peut-être, tu me diras :
"Va donc prendre un bain; j'ai ouvert l'eau tiède,
Pour te sécher, voilà une serviette.
Si tu as faim, la viande est à chauffer.
Ton lit est toujours où je suis couchée."
traduction: Jean Rousselot