Le blog de Flora

Retour sur terre

30 Août 2011, 23:18pm

Publié par Flora

DSCN0526.JPG L'atterrissage est difficile... Je tente une prudente ré-acclimatation, pas à pas, après seulement un peu plus de 15 jours d'absence, mais quel dépaysement! Je regagne mes 16-18° sous un ciel gris, après avoir quitté un été véritable, un soleil ardent qui a fait grimper le thermomètre jusqu'à 44°... Sensation étrange d'avoir plus chaud à l'extérieur qu'à l'intérieur de sa tête... Ca, c'était dans le sud-est de la Hongrie, la semaine dernière... Beaucoup de retrouvailles, parfois inattendues, famille, famille, soleil, chaleur...

   Cependant, ce sont les 3 premiers jours des vacances qui m'ont marquée. Une halte à Venise. Une destination banalisée par la masse de touristes que la ville engloutit tous les ans. Pour certains, le voyage de leur vie. Pour d'autres, retour répété, nostalgique. Pour moi, une envie que je croyais à jamais inassouvie, et je m'y suis résignée. Il y a tant de rêves qui restent en suspens: l'essentiel n'est-il pas d'en avoir encore? Nous avions projeté ce voyage avec Gilbert, en 2005. L'évolution de sa maladie en a décidé autrement. Et tout d'un coup, mon fils m'offre ce cadeau... Dans le vaporetto nous amenant place San Marco, l'émotion me submerge: tant de beauté quasi sans une fausse note, concentrée dans un seul endroit est suffocant. Ceux qui me connaissent savent que je ne pleure pas facilement, surtout en public. Derrière mes lunettes de soleil, mes larmes coulent sans retenue.

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   Nous avons beaucoup arpenté les rues, traversé des canaux par les innombrables petits ponts bossus pour laisser passer les gondoliers debout à l'arrière de leurs barques finement élancées. Mes petites-filles trottinaient bravement, demandant parfois à être portées sur les épaules de papa ou de maman. Je ne voulais pas leur infliger les visites de tous les musées, seulement le Palais des Doges. Je voulais surtout m'imprégner de l'atmosphère unique de la ville, secrète comme sous un masque: on ne peut deviner ce qui se cache en-dessous... Beauté divine ou laideur défraîchie?... Les façades sont d'une splendeur à couper le souffle, même dans leur délabrement émouvant. Cette décrépitude due à l'humidité fait partie du charme, elle appartient à leur vérité.

   La fière république vénitienne qui a choisi Saint Marc comme emblème pour mieux affirmer son indépendance. La Sérénissime! Une ville qui est un personnage. Enigmatique, séductrice comme une ombre masquée qui nous attire irrémédiablement dans les dédales de ses secrets... 

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Pause estivale...

11 Août 2011, 09:34am

Publié par Flora

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J'ai emprunté une des énigmatiques et fantastiques "têtes bleues" d'Odilon Redon,

intitulée "La Cellule d'or"

qui m'a retenue très longtemps

pendant la rétrospective du printemps dernier au Grand Palais,

pour vous souhaiter un bel été avec le retour du soleil.

Tous rechargés d'émotions nouvelles,

le regard frais et rajeuni,

donnons-nous rendez-vous à la rentrée! 

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L'Amour: un marronnier?...

6 Août 2011, 19:51pm

Publié par Flora

Par ces temps estivaux, tout le monde peut remarquer la recrudescence d'articles sur la séduction, voire plus torrides encore, comme si le corps, mais au moins l'esprit en vacances avaient besoin d'un peu de frivolité... Même les organes de presse les plus sérieux s'y mettent... alors pourquoi ne pas tenter de composer un petit bouquet de citations autour de ce thème éternel?

 

"Être aimé, c'est se consumer dans la flamme. Aimer, c'est luire d'une lumière inépuisable. Être aimé, c'est passer; aimer, c'est durer."  (Rilke) 

 

"Il y a seulement de la malchance à n'être pas aimé: il y a du malheur à ne point aimer." (Camus)

 

"Être belle et aimée, ce n'est être que femme. Être laide et savoir se faire aimer, c'est être princesse."  (Barbey d'Aurevilly)

 

"L'amour, c'est l'infini mis à la portée des caniches."  (Céline)

 

"Je ne cherche en aimant que le seul bien d'aimer."  (Corneille)

 

"L'amour n'est que le roman du coeur: c'est le plaisir qui en est l'histoire." (Beaumarchais)

 

Le thème étant inépuisable, nous nous permettrons d'y revenir ultérieurement.

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Colette, vieille (crayon sépia, 1996)

1 Août 2011, 12:36pm

Publié par Flora

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Un clin d'oeil à Michel Cristofol

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La mort d'Ágota Kristof (1935-2011)

27 Juillet 2011, 19:43pm

Publié par Flora

agota_kristof_kicsi.jpg  Ágota Kristof vient de mourir ce matin. Qui ne connaît pas l'auteur du roman "Le grand cahier"? Il a paru en 1987, apportant à son auteur la renommée internationale. Les romans de Ágota Kristof sont traduits en une quarantaine de langues, elle a été lauréate d'innombrables prix littéraires prestigieux. 

   Notre revue "Hauteurs" lui a consacré un long et très intéressant article par l'écrivain hongrois András Petőcz, dans son N° 19 de mars 2006 sur la francophonie. Car Ágota Kristof est née en Hongrie et elle a quitté le pays en 1956, pendant les mois des bouleversements ayant suivi la révolte: une véritable hémorragie touchant surtout la jeunesse éprise de liberté.

   Elle a traversé la frontière à pied, avec un bébé sur le bras et a atterri à Neuchâtel, en Suisse, devenue son pays d'adoption. Elle travaillait depuis longtemps dans une usine d'horlogerie lorsqu'elle a commencé à écrire: d'abord de la poésie en hongrois, puis "Le grand cahier", son roman fondamental, en français. Certains critiques ont relevé l'originalité du style: les phrases courtes et dépouillées, écrites exclusivement au présent. Cela prête une tension dramatique particulière au récit, alors que, probablement, Ágota Kristof voulait simplement contourner les multiples pièges du temps "passé" dans la langue française (que moi, je ressens aussi d'une cruelle façon: en hongrois, il n'y a qu'un "passé"...) 

   Après la Trilogie  (Le grand cahier, La preuve  et Le troisième mensonge) et Hier , elle publie L'Analphabète en 2004, pour formuler pour elle-même sa relation à la langue française: "Je parle le français depuis plus de trente ans, je l'écris depuis vingt ans, mais je ne le connais toujours pas. Je ne le parle pas sans faute, et je ne peux l'écrire qu'avec l'aide de dictionnaires fréquemment consultés. C'est pour cette raison que j'appelle la langue française une langue ennemie, elle aussi. Il y a encore une autre raison, et c'est la plus grave: cette langue est en train de tuer ma langue maternelle." Je peux comprendre profondément ses difficultés pour essayer d'apprivoiser cette grande séductrice qui vous attire dans son filet, sans avoir besoin de vous... La traiter d'ennemie, je refuse. Elle n'a rien demandé...

 

De nombreux échos, interview sur le blog remarquable de Jean-Pierre sur la Hongrie: http://mardishongrois.blogspot.com/ 

 

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Forteresse

26 Juillet 2011, 19:10pm

Publié par Flora

La-Tricoteuse_2.jpg   Armelle se retrouve orpheline, "en première ligne", sans la génération d'avant pour faire barrage à la mort. Seule, elle est irrémédiablement seule maintenant, sans pouvoir s'abriter derrière les soucis et les colères du quotidien, causés par une mère grincheuse et obstinée.

   Que faire des objets hétéroclites rassemblés durant les 86 ans de l'existence maternelle? Sa mère a toujours eu beaucoup de mal à jeter le moindre bric-à-brac, transformant la maisonnette en un caverne de brocanteur. Dans l'armoire à linge, Armelle découvre d'innombrables piles de draps et de serviettes, de torchons intacts, conservés pour les cas d'un besoin inattendu, pour en faire cadeau aussi, comme d'un bon de trésor censé traverser des époques mouvementées. 

   Armelle a souvent incité sa mère à faire le tri autour d'elle, toujours sans résultat. Plus le temps avançait, moins la vieille dame supportait l'idée de se séparer du moindre bibelot, aussi inutile qu'encombrant. Trois gaufriers somnolaient sur une étagère de la cave, en compagnie d'abat-jour d'un autre âge et des pots de peinture entamés depuis quarante ans... Des fils électriques mystérieux et des chaises boiteuses mais qui "pourraient encore servir, on ne sait jamais!" Cave et grenier remplis, les piles commençaient à envahir l'espace de vie.  La vieille femme a fini par circuler dans des couloirs étroits, entre cuisine et séjour, chambre et salle de bain. Parfois, Armelle s'est dévouée pour entamer un tri, armée de grands sacs de poubelle. Une fois le dos tourné, elle pouvait constater que les journaux et revues jaunis, les cassettes inutilisables, les assiettes ébréchées, les tasses mutilées retrouvaient leurs places empoussiérées. Sa mère a toujours eu la sensation que l'on voulait jeter une partie de son passé avec ces objets imprégnés de la mémoire vive de son existence. Elle y opposait un refus implacable.

   A présent, elle n'est plus là, partie en fumée et en cendres, emportant avec elle le minimum. Sa forteresse, érigée patiemment durant des décennies, derrière laquelle elle tentait d'abriter les désordres de sa vie, reste béante malgré l'impressionnante quantité d'objets. Armelle est libre désormais de les jeter. Elle entreprend de les ranger, les caresser au passage, comme les traces vivantes et indélébiles d'une présence.

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János Pilinszky (1921- 1981) * Je crois bien

25 Juillet 2011, 13:57pm

Publié par Flora

 

 JE CROIS BIEN
 
Je crois bien que je t'aime;
les yeux clos, je pleure par ta vie.
Cependant vois-tu, les dieux,
la poussière et le temps
dressent de si lourdes collines
entre nous,
que parfois, de l'amour
l'angoisse misérable 
et le vertige me saisissent.
 
Alors, au fond de mon lit j'ai peur
comme la nature à minuit,
silencieuse et immobile.
 
Puis, 
je crois de nouveau que nous sommes l'un à l'autre,
que ma main rejoint la tienne.
traduction: R.T. (alias flora) avec la collaboration de Muriel Verstichel
 
AZT HISZEM
 
Azt hiszem, hogy szeretlek;
lehúnyt szemmel sírok azon, hogy élsz.
De láthatod, az istenek,
a por, meg az idő
mégis oly súlyos buckákat emel
közéd-közém,
hogy olykor elfog a
szeretet tériszonya és
kicsinyes aggodalma.
 
Ilyenkor ágyba bújva félek,
mint a természet éjfél idején,
hangtalanúl és jelzés nélkűl.
 
Azután
újra hiszem, hogy összetartozunk,
hogy kezemet kezedbe tettem.
                                            
 (1971)

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Baudelaire (vieux portrait au stylo bille de mes 18 ans...)

19 Juillet 2011, 20:05pm

Publié par Flora

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 Une esquisse provenant d'un antique cahier à croquis.

J'en ai gardé plusieurs, ils m'accompagnaient partout, le sujet était partout.

Le dessin était mon passe-temps favori, avec la lecture, pendant mon adolescence.

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De l'âme des objets...

18 Juillet 2011, 17:24pm

Publié par Flora

DSCN0157.JPG  Parfois, comme beaucoup d'entre nous, je me sens submergée, envahie par des objets dont certains m'accompagnent depuis des décennies. Pour me rappeler les différentes "stations" de mes pérégrinations, comme imprégnés par ce que j'ai vécu. A chaque étape, de nouveaux objets s'ajoutent aux anciens, pour vivre en harmonie dans leur joyeuse et pagailleuse diversité. Souvent, ils ont peu de valeur marchande.

   Ils permettent de rompre la linéarité de mes souvenirs, sautant de coq à l'âne. Ils évoquent, ressuscitent instantanément des images, des parfums, de la chaleur ou des frissons sur la peau, une ambiance en somme.

   Dans mon placard, je garde un vieux châle noir, en laine bouclée, avec des franges. Un Berliner. Il a appartenu à ma grand-mère paternelle qui ne l'avait presque pas porté, l'ayant conservé pour les grands jours qui étaient rares. A chaque fois, c'est elle que je revois derrière ce bout de tissu, son visage ridé dans le cadre de l'immanquable foulard, son regard qui a conservé tout son mystère, car elle ne m'avait jamais raconté sa vie...

   Ce petit kilim rappelle notre premier voyage, en février, d'Istanbul vers la mer Egée. Après les pentes vertigineuses, balayées par des bourrasques violentes de l'antique théâtre de Pergame, nous sommes conviés dans une maisonnette sans prétention. Nous nous déchaussons pour nous asseoir  dans la propreté immaculée, recouverte de kilims, de l'unique pièce à vivre et à dormir. Nous dégustons le thé traditionnel mais notre conversation est encore extrêmement dépouillée, au bout de quelques mois en Turquie. La maîtresse des lieux nous propose des foulards blancs, brodés de ses mains qui ne doivent jamais rester désoeuvrées. Nous prenons aussi ce petit cicim (pron. "djidjime") d'un mètre carré environ, sans doute pas très ancien mais nous commençons juste à nous initier. Avant de partir, notre hôte me fait cadeau d'une petite lampe à huile ébréchée en terre cuite, trouvée dans les ruines. Je n'y connais rien, je ne peux pas l'apprécier à sa juste valeur. D'ailleurs, elle n'en a qu'une, à mes yeux: celle de cet instant, d'une petite passerelle entre deux âmes...

   Une lettre de mon père... Il appuie fort sur le stylo car ses mains sont habituées au travail physique qui demande une grande fermeté du geste. Derrière sa belle écriture liée, énergique, dépourvue de fautes d'orthographe, régulièrement penchée vers la droite, je ressens le brillant élève qu'il aurait pu devenir si... Eternels regrets devant la fatalité qui nous place dans telle ou telle circonstance historique... Je suis particulièrement touchée par des manuscrits. Nous y sommes présents, comme si nos mains transmettaient une part intime de notre être, dévoilée indépendamment de notre volonté. Prendre un stylo, c'est prendre la peine de toucher le destinataire de la main, de lui abandonner une trace de notre passage... Ainsi, mes grands-parents, mes parents, des amis et des amours resteront près de moi jusqu'à la limite de nos éternités respectives...

   "Objets inanimés, avez vous donc une âme

    Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer..."

Merci à Mimi qui se reconnaîtra, pour ces vers de Lamartine.

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Oeuvre de Gilbert * Énigmes (nouvelle, extrait)

11 Juillet 2011, 15:56pm

Publié par Flora

Les morts se suivent..(...) dans sa vie, tout s'est toujours passé brutalement. Les impulsions majeures ont surgi sans qu'il puisse se les expliquer, sans même qu'il en ait envie. Au moment où il aurait pu se poser des questions, tout avait déjà basculé. Il a vingt et un an. Béatrice doit se marier le lendemain. On lui a déniché, à moins qu'elle n'y soit parvenue elle-même, l'unique descendant d'un moustachu poivre et sel, partenaire de golf du célèbre avocat qui lui sert toujours de père et dont les trajectoires amoureuses interceptent celles des servantes interchangeables avec un rythme moins soutenu qu'autrefois. Béatrice est ravie: Jean-Rodolphe est le plus charmant garçon du monde puisque toutes les demoiselles de ses amies ont vainement tenté de le lui arracher.

   Béatrice est ravie, sa mère l'est donc aussi, elle qui n'aspire qu'à vivre dans l'harmonie, quitte à fermer lesyeux au bon moment, ou à oublier de les rouvrir. L'adorable moustachu l'honore de ses meilleures plaisanteries et elle s'évertue à en rire. Comment ne serait-il pas spirituel cet homme qui a le bon goût de posséder la plus grosse société pharmaceutique du pays?

   Raymond Liénant est le seul à ne pas goûter la grandeur de l'instant mais cela ne chagrine personne. Il y a longtemps que l'on s'est habitué à ne plus lui prêter attention, précisément depuis le jour où, dédaignant la faculté de droit, il a commis le sacrilège de s'inscrire aux beaux-arts. Comme si la sculpture pouvait offrir une carrière respectable, comme si les jeunes filles bien élevées, et leurs familles, pouvaient s'intéresser à un brasseur d'argile, un égratigneur de marbre, aux cheveux trop longs, aux vêtements trop colorés.

   Le goût de la sculpture lui est d'ailleurs rapidement passé, le temps de comprendre que l'immobilité appartenait à l'oeuvre, pas à celui qui la façonnait. L'astronomie à laquelle il s'adonne maintenant s'avère, de ce point de vue, moins décevante. L'observateur peut s'y montrer aussi statique que son modèle céleste, aussi patient. Mais la patience n'est pas tout. Aussi, lorsque ses dons aspirent à se manifester dans des domaines plus changeants, il part à l'aventure, de rue en rue, en ces lieux grouillants où l'imprévu ne peut manquer de s'offrir.

in "Les morts se suivent et se ressemblent"  recueil de nouvelles  éd. Manya 1992

 

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