Le blog de Flora

Vieux portrait des années soixante...

18 Mars 2011, 15:09pm

Publié par Flora

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Ma grand-mère maternelle, Mária... Elle est née en 1898, décédée en 1979...

J'ai fait ce portrait d'elle pendant des vacances d'été que je passais souvent chez mes grands-parents maternels, à l'autre bout du pays (cette autre extrémité faisait un peu moins de 400 km...).

Cela devait être au milieu des années 60, lorsque j'étais encore lycéenne.

Ma mère a gardé d'elle une photo ancienne : très belle jeune fille élancée, port de tête fier et un regard à damner tous les soupirants... De fait, mon grand-père y avait succombé, à vie... 

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A quoi sert un "Journal..."?

17 Mars 2011, 12:05pm

Publié par Flora

ilo-pour-l-Impertinente.jpg J'ai entamé ce cahier de brouillons il y a tout juste 2 ans, pendant mon dernier Salon du Livre à Paris, pour meubler la lassitude profonde qui m'a saisie sur le stand. J'en suis à la page 118, d'une écriture serrée. C'est devenu une addiction, un besoin presque viscéral. Pour usage strictement personnel, car je suis loin d'être persuadée de son intérêt pour quiconque d'autre que moi... Je ne cesse, d'ailleurs, de me poser la question à ce sujet: pourquoi ai-je ce besoin irrésistible? Je recopie ici un petit extrait qui tente de répondre à cette question (prenant le risque de n'intéresser personne, tant pis...). 

dimanche 3 octobre 2010Mon anniversaire approche: ** ans. Incroyable. Ai-je vraiment traversé ces années-là? Il faudra, peut-être, que j'écrive un petit bilan à cette occasion... Mais, qui dit bilan, dit pesée, fin éventuelle d'un cycle. Et je n'aime pas les FINs! Le soleil est voilé, il s'enveloppe dans une pâleur maladive. La nature s'apprête à s'emmitoufler pour l'hiver. Mon amour, sous le marbre, as-tu froid dans ta solitude en compagnie des autres morts?... Je sais que cette idée est débile, mais l'amoureuse de la vie que je suis, ne peut pas s'en empêcher. La vie est une exaltation. Parfois tristesse morne, souffrance aiguë, mais toujours grandiose.

Au fond, j'aime l'écriture à la main, cette relation charnelle à l'idée qui se dessine sur le papier. Il faut le feutre doux, le papier sans lignes ni carreaux qui entraveraient la pensée, pour ressentir cette course inlassable des mots attrapés au vol. Des images, des parfums, toute sorte de sensations à transcrire, à fixer sur le papier. La relation des mots à la réalité? Plutôt, le pouvoir des mots justes à retranscrire le ressenti ou les souvenirs... Le soleil s'apprête à se cacher derrière le clocher. J'espère qu'il y aura encore des jours comme ça!...

Ca y est, les 100 pages sont franchies! Est-ce à prendre en compte? Je pense que oui.  Je témoigne  -  pour moi-même  -  du temps qui passe... Je tente de le saisir, de le fixer. Obstinément. J'écris tout ça sans dictionnaire, sans vérifier l'orthographe, sans chercher à affiner le style. Comme ça vient, comme ça coule. Cette spontanéité "non-travaillée" compte aussi pour moi. Comme saisir la pensée à la naissance. Je suis encore au jardin! J'apprécie infiniment ce sursis. J'ai repoussé les courses pour pouvoir profiter du soleil que l'on devine à peine derrière son voile. Je voudrais en faire des stocks pour  supporter les mois à venir... 

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15 mars

15 Mars 2011, 19:56pm

Publié par Flora

images-copie-1.jpeg Peu de gens savent en France que le 15 mars est probablement la date la plus importante pour le coeur des Hongrois. La Fête Nationale. Comme tout petit pays auquel on a toujours tout confisqué, il y tient, à cette date. Il y en a eu plusieurs, des jours fériés imposés par le régime communiste, mais le 15 mars demeurait, inamovible, avec des cocardes rouge-blanc-vert sur le coeur et ce jour-là, nous nous sentions un peu en résistance... Une fête choisie et non imposée. Un jour pour commémorer le sursaut héroïque d'un peuple contre un empire, David contre Goliath.

   En 1848, un vent révolutionnaire balaye la Sicile, le Piémont, certaines provinces allemandes, Paris se soulève en février. Au début de mars, à Vienne même, le peuple obtient la liberté de la presse. Il n'y a pas de raison qu'elle ne soit pas accordée à la Hongrie, province de l'Empire Habsbourgeois. A Pest et à Pozsony (actuellement Bratislava), les événements s'accélèrent. De jeunes étudiants, autour de Petőfi, rédigent en 12 points les principales revendications du pays opprimé: suppression de la censure, libération des prisonniers politiques, assemblée nationale, armée et banque nationales etc. Inacceptable pour l'empire. S'ensuit une guerre pour l'indépendance du pays, écrasée au bout d'un an de lutte armée héroïque. Le tzar Nicolas I. accourt à la rescousse des Habsbourg, pour éteindre l'incendie contagieux. L'armée hongroise capitule en août 1849. Une terreur sanglante décapite la nation (le premier-ministre et 12 généraux sont exécutés le 6 octobre). Kossuth meurt en exil, Petőfi est tué dans une bataille à l'âge 26 ans et les héros entrent dans la légende... 

 

 

 

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Comme un taureau (Mint a bika)

14 Mars 2011, 16:23pm

Publié par Flora

COMME UN TAUREAU

J'ai vécu ma vie à ce jour comme un jeune taureau

qui dans la chaleur de midi s'ennuie au milieu des génisses pleines

et pique des tours de galop pour proclamer sa force

et de sa bave, corsant son jeu, fait flotter un drapeau d'écume.

Et il secoue la tête, il se retourne, et l'air touffu sur ses cornes se fend,

et par ses sabots malmenées, herbe et terre éclaboussent la pâture effarée.

 

Et je vis maintenant encore comme un taureau, mais comme un 

qui dans la prairie stridente de grillons s'arrête court,

humant l'air... Dans les forêts de la montagne le chevreuil

-  il le sent  -  s'immobilise, écoute, part en flèche avec le vent

qui d'une bande de loups apporte l'odeur en sifflant...

Il hume l'air, mais ne fuit pas comme s'enfuient les chevreuils :

il pense que si l'heure vient, il luttera, succombera,

que la horde dispersera ses ossements dans la campagne...

et lentement, tristement il beugle dans l'air épais.

 

Ainsi lutté-je, ainsi tomberai-je; et mes os,

la campagne les gardera, pour que comprenne l'avenir.

1933

traduction: Jean-Luc Moreau

 

MINT A BIKA

Úgy éltem életem mostanig, mint fiatal bika,

aki esett tehenek közt unja magát a déli

melegben és erejét hirdetni körberohangat

s játéka mellé nyálából ereszt habos lobogót.

És rázza fejét s fordul, szarván a sűrü,

repedő levegővel és dobbantása nyomán

gyötrött fű s föld fröccsen a réműlt legelőn szét.

 

Úgy élek mostan is, mint a bika, de mint

bika, aki megtorpan a tücskös rét közepén

és fölszagol a levegőba. Érzi, hogy hegyi erdőkön

az őzbak megáll; fülel és elpattan a széllel,

mely farkascsorda szagát hozza sziszegve, -

fölszagol s nem menekül, mint menekülnek

az őzek; elgondolja, ha megjön az óra, kűzd

és elesik a csontjait széthordja a tájon a horda -

és lassan, szomorun bőg a kövér levegőben.

 

Így küzdök én is és így esem el majd,

s okulásul késő koroknak, csontjaim őrzi a táj.

 

 

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Oeuvre de Gilbert * Un roman de Bacon, illustré par Kafka (nouvelle, extrait)

10 Mars 2011, 16:02pm

Publié par Flora

... Pour le dernier livre, le choix fut difficile. Pendant des mois, j'ai hésité. Le voyage au bout de la nuit présentait deux intérêts: le clin d'oeil que constituait le titre et la description sans concession de notre siècle. Mais comment renoncer à Belle du Seigneur, Le bruit et la fureur, Ulysse et tant d'autres chefs-d'oeuvre? 

   Le meurtre de mon fils aîné, auquel j'ai fait l'honneur de servir de modèle pour un corps tatoué des cheveux aux orteils, m'a permis de trancher: ni oeuvre de fiction, ni véritable témoignage sur l'époque, le Journal de Kafka rendra fou de désespoir les mutants ou les extraterrestres qui découvriront mon arche. Ils y verront, en creux, le génie de l'auteur, auront le sentiment de ne discerner que la partie émergée de l'iceberg mais ne pourront se référer à aucune des oeuvres auxquelles Kafka fait allusion:

   Rossmann et K., l'innocent et le coupable, tous deux finalement punis de mort sans distinction, l'innocent d'une main plus légère, plutôt mis à l'écart qu'abattu. (*)

    Ils liront des récits de supplices et trouveront, à côté du dernier livre, les corps, mis à l'abri de la décomposition dans une gangue de plexiglas, de mes trois femmes. Penseront-ils que notre siècle avait pour habitude de donner ainsi la mort? Je l'espère.

    Etrange coutume judiciaire. Le condamné à mort est égorgé dans sa chambre par le bourreau en l'absence de tout autre personne. Il est assis à sa table et termine une lettre, dans laquelle il dit: Ô vous, mes bien-aimés, mes anges, où planez-vous, ne sachant rien, hors de la portée de ma main terrestre. (**)

   Assis à sa table, il termine une lettre. Ils ne manqueront pas de remarquer la similitude avec le tableau de Franz Kafka montrant Bacon en train d'écrire, le corps déjà déliquescent. Je voudrais être là pour voir leur embarras.

   Mais je ne serai pas là. Je vais bientôt plonger dans la cuve de plexiglas liquide, en costume de bourreau, comme il se doit. Auparavant, j'aurai brûlé ces pages qui en disent beaucoup trop. Effacer la trace de mon génie me coûte beaucoup. Mais je me dis que l'essentiel survit: mon arche et ses pensionnaires, les grands artistes dont je suis créateur. 

*  Kafka, Journal, 30 sept. 1915

 ** Kafka, Journal, 19 juillet 1916 

 

fin de la nouvelle "Un roman de Bacon, illustré par Kafka" dans l'anthologie Le dernier livre,  

édition Nestiveqnen, 2002 

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Pour la Journée des femmes...

8 Mars 2011, 15:11pm

Publié par Flora

Roy--Arundhati.jpg J'ai longuement hésité avant de formuler ces quelques phrases pour marquer la date. Je me méfie un peu de ces commémorations qui octroient une journée à une cause pour mieux l'oublier le reste du temps... Puis, je me suis dit que c'était une occasion à quelques fugaces réflexions... 

   Parfois, certaines personnes poussent le zèle à avancer l'idée qu'un monde dirigé par les femmes serait plus juste, plus paisible. Certes, il serait bon que les rênes du pouvoir soient mieux réparties entre les mains masculines et féminines. Mais placer autant d'espoir dans un pouvoir au féminin serait, à mon avis, illusoire. Je soupçonne la cause de ce crédit de confiance dans le simple fait qu'elles soient moins corrompues par l'exercice du pouvoir, tout simplement. Qu'elles doivent encore apporter leurs preuves dans ce domaine! Mais je doute que génétiquement, nous soyons mieux programmées à cet égard. 

   L'émancipation des femmes passe indiscutablement par leur autonomie économique. Une femme qui s'assume financièrement, par son travail surtout (je ne m'occupe pas de riches rentières), n'a pas besoin de "tuteur" pour tenir debout. Elle peut donc se respecter et exiger le respect envers elle. Du coup, la place traditionnelle de l'homme vacille: plus besoin de protecteur qui vous entretient et qui, en échange, peut avoir ses exigences. Pour qui vous remplissez le rôle de la mère irréprochable de ses enfants, de la fée du logis et du pot de fleurs décoratif à l'occasion... De plus en plus de femmes préfèrent s'assumer seules, fortes de leur indépendance acquise. Je ne suis pas de ces féministes enragées qui veulent exterminer la gent masculine pour vivre entre amazones. Je rêve d'un nouveau statut pour l'homme qui en ferait un partenaire intelligent, sans lui ôter pour autant la virilité...

dessin: portrait d'Arundhaty Roy, extraordinaire romancière indienne par R.T. (alias flora)

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Mante religieuse

6 Mars 2011, 16:37pm

Publié par Flora

DSCN0162 Je sais ce que l'on raconte derrière mon dos! Tu crois que je suis sourde et aveugle? Sourde, peut-être, un peu, surtout quand ça m'arrange... Ca me permet de m'isoler dans ma bulle et d'avoir la paix.

   Je suis veuve depuis au moins quinze ans, peut-être même un peu plus. J'ai cessé de compter. De toute façon, la mort de Raymond n'a pas changé grande chose. Il s'est éclipsé aussi discrètement qu'il avait vécu.

   Nous n'étions pas à notre première jeunesse, lorsque nous nous sommes mariés. J'allais sur mes 37 ans, lui un peu plus. Tu penses bien que ça n'a pas été le coup de foudre dévastateur! Les deux familles ont décidé pour nous. Vieux garçon solitaire, il vivotait avec son père, veuf, dans une vaste maison aux échos lugubres. Avec sa silhouette sèche et son profil de rapace triste, il était fait pour moi. Mes exigences ont toujours été au rabais: moi-même n'étant pas un prix de beauté... Il faut être lucide.

   Les noces ont été célébrées dans la stricte intimité, juste la famille proche. Je n'allais quand-même pas me déguiser en robe blanche et couronne de fleurs! 

   Pourtant, je t'avoue que je les aurais bien méritées! Dans le domaine de l'amour, je n'avais aucune expérience, aussi incroyable que cela puisse paraître pour quelqu'un comme toi. Ma vie s'écoulait sans relief entre travaux des champs et messe du dimanche. Les bals et les flirts n'étaient pas pour moi, je les fuyais même, sans l'ombre de jalousie pour ma soeur cadette, une vraie beauté.

   Après le repas, la famille m'a accompagnée chez le marié. Les invités se sont vite éclipsés, sans même un regard grivois pour notre couple bancal. Raymond n'était pas plus expérimenté, malgré ses 40 ans passés. Nous nous sommes soumis docilement aux événements qui devaient se dérouler selon l'ordre immuable des choses. Une impérieuse envie me poussait: je voulais un enfant qui donnerait sens à ma vie, aride comme un champ en friche. Un enfant qui rachèterait cette vie ratée, me prolongerait en m'assurant la survie à la mort, m'aiderait à conjurer la terreur devant l'inévitable disparition... Pour cela, j'ai été prête à tout sacrifice.

   Au bout d'un mois, je suis tombée enceinte. Aussitôt, mon mari, ayant perdu toute son utilité, s'est retrouvé éjecté du lit conjugal. Ne sois pas choquée: il n'était pas à plaindre! D'ailleurs, il s'y est résigné sans une parole, selon son habitude.

   Ma fille, je l'ai élevée pour moi. Elle ne m'a jamais quittée. Depuis que je suis veuve, elle s'est installée dans la maison, elle guette le moindre de mes soupirs, morte de peur à l'idée qu'il ne m'arrive quelque chose. J'avoue que cela me procure un grand sentiment de sécurité, de bien-être. On dit derrière mon dos que je suis une mégère possessive, que j'ai étouffé ma fille à petit feu. C'est injuste! Je lui ai tout donné. Elle me doit tout: elle me doit la vie. Il est normal qu'elle me la rende... 

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Repos (lavis d'encre, 1961)

2 Mars 2011, 10:42am

Publié par Flora

 

Etel-neni.jpg

Ce lavis date de 1961... Notre professeur de dessin a recruté cette vieille dame au marché.

Elle est venue poser, immobile, devant le groupe d'élèves de tout âge que notre prof réunissait

un après-midi par semaine, pour dessiner, peindre, visiter des expositions.

Pendant 4 ans, j'ai fréquenté ces après-midi qui constituent des meilleurs souvenirs

de mon âge de collégienne.

(Ce lavis est fait au pinceau et encre de Chine) 


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Bribes de mémoire 79. Petit retour à Istanbul

1 Mars 2011, 11:04am

Publié par Flora

st sophiePetit retour à Istanbul... Nous en sommes à la première année de notre séjour. Nous habitons au grand carrefour de la Fıruzaĝa camii, que nous appelons "Mosquée rose" et qui devient "Mosquée verte" quelques années plus tard, à la suite d'une rénovation de la façade (sur la photo, c'est la monumentale Sainte-Sophie sous la neige, la même année). Notre immeuble fait l'angle en face de la mosquée, le minaret trapu à quelque 20 m de notre balcon. Ainsi, les appels à la prière rythment mes journées (et une partie de la nuit), les haut-parleurs braqués sur nos fenêtres.

   L'appartement est très agréable, lumineux, refait à neuf et à un loyer abordable. Ce dernier aspect est dû au fait que nous n'avons pas la vue sur le Bosphore ou la Corne d'Or, obsession de tous les Français du quartier de Cihangir. Avec le temps, quelques autres inconvénients font surface. En premier lieu, les coupures d'eau permanentes. A l'époque à Istanbul, si l'immeuble ne possède pas un énorme réservoir d'eau, les locataires n'ont, au mieux, que quelques heures d'un maigre filet par jour. Idem pour le gaz: la pression est si basse que tout le monde se fait livrer des bouteilles de gaz.

   Nous sommes vraiment des novices et cette première année est destinée à nous forger quelques expériences. Par exemple, le petit réservoir individuel dans la salle de bains aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Mais nous sommes trop pressés de quitter la chambre exiguë de l'hôtel où nous nous entassons à trois depuis 15 jours.

   En principe, le fonctionnement du réservoir est automatique: le robinet de l'arrivée d'eau s'ouvre tout seul et se ferme automatiquement lorsque le réservoir est plein. Cela se produit généralement aux alentours de 2 heures du matin et s'annonce avec force de gargouillements qui sonnent doux à nos oreilles, malgré l'heure tardive: il y aura de l'eau pour demain!

   Avec le temps, nous acquérons un rythme et une organisation confortables, jusqu'à la panne qui doit fatalement arriver! Nous nous réveillons à l'inondation massive de notre appartement due au robinet qui se refuse soudain à tout automatisme. Nous épongeons une bonne partie de la nuit. A partir de ce moment, nous devons guetter l'arrivée de l'eau et le remplissage du réservoir, pour l'ouvrir et le refermer manuellement... En pleine nuit.

   Je cois que j'ai fait le tour de tous les plombiers (nombreux) du quartier mais aucun ne trouve la solution. Au bout d'un an, de guerre lasse, je me remets à la recherche d'un nouvel appartement, avec vue sur le Bosphore, et ma première question, avant même le montant du loyer, sera: "Y a-t-il un réservoir?"... 

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György SOMLYÓ (1920-2006) : Elle dort (Alszik)

26 Février 2011, 19:00pm

Publié par Flora

object.496bbd31-7d0c-4ad7-b3c1-cef604bd652e.ivy.jpeg  György Somlyó, grand poète de la génération de l'après-guerre, fils du poète Zoltán Somlyó. Poète, essayiste, traducteur de Valéry, Balzac, Shakespeare, Borges, Anouilh, Gide etc., a vécu quelques années en France et en Italie. Le poème ci-dessous est traduit par ses propres soins.

ELLE DORT

 

Elle dort. La couverture a glissé. Les plis

Voilent et puis dévoilent ses contours, sa forme.

Elle a comme la mer son flux et son reflux,

Elle a comme la mer la lumière sur elle.

 

Comme la mer elle est immobile et tremblante.

Elle filtre les bruits les plus menus du jour

Tout en touchant à quelque chose d'éternel

Dans la conscience engloutie, on ne sait où.

 

Elle dort, calme planète au sein de l'éther

Qui lui forme le lit. Qui sait combien de fois

Elle tourne dans le champ des gravitations

 

Du rêve inexplorable où l'on ne peut la suivre!

Elle emplit du secret qui dans son corps palpite

Tout un moment de l'univers qui la contient.

 

ALSZIK

 

Alszik. Válláról lecsúszott a paplan,

a redők váltva el- és felfedik idomait,
süllyed s emelkedik, mint a tenger,
megcsillanva a napban.

Mint a tenger, rengő és mozdulatlan,
s míg szűri az élet csöpp neszeit,
most örök dolgokkal érintkezik
valahol az elmerült öntudatban.

Alszik. Fényes, nyugodt bolygó az ágy egén,
s ki tudja, hány rotációban kering
az álom égi-holdi földi vonzása közt


fel nem kutathatón?

Teste lüktető titkával kitölti

a mindenségnek egy pillanatát.

traduction: György Somlyó

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