Le blog de Flora

De l'art d'écrire

9 Juillet 2011, 10:57am

Publié par Flora

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Voici quelques citations autour de l'écriture. Le choix est difficile, nécessairement arbitraire. Les écrivains réfléchissent beaucoup en pratiquant cette noble occupation. Les doutes et les certitudes sont leurs compagnons de route fidèles. Écrire est un besoin qui devient rapidement nécessité vitale. C'est aussi un acte d'amour, une offrande: partagez, aimez-moi!  C'est là que le piège peut se refermer, celui d'une quête si impérieuse que l'on tend à écrire pour satisfaire le désir ou l'attente supposés du lecteur, trahissant ses propres et intimes besoins. Mais laissons la parole à quelques grands:

 

"Quand on travaille pour plaire aux autres on peut ne pas réussir, mais les choses qu'on a faites pour se contenter soi-même ont toujours chance d'intéresser quelqu'un."

(Marcel Proust)

 

"Un journal est une longue lettre que l'auteur s'écrit à lui-même, et le plus étonnant est qu'il se donne à lui-même de ses nouvelles." 

(Julien Green)

 

"Manier savamment une langue, c'est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatrice."

(Charles Beaudelaire)

 

"La pensée vole et les mots vont à pied. Voilà tout le drame de l'écrivain."

(Julien Green)

 

Et, plus pragmatiques:


"Écrire, c'est une façon de parler sans être interrompu."

(Jules Renard)


"Tout le talent d'écrire ne consiste après tout que dans le choix des mots."

(Gustave Flaubert) 

 


 

 

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Allégorie facile (pastel, 2011)

8 Juillet 2011, 10:27am

Publié par Flora

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5 ans...

6 Juillet 2011, 15:58pm

Publié par Flora

 Num-riser0003-copie-2.jpgLe 7 juillet. Inutile de préciser la signification de cette date pour moi. Rendez-vous avec la mort. Avec la survie. Avec le souvenir.

   Les anniversaires... Ne sont-ils pas finalement destinés à nous éloigner du souvenir le reste du temps? Une fois par an, nous nous acquittons ainsi de la tâche, soulageant nos consciences d'y avoir pensé une fois de plus... 

   Certains préconisent que les vivants doivent poursuivre leurs trajectoires, laissant s'éloigner les morts dans un vide sidéral. Le néant. D'autres inventent des parades pour nier l'inconcevable. Un "travail de deuil" réussi  -  appellation détestable  -  consiste à reprendre progressivement le fil de la vie, à se lancer à la recherche d'une nouvelle compagne, d'un nouveau compagnon car la norme veut que les morts restent cantonnés avec les morts et les vivants suivent leur instinct grégaire à se réchauffer au contact de la vie palpitante... A chacun ses besoins. Le jugement n'est pas de mon ressort.

   Pour moi, le souvenir est constant, quotidien. Personne ne m'y oblige. Le contraire serait impossible, tout simplement. Loin d'un culte morbide, dépressif, je ressens la nécessité de côtoyer mes amis, de découvrir des domaines inexplorés des activités créatives, d'échanger des idées et des émotions. Echanges virtuels ou bien réels. Authentiques, dépourvus de faux-semblants et de faire-valoir.

   Je n'ai pas encore fait le tour de l'expérience unique et primordiale de la mort en marche, toute puissante, devant laquelle nous finissons tous par déposer les armes. Je tourne autour, je tente de la saisir dans le filet des mots mais les mailles s'avèrent peu solides pour retenir les sensations. Je fouille au plus profond des souvenirs jusqu'à la douleur que j'espère à vif pour me rapprocher encore de lui  vivant.

   La bataille qu'il a  -  que nous avons  -  livrée pour retarder une mort annoncée depuis des années a été rude et glorieuse comme peuvent être les dernières résistances héroïques. Même sans issue, elles ne sont pas désespérées. Elles portent le témoignage de la grandeur humaine et offrent aux survivants une source inépuisable d'énergie.   

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Miklós Radnóti (1909-1944) : Et cruelle aussi (És kegyetlen)

4 Juillet 2011, 11:06am

Publié par Flora

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ET CRUELLE AUSSI

Ma mère est morte, ainsi que mon père et mon frère jumeau,

et la petite soeur de ma femme, et sa grande soeur et son mari.

 

Beaucoup sont morts, sans crier gare,

et quand en rêve nous faisons bombance, au soir,

nous entendons sous leurs tombeaux grandir encore

ongles sonores et poils stridents.

 

Par ailleurs notre vie est pure et nous n'avons pas de peine à sourire:

ma femme va et vient dans la pièce avec le froufrou léger de sa jupe;

le regard lumineux, elle met l'ordre chez nous.

 

Elle sait bien que les chiens des riches mordent

et que celui qui meurt, ils le raclent à l'os.

 

Ainsi notre vie est-elle sans peur et simple

comme ce papier ou ce lait sur notre table,

et cruelle aussi

comme auprès d'eux le couteau au regard lent.

 (1933)

traduction: Jean-Luc Moreau in ""Marche forcée" Oeuvres 1930-1944,  éd. Phébus 2000

 

ÉS KEGYETLEN

Az anyám meghalt, az apám és ikeröcsém is,

asszonyom kicsi huga, nénje és annak férje.

 

Sokan haltak meg és hirtelenül

s álmainkban, ha sokat vacsorázunk,

halljuk, hogy sírjuk alatt harsogva

nő a köröm még és szisszenve a szőr.

 

Tisztán élünk különben és könnyü mosollyal;

asszonyom járkál a szobán szoknyája kis neszével

és fényes szemmel rendezi tárgyainkat.

 

Tudja már, hogy harapósak a gazdagok kutyái

s hogy aki meghal, azt végleg elkaparják.

 

Oly félelem nélküli így az életünk és egyszerű,

mint a papír, vagy a tej itt az asztalunkon.

és kegyetlen is, 

mint mellettük a lassútekintetű kés.

(1933)

 

 

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Fauteuil Voltaire

29 Juin 2011, 16:26pm

Publié par Flora

Âge mûr Je me considérais comme un mari modèle. Après vingt-cinq ans de vie sans faille, aux côtés de la même femme, je me suis vu avec une auréole autour de la tête, ce matin, en me rasant devant la glace de la salle de bain. J'ai aussi fait le constat de mon reflet: un homme de cinquante ans, avec des cheveux fatigués qui avaient du mal à dissimuler les plages désertes et que le gris commençait à dominer... Les traits enflés, quasi disparus dans les joues rebondies, hérissées de poils gris, des valises sous les yeux... Un sourire crispé dévoilait les dents jaunies par les cigarettes... Mon regard a continué l'impitoyable exploration, glissant sur le cou, disparu dans les épaules, le dos voûté et enveloppé, la ceinture de graisse enrobant si généreusement la taille que j'avais du mal à apercevoir le bout de mes pieds... J'étais effaré!

   En un éclair, j'ai pris conscience que j'allais dans le mur. Les vingt-cinq dernières années ont défilé en quelques secondes sous mes yeux, comme si j'avais feuilleté un album de photos. Le fringant jeune marié sur le parvis de l'église, sous une pluie de grains de riz, dans le crépitement des appareils-photos... L'euphorie des premiers temps avec Cécile où je me croyais l'homme le plus chanceux de la terre! A-mou-reux! Ma femme était la plus belle, la plus appétissante, en dormant, au réveil, décoiffée, les yeux bouffis de sommeil ou pomponnée, je ne me lassais pas de la regarder, de la toucher.

   Deux enfants, avec deux ans d'écart. Les grossesses ont effacé sa taille de guêpe mais pas mes sentiments! Ronde comme une pomme, elle était encore à croquer! Elle a abandonné son travail pour mieux s'occuper des enfants. Je n'en étais pas mécontent: une maison est incomparablement plus accueillante avec une fée au logis! Une gardienne du foyer afin que la chaleur en reste toujours diffuse... Je ne me suis pas préoccupé un instant de savoir si elle était comblée. Je l'estimais telle et cela suffisait à me rassurer.

   Depuis ce matin, l'image impitoyable de la glace me poursuit. Mon regard glisse sur Cécile, sans s'arrêter. Ma femme est-elle devenue un meuble, au même titre que le fauteuil Voltaire qui m'accueille pour mes somnolences devant la télé? Usé mais confortable... s'accommodant à la forme de mon corps, le moulant presque... Je n'ai pas besoin de la regarder, l'image mentale me suffit. Je sais que ses cheveux sont tirés, que deux rides amères enserrent sa bouche, tirant vers le bas la commissure des lèvres... Au fond, je n'ai pas envie de la regarder. Elle me renvoie l'image de ma propre déchéance. 

dessin: R. T.  

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Début du "Cahier..." 2008

25 Juin 2011, 19:31pm

Publié par Flora

Jardin.jpg Il est intéressant, du moins pour moi, de revenir au début de mon "genre de journal ", entamé le 2 mars 2008 au salon du livre de Bondues, près de Lille. La lassitude s'installe face à ces bains de foule incontournables pour la promotion de notre revue qui entre dans sa neuvième année. Jadis, j'aimais ces occasions de rencontres avec les lecteurs et les auteurs. Cette année-là, la deuxième où je fais mon apprentissage forcé de la solitude, au point de commencer à y prendre goût, l'envie de quitter ces vaines agitations fait son chemin en moi.

2 mars 2008:  Il ne faut jamais se déplacer dans un salon sans son calepin. Il y a toujours de longs moments détestables de vacuité  qui volent votre vie. Je n'ai plus le courage, l'enthousiasme communicatif de mes débuts pour accrocher le chaland indécis, lui lancer l'hameçon et le ferrer pour qu'il reparte, ébloui, avec un, deux voire plusieurs livres sous le bras. S'il n' y a plus l'éblouissement au monde, il est temps de partir. Je suis entre deux chaises, entre deux mondes, entre deux langues, entre deux identités, entre deux états aussi: avec et sans Gilbert. Je ne suis plus avec et pas encore sans. Il m'envahit tant. J'ai tellement peur qu'il ne cesse de m'envahir... Je m'accroche au mot "sérénité" en espérant de cet état si convoité qu'il m'apporte les réponses. Comment y arriver?... Quelqu'un qui danse, le nez en l'air, au bord du précipice, en évitant soigneusement de regarder sous ses pieds... Oui, c'est assez juste. On sait bien qu'il y a le précipice, mais on fait comme si... Ca peut durer mais l'équilibre est ténu. (...)

illustration: R. T. peinture à l'huile

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Akira Mizubayashi : Une langue venue d'ailleurs

22 Juin 2011, 11:52am

Publié par Flora

9782070130184 Une amie connaissant mon goût pour les langues étrangères et pour les questions d'identité qui s'y attachent, m'a offert ce beau petit livre. J'ai plongé dedans avec un appétit aiguisé et l'espoir de comparer mon expérience à celle d'un Japonais, mon semblable à plusieurs égards:

* une langue d'origine très éloignée du français

* même génération

* la découverte du français à l'école et choisi pour sa séduction

* un(e) conjoint(e) français(e) dont on épouse aussi le pays

* culture multiple, identité multiple

   La différence  -  notable!  -  réside dans nos parcours. Il est devenu un brillant spécialiste du 18ème siècle français, titulaire d'un doctorat et professeur d'université, en passant par la rue d'Ulm. Une grande différence existe aussi dans nos approches: la sienne est très méthodique, passant par un travail acharné, tandis que la mienne est plus instinctive, plus empirique, voire ludique, même si la lecture et plus tard l'écriture y jouent un rôle primordial.

   Curieusement, plus il pénètre les secrets et les innombrables nuances de la langue française, plus il prend conscience de l'originalité de sa langue maternelle, ainsi mise à distance. Il se rend compte également du vaste champ de liberté que l'expression en français ouvre devant lui, parallèlement au sentiment d'étouffement, d'engoncement dans les traditions, ressenti en japonais. "Le plaisir éprouvé dans la recherche d'une liberté possible au sein même des limitations prescrites par la langue française est incommensurable." Je l'éprouve encore tous les jours...

   Au-delà d'une soif de la découverte, c'est l'amour, l'éternel émerveillement devant le pouvoir des mots qui l'animent. Grand admirateur de Rousseau, il ressent sa présence hors du temps, retransmise par les seuls mots: "Ils sont là, près de moi, frais, massifs, tenaces et souverainement présents; les mots ne vieillissent pas, ils vivent plus longtemps que leur frêle émetteur. La chair passe, le verbe reste. Un des passages les plus poétiques du livre... 

   Reste la question de l'identité. Il est évident que l'on ne sort pas indemne d'une telle expérience. Agota Kristof, l'auteur du Grand cahier, traite le français de "langue ennemie" (L'Analphabète) car il tue à petit feu sa langue maternelle, le hongrois. Depuis longtemps, j'ai l'impression moi-même qu'en m'exprimant dans une langue ou une autre, je change de peau, d'identité en quelque sorte, que ce n'est pas la même personne qui s'exprime en hongrois, en français ou en russe... On peut légitimement se poser la question si entre toutes ces chaises, on ne se retrouve pas par terre, si on ne perd pas finalement l'essentiel?...

    Akira Mizubayashi cite Nancy Huston, une anglophone devenue écrivain francophone, après avoir succombé à un séjour linguistique: "L'acquisition d'une deuxième langue annule le caractère naturel de la langue d'origine  -  à partir de là, plus rien n'est donné d'office, ni dans l'une, ni dans l'autre; plus rien ne vous appartient d'origine, de droit et d'évidence." Je ne sais pas si vous saisissez l'aspect vertigineux de cette affirmation: c'est le sol qui se dérobe sous vos pieds, le socle de votre existence qui vacille...

   A. Mizubayashi développe cette idée pour y trouver la définition de son identité: "Le jour où je me suis emparé de la langue française, j'ai perdu le japonais pour toujours dans sa pureté originelle. (...) J'ai appris à parler comme un étranger dans ma propre langue. Mon errance entre les deux langues a commencé... Je ne suis donc ni japonais ni français. Je ne cesse finalement de me rendre étranger  à moi-même dans les deux langues, en allant et en revenant de l'une à l'autre, pour me sentir toujours décalé, hors de place. Mais justement, c'est de ce lieu écarté que j'accède à la parole: c'est de ce non-lieu que j'exprime tout mon amour du français, tout mon attachement au japonais. Je suis étranger ici et là et je demeure."

Akira Mizubayasi, Une langue venue d'ailleurs, éd. Gallimard  2011,  coll. "L'UN ET L'AUTRE" dir. J-B Pontalis

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Le jeu de "SI"...

19 Juin 2011, 17:20pm

Publié par Flora

   Étrange envie lancinante qui m'oblige à retourner quelques années en arrière... La cause en est: ces vieilles photos exhumées d'un album sans âge. Une amie a proposé sur son blog un jeu plus bouleversant qu'il n'y paraît: le "SI". Quels étaient ces carrefours qui impliquaient un choix, déterminant la suite de notre vie? Que se serait-il passé si nous avions fait un autre choix? Y a-t-il eu des événements indépendants de notre volonté qui auraient pu se dérouler autrement, donnant ainsi une direction radicalement différente à ce qui suivait?

eskuvoi-kep-egyedul_NEW.jpg Le fond du problème: hasard ou nécessité... Avons-nous le choix ou tout est-il écrit d'avance? Notre "choix" est-il pure illusion car gouverné par la prédestination? A un moment, pouvons-nous donner volontairement un coup de volant violent à notre vie?  En fin de compte, sommes-nous libres, ne serait-ce qu'un instant de notre parcours?

   En ces temps de bac philo, ce sont des interrogations à la mode... Finalement, tout est question de point de vue: tout dépend si j'observe le cours des événements depuis le départ ou à l'arrivée. Au point du départ, plusieurs possibilités s'ouvrent devant nous, mais au moins deux: "oui" ou "non". A l'arrivée, il n'en reste qu'une... Alors, tout dépend de l'endroit où je me place.

eskuvoi-kep_NEW.jpg Repenser à tous ces "carrefours" est vertigineux... Que se serait-il passé si j'étais entrée au lycée des beaux-arts au lieu de choisir les langues étrangères? Si, à la place du français, j'avais opté pour le groupe des latinistes? Si Gilbert avait rejoint le lycée de Toronto au lieu d'atterrir en Hongrie? Si son premier poste avait été confirmé? Si j'étais partie à Grenoble pour l'année scolaire, avant son arrivée dans le lycée où j'enseignais?... Et si un de mes nombreux et assez inoffensifs flirts avait abouti avant notre rencontre? 

   Aurais-je pu choisir autrement ou était-ce le destin? En tout cas, ces photos désuètes, fixant nos vingt et quelques années juvéniles, prises dans un atelier de la ville n'existeraient pas...

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Oeuvre de Gilbert * Littéraire (début de la nouvelle)

17 Juin 2011, 12:10pm

Publié par Flora

"Jamais une erreur les mots ne mentent pas"

Paul Éluard

Les morts se suivent..  -  Tu imagines? Madame de Rénal sort de chez elle pour aller au cinéma, au supermarché ou chez le coiffeur et son regard tombe sur un panneau publicitaire: "Lotissement Rouge et Noir. Pavillons clef en main. Crédit personnalisé sur quinze ans. A partir de 899 francs par mois, sous réserve d'acceptation du dossier par La Môle Investissements. Pour tous renseignements, contacter l'agence Sorel, 8 route de Besançon." Non mais, tu imagines?

   Il n'imaginait pas vraiment, victime de l'irrésistible envie de dormir qui s'emparait de lui après l'amour. On l'avait pourtant prévenu: pas question de sommeiller. Si Martine Dumont, peu suspecte de nymphomanie, couchait avec la plupart de ses élèves, c'était par incapacité à suspendre son cours. Il lui fallait en permanence un auditeur et aucun homme ne résistait à ce régime plus de quelques semaines. Il se redressa sur un coude, aussi fourbu qu'après la seule partie de rugby de sa carrière, une partie qu'il avait achevée sur un brancard, piétiné dès la première mêlée.

-  Autre exemple: l'été dernier, j'ai visité Thèbes, la cité d'Oedipe, de Jocaste et du Sphinx. Pas la moindre trace de grandeur mythologique. Pas la moindre ruine grecque. Une bourgade triste, à l'architecture miteuse. J'ai passé la nuit dans une pension pompeusement baptisée "Antigone", entre l'hôtel "Socrate" et le restaurant "Zeus". Tu veux bien me gratter le dos? Tu es gentil! Crois-moi, si l'Antigone de Sophocle avait connu ce taudis, elle se serait crevé les yeux, comme son père, ou se serait enterrée vivante, pour ne pas voir ça.

   Lui gratter le dos! Un mois avant l'examen final, il ne risquait pas de refuser, évidemment. La malchance, comme d'habitude... Déjà, à l'école primaire, les punitions lui pleuvaient sur la tête et les coups de règle sur les doigts, alors qu'il n'osait pas ouvrir la bouche ou lever un sourcil. Cette fois encore, il suivait attentivement la leçon, notant chaque parole, prêt à tout apprendre par coeur. C'était pourtant sur lui qu'elle s'était abattue, à la fin de l'heure. Et il grattait avec constance, de bas en haut, de haut en bas, tâchant de ne pas succomber au flot anesthésiant dont elle l'abreuvait.(...)

in "Les morts se suivent et se ressemblent", éditions Manya, 1992 

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Quelques photos de l'exposition de mai

12 Juin 2011, 10:03am

Publié par Flora

Promis à Françoise, les 6 dessins avec lesquels j'ai participé à l'expo du groupe de peintres et sculpteurs semi-amateurs, dont je fais partie. Sans prétention, pour le plaisir...

(photos encore plus "amateurs", à la hâte!)

 

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