Début du "Cahier..." 2008
Il est intéressant, du moins pour moi, de revenir au début de mon "genre de journal ", entamé le
2 mars 2008 au salon du livre de Bondues, près de Lille. La lassitude s'installe face à ces bains de foule incontournables pour la promotion
de notre revue qui entre dans sa neuvième année. Jadis, j'aimais ces occasions de rencontres avec les lecteurs et les auteurs. Cette année-là, la deuxième où je fais mon apprentissage forcé de la
solitude, au point de commencer à y prendre goût, l'envie de quitter ces vaines agitations fait son chemin en moi.
2 mars 2008: Il ne faut jamais se déplacer dans un salon sans son calepin. Il y a toujours de longs moments détestables de vacuité qui volent votre vie. Je n'ai plus le courage, l'enthousiasme communicatif de mes débuts pour accrocher le chaland indécis, lui lancer l'hameçon et le ferrer pour qu'il reparte, ébloui, avec un, deux voire plusieurs livres sous le bras. S'il n' y a plus l'éblouissement au monde, il est temps de partir. Je suis entre deux chaises, entre deux mondes, entre deux langues, entre deux identités, entre deux états aussi: avec et sans Gilbert. Je ne suis plus avec et pas encore sans. Il m'envahit tant. J'ai tellement peur qu'il ne cesse de m'envahir... Je m'accroche au mot "sérénité" en espérant de cet état si convoité qu'il m'apporte les réponses. Comment y arriver?... Quelqu'un qui danse, le nez en l'air, au bord du précipice, en évitant soigneusement de regarder sous ses pieds... Oui, c'est assez juste. On sait bien qu'il y a le précipice, mais on fait comme si... Ca peut durer mais l'équilibre est ténu. (...)
illustration: R. T. peinture à l'huile