Retour à ma vie minuscule
Une lessive sèche sur le fil tendu de la terrasse. Retour à ma vie minuscule mais réconfortante que j'ai parfois l'illusion de gouverner. Je suis rentrée de chez les enfants hier midi.
La meilleure façon de se rendre compte de la solitude, cadre habituel de sa vie, c'est de rentrer chez soi au bout de quelques jours ou d'une plus longue absence. Dès la clé dans la serrure et la porte entrouverte, on hume les odeurs familières un peu "renfermées", on scrute les objets habituels au passage : ils n'ont pas bougé de leur place et vous attendent avec docilité et dévouement. Derrière les volets que l'on s'empresse d'ouvrir pour redonner vie au décor, les pots de fleurs assoiffées réclament à boire. Et personne ne se précipite à votre rencontre.
Le jardin... plutôt la jungle! L'herbe a poussé si vigoureusement qu'elle m'arrive aux genoux. Je ne distingue plus les fleurs! Quand aurais-je le courage, plutôt la force de m'y attaquer? Je me sens exténuée rien qu'à y penser...
Les images et les sons des jours précédents tournoient dans ma tête. Tout ce qui me terrassait de stress avant mon départ (serai-je à la hauteur des taches qui m'attendent?) s'est évanoui pendant les jours ensoleillés, à la vue du beau jardin qu'un robot discret et infatigable maintient en l'état d'un terrain de golf de première classe. Le châtaignier majestueux neige de pétales blancs, tandis que l'acacia, le plus haut parmi les arbres centenaires, vient de se couvrir de grappes blanches odorantes, au goût du miel, celui de mon enfance. A deux pas de la grande baie vitrée, je cueille du persil frais pour les repas. Car je cuisine beaucoup, midi et soir. Toutefois, cela me laisse du temps pour mes habitudes devant l'ordinateur du bureau. J'en ai besoin désormais.
Souvent, l'une de mes petites-filles est là, en pleine révision, parfois les deux, grâce aux jours fériés de la semaine. De leurs amis se joignent à nous une partie du weekend. J'aime la compagnie des jeunes, ils me ramènent aux temps nostalgiques où j'enseignais...
Leurs parents arrivent frigorifiés du pays le plus au nord de l'Europe où le soleil, à cette époque, ne se couche pas. Nous regardons aussitôt leurs photos insolites et dépaysantes. Je boucle ma valise pour repartir tôt, le lendemain matin, mission agréable, chaleureuse et joyeuse accomplie.
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