Le blog de Flora

Petite histoire de poisson et de pêcheur débutant...

26 Janvier 2014, 12:20pm

Publié par Flora bis

Petite histoire de poisson et de pêcheur débutant...

Je me suis offert un petit bouquin (comme si je n'étais pas encore assez envahie!...), une sorte de "calendrier éternel" autour "des plus belles premières phrases" de la littérature.

Alléchant! Certains prétendent qu'il faut particulièrement soigner le début d'un roman, surtout, dans le cas d'un premier manuscrit de l'écrivain débutant à la pêche d'un éditeur.

Aussitôt, l'image d'un magnifique hameçon surgit devant mes yeux intérieurs, flottant dans l'eau opaque des milliers de prétendants à la gloire éphémère et, un poisson indécis, déjà rassasié, tourne autour, avec une seule envie: qu'on lui donne faim!

Ce premier barrage passé, la cause est loin d'être gagnée: un futur lecteur est bombardé de titres, de couvertures et de résumés accrocheurs, d'articles de presse plus ou moins complaisants, de plateaux de télé promotionnels! En France, deux fois par an (en septembre et en janvier) plus de 500 romans paraissent, sans compter les publications intermédiaires. Vertigineux! Dans ce choix chaotique, émergeront quelques dizaines de vedettes ou de chanceux qui arriveront à attirer de la lumière. D'autres auront leur petit succès d'estime dans le cercle intime, familial ou amical, voire un peu plus s'ils connaissent quelques journalistes de la presse locale ou régionale.

Alors, notre pauvre pêcheur débutant? Il travaille surtout ses premières phrases car il sait que le poisson-éditeur croulant sous des manuscrits - tous chargés du message: "Attention, chef d'oeuvre!" - n'ira pas plus loin...

Voici la phrase du 21 janvier de mon calendrier. Elle donne furieusement envie de poursuivre la lecture:

"Les familles heureuses se ressemblent toutes; les familles malheureuses sont malheureuses chacune à leur façon."

En version originale:

"Все счастливые семьи похожи друг на друга, каждая несчастливая семья несчастлива по-своему."

(Lev Tolstoï: Anna Karénina)

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Forces vives et tas de cailloux

22 Janvier 2014, 11:25am

Publié par Flora bis

Forces vives et tas de cailloux

Je ne sais pas ce que donneraient ces "petits tas de cailloux" amassés par-ci, par-là sur mon blog... Je sais, en tout cas, ce que je ne veux pas qu'ils deviennent: un texte pompeux et sentencieux à la Chr. B., le grand souffrant devenu dispensateur de service de la recette du bonheur à petit prix, chantre des choses tellement minuscules du quotidien (une marguerite dans le pré, un peintre en bâtiment qui sifflote en décollant le papier peint...) qu'on les voit à peine. Et lui qui s'écoute religieusement, à déverser ses rasades de "belles phrases"... On sent le terrible contentement de soi, cette forme de sérénité trompeuse à laquelle je voudrais échapper à tout prix!

Par ailleurs, serais-je irrémédiablement larguée - ainsi que je l'ai toujours été - sans jamais faire partie des conquérants, des performants, des "efficaces", ceux qui dépassent tout le monde d'une tête sinon plus, qui marchent triomphalement sur les autres, les yeux fixés sur leur sacro-sainte réussite? A vrai dire, cela ne m'a jamais tentée. Il faut bien des perdants de naissance, sinon, de qui triompheraient les forces vives? J'espère qu'ils sont heureux, au moins. Parfois, la crainte m'effleure qu'ils ne sacrifient l'essentiel pour des mirages, condamnés à les poursuivre inlassablement, par angoisse de les voir disparaître. Sans jamais s'arrêter pour se poser d'autres questions que celles qui règlent la prochaine étape de la course.

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Le retour de l'envie...

17 Janvier 2014, 19:14pm

Publié par Flora bis

Le retour de l'envie...

"Il n'y a pas de honte à préférer le bonheur"... J'ai souvent écrit cette phrase de Camus sur mes cartes de voeux de cette année, comme un mantra qui se doit de déclencher le changement... S'extirper de la gangue du désespoir, s'élancer à l'assaut des nouveaux défis... Encore et toujours...

Comme souvent, je puise l'envie dans mes racines. Je regarde cette vieille photo, en particulier le petit garçon, sixième en comptant de gauche, derrière un gros bouquet de fleurs blanches. Premiers communiants... Selon mes calculs, cela doit se passer en 1928-29... Il est sérieux, les yeux écarquillés, intrigué par l'appareil mystérieux, recouvert d'un drap noir qui dissimule aussi le photographe. On demande de ne plus bouger, en attendant le petit oiseau qui va sortir de l'appareil. Il y a effectivement un flash aveuglant - mais d'oiseau, point!

Je reconnais ce regard avide de comprendre, resté cependant calme et serein, en attendant voir... Inutile de se précipiter. Curieux mais difficilement impressionnable. Faisant avant tout confiance à son propre jugement. Dix-huit ans plus tard, prêt à tous les sacrifices pour épouser la jeune fille qui naîtra cette année 1928, à l'autre bout du pays.

Mes parents.

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Début d'année

8 Janvier 2014, 16:31pm

Publié par Flora bis

Début d'année

Je relis mon précédent article: je ressens cette ambiance de fin d'année, de fin d'époque qui s'étire avec son horizon bouché, son angoisse permanente: quelle mauvaise nouvelle va encore tomber avec la sonnerie du téléphone, le signal de la boîte e-mail?... Il faut dire que 2013 n'est pas seule à être incriminée: cela remonte à l'année d'avant, déjà. Mêmes causes, mêmes angoisses. En concentrées, accélérées.

Je disserte sur les étapes. Quelle différence, finalement, entre ces années, ces mois et ces jours, césures que nous installons délibérément dans l'écoulement très subjectif du temps?... Pourquoi les quelques instants pendant lesquels 2013 deviendrait 2014, changeraient la couleur de nos jours et enlèveraient enfin la chape des deuils successifs, nous aidant à apprivoiser les pertes des êtres irremplaçables?

Oui, je crois que nous pouvons y contribuer. En nous autorisant, peut-être à accepter l'inacceptable, à nous approprier la présence de ces disparus, les portant intimement en nous, afin que nous ne nous en éloignions jamais.

Sans que leur perte demeure un tourment insoutenable.

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Vers la nouvelle année

29 Décembre 2013, 10:57am

Publié par Flora bis

Je fais des efforts mais je me sens très fatiguée... Cette année 2013 m'a laissée moralement exsangue... Je lui tourne le dos sans trop de regrets. Mais de là à espérer que la suivante sera meilleure, il y a un pas que j'ai du mal à franchir.

Espérer c'est s'exposer à la déception dont la cruauté est à la mesure de la folie de nos espoirs. Alors, par réflexe d'autodéfense, nous nous roulons en boule pour offrir le moins de surface vulnérable et nous léchons nos plaies pour qu'elles cicatrisent plus vite.

Mais peut-on vivre sans espoir? C'est le carburant qui nous permet d'avancer. Alors, à petites doses, avec précaution, j'émets quelques voeux magiques, à la manière des antiques incantations que mon grand-père appliquait sur des articulations douloureuses des vieilles dames du quartier...

Que cette année nouvelle soit plus clémente, plus belle et plus généreuse pour Tous!

Qu'elle apporte consolation à ceux qui souffrent,

qu'elle continue à distribuer de la joie aux plus chanceux!

J'ai envie de tourner mon visage vers la lumière. Quel est son nom?

Sérénité, à défaut du Bonheur.

Vers la nouvelle année

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Noël 2013

23 Décembre 2013, 15:13pm

Publié par Flora bis

Noël 2013

Le jour de Noël est une fête pour la plupart des gens, qu'ils soient chrétiens croyants ou non. Les chrétiens fêtent la naissance du Christ, même si la véritable date se situe des jours, des semaines plus tard. Ce n'est que depuis 354 que le pape Libère (Liberius) l'a placée au 25 décembre, assimilant les fêtes païennes existantes depuis des millénaires aux alentours du solstice d'hiver, associant ainsi la naissance du Christ à la lumière croissante à partir du 21 décembre.

Peu importe, finalement, avec ou sans messe de minuit, nous fêtons avant tout l'amour qui nous lie à ceux qui nous sont proches: famille, amis réels ou même virtuels. Les gens qui comptent pour nous, ceux dont l'absence nous chagrine, ceux dont la chaleur nous réchauffe.

Je souhaite à tous ceux qui atterrissent sur ce blog, sur ces pages, un beau Noël chaleureux et paisible, juste avec les personnes qui réchaufferont leurs coeurs!

Merci de votre amitié qui m'enrichit.

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Passage

21 Décembre 2013, 11:26am

Publié par Flora bis

Passage

Nous avons beau savoir qu'entre le 31 décembre et le 1 janvier, il n'y a qu'une nuit d'écart, que ce sont tout simplement deux jours qui se suivent, nous nous ingénions à faire de cette nuit une fête pour faciliter le passage dans une nouvelle ère. Comme si nous franchissions une barrière, effaçant l'ardoise, pour avoir le droit au renouveau.

Nous faisons subrepticement le bilan de l'année écoulée, avec l'espoir naïf et toujours renouvelé que nous pourrions tirer des leçons de nos erreurs et manquements, que le destin serait rassasié de nos tourments et qu'il nous accorderait un peu de répit… Qui sait, il pourrait même nous sourire un peu?...

"L'espoir fait vivre." Ce lieu commun usé jusqu'à la corde n'en reste pas moins vrai. C'est un élan vital même si au fond, nous restons lucides: l'espoir n'engage que ceux qui y croient. Les croyants l'appellent l'espérance, placée dans un esprit ou être supérieur et tout-puissant qui distribue ses bienfaits ou punit, selon nos mérites ou nos manquements.

Je cite Esti Kornél, personnage de Dezső Kosztolányi, grand poète et écrivain hongrois que j'ai plusieurs fois présenté lors de nos soirées littéraires (traduit par moi):

"Je veux simplement dire: le bonheur, c'est cela. Il pousse au pied de souffrances extraordinaires, et il est lui-même aussi extraordinaire que la souffrance qui s'évanouit soudain. Le bonheur ne dure pas longtemps car nous nous y habituons. Il n'est que passage, intermède. Peut-être n'est-il que l'absence de la souffrance."

Quant à moi, pauvre pécheresse, je m'en contenterais, en laissant derrière moi une terrible année 2013...

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Entre passé et futur...

15 Décembre 2013, 10:50am

Publié par Flora bis

Entre passé et futur...

On dirait que le temps s'accélère, s'intensifie en décembre! Cela prouve bien son caractère éminemment subjectif, d'ailleurs. Pourquoi le percevons-nous parfois se traînant lamentablement, tel un escargot sur le sol accidenté, et à d'autres moments, s'emballant comme un cheval fougueux (pour rester dans les comparaisons tirées du monde animal…)

En ces moments-là - et à l'approche du solstice d'hiver où la nuit la plus longue de l'année nous attend - le Dieu romain à deux profils, Janus s'impose dans mes pensées: un de ses visages regarde vers le passé et l'autre, vers l'avenir. Mais entre Passé et Futur, où est la place du Présent? Notre mémoire tente de maîtriser le premier, très imparfaitement, certes, et nous faisons des projections vers le second, mais le Présent?… Où est-il? Cela reviendrait à définir l'Instant qui, le temps de le vivre, s'évanouit déjà ou il n'est pas encore survenu… C'est ainsi que nous vivons ces successions d'instants éphémères, en essayant désespérément de les fixer sur papier, sur une toile, dans la pierre ou dans les disques durs des ordinateurs...

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Au couvent

4 Décembre 2013, 13:25pm

Publié par Flora bis

Au couvent

J'ai regardé l'émission de France 2 hier soir et je l'ai même re-visionnée ce matin… Comme la journaliste d'Infrarouge, Alexandra Alévêque, elle-même incroyante, j'avais envie de "percer le mystère" de ces femmes qui - depuis cinquante ans pour certaines - vivent cloîtrées dans l'abbaye cistercienne de Chambarand, en Isère.

Ce qui frappe d'entrée, c'est la douceur, la sérénité qui se reflètent sur leurs visages. C'est aussi leurs sourires, leur humour, face aux questions de la journaliste, incongrues dans ce monde feutré de vie toute intérieure… Elles n'éludent pas les difficultés: le poids de la solitude, le renoncement à l'enfantement, plus qu'à l'amour d'un homme puisqu'elles ont l'amour du Christ… L'histoire de Soeur Fabiola m'a particulièrement touchée: elle avait quitté son fiancé avant le mariage car elle ne pouvait en aimer deux (avec le Christ), tout en gardant son amitié amoureuse pour l'homme qui ne s'est jamais marié… Ils se voient une ou deux fois par an. "C'est plus dur pour lui, car il s'en va seul, tandis que moi, je reste avec le Christ" - dit-elle, tout en avouant avoir beaucoup pleuré jusqu'à ses 50 ans, pour son enfant jamais né...

"On entre dans une dépossession de soi", renoncement aux apparences si séduisantes de la vie extérieure. Sept offices par jour, dont un à 4 heures du matin… Mais la prière est partout, à tout instant, en épluchant les légumes comme en enfilant les rosaires pour avoir un peu de revenu. Car les vocations se font rares: personne depuis 15 ans...

Le SILENCE règne… Autrefois, il y a peu, elles ne pouvaient communiquer que par signes. Les règles ont été quelque peu assouplies, les matelas ont remplacé les sacs bourrés de feuilles de maïs et la famille en visite peut embrasser les siennes, au lieu de les regarder, séparées par une double grille...

Je n'ai toujours pas la vocation. Cependant, je suis d'accord avec elles sur une chose: le silence sert à mieux entendre l'essentiel.

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Gloire et bonheur

27 Novembre 2013, 10:40am

Publié par Flora bis

Gloire et bonheur

"La gloire est le deuil éclatant du bonheur".

Cette phrase - un concentré raccourci de celle de Mme de Staël: "La gloire elle-même ne saurait être, pour une femme, qu'un deuil éclatant du bonheur" - je l'ai entendue hier soir, dans le magnifique documentaire sur Yves Saint-Laurent. Pierre Bergé nous le raconte, accompagné des images éblouissantes de sa vie, de ses créations. Le grand jeune homme timide et gauche, du haut de ses 21 ans, qui entame le chemin éclatant de la gloire!

Pierre Bergé tisse son histoire, leur histoire, avec calme et lucidité, sur la trame de la liquidation de leur somptueuse collection par vente aux enchères. A travers ses propos, ses regards, transparaît un vide douloureux. Même s'il n'est pas homme à s'abîmer dans un passé nostalgique.

Yves Saint-Laurent, le génie dépressif, l'inquiet, compense son hyper-sensibilité créative par des substances qui le détruisent. Plus il est adulé, plus il se réfugie dans la solitude.

Il a tout, la gloire, la richesse, la création - tout, sauf le bonheur serein.

Cette fameuse phrase console-t-elle quelque peu la foule des médiocres qui aspirent vainement aux fastes de la gloire... Piètre consolation. Vaut-il mieux être le génie d'exception qui se consume dans la création, en côtoyant la folie ou bien faire partie de l'écrasante majorité des quelconques, voire même des honnêtes talents qui poussent laborieusement leur chariot jusqu'au bout d'une existence sans éclats?… A voir.

Gloire et bonheurGloire et bonheurGloire et bonheur

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