Le blog de Flora

Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 7.

1 Juin 2013, 14:52pm

Publié par Flora bis

Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 7.

Aider à donner la vie, c'est fabuleux. Surtout dans le cadre familial. Certaines fois, les enfants attendaient dans la pièce à côté, et lorsqu'ils entendaient le bébé crier, ils s'impatientaient pour le voir. Une fois la toilette terminée, le bébé emmailloté, je présentais ce petit bout de chou aux frères et soeurs, je trouvais ça formidable! Un jour, un jeune homme m'aborde:

- C'est bien vous, madame Millet? J'ai parlé de vous, il y a peu de temps. Je suis animateur. J'ai raconté aux enfants qu'une sage-femme était venue mettre au monde mon petit frère, qu'elle nous l'a ensuite présenté. On ne vit plus ce genre d'émotions dans les maternités. Moi, j'en ai gardé un émerveillement pour toujours.

Un accouchement est non seulement un acte médical mais aussi un événement familial.

Un métier qui donne autant de satisfactions, il n'y en a pas beaucoup. Certes, il faut être solide. D'abord physiquement, il faut tenir le coup. Puis au début, il y a une petite appréhension quand-même... Donner la vie, c'est la chose la plus extraordinaire. Pendant mes études, au bout d'une dizaine de jours, par groupe de deux, on allait en salle de travail pour assister à un accouchement. Je trouvais ça merveilleux. Plus tard, étant mariée, je me rendais encore plus compte de la beauté d'un sentiment amoureux qui aboutit à cela... C'est curieux, mais au bout de centaines et de centaines d'accouchements, cet émerveillement reste intact: tout d'un coup, ça crie, ça vit, et tu embrasserais tous les gens qui sont dans la pièce. Je pense que si je n'avais pas eu la foi, je l'aurais rencontrée à ce moment-là...

Fin du témoignage. En hommage et en souvenir de ma belle-mère, sage-femme au siècle dernier...

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note du 7 juillet 2008:

1 Juin 2013, 01:12am

Publié par Rozsa Millet-Tatar

note du 7 juillet 2008:

note du 7 juillet 2008:

Extrait d'un roman de Gilbert Millet: "Le déchant"

(...) De demi-ton en demi-ton, monte la perfection rugueuse des pierres hissées, du plus loin des carrières, par les boeufs massifs avides de se changer en gargouilles, de contempler l'horizon nuageux tout en crachant une pluie sale. Isabelle s'est allongée, dans sa posture de gisant. Cette pétrification est le contraire d'une paralysie. Ainsi couchée, elle sent le choeur se bâtir de sa chair durcie, de ses os, puis le transept, la nef et la façade, le jubé, les voussures, les travées et les voûtes, croisées d'ogives à l'acoustique parfaite que la musique borne et traverse. Sans efforts, son chef-d'oeuvre se hérisse de tours octogonales où culminent les flèches.
* Denn alles Fleich, es ist wie Gras
und alle Herrlichkeit des Menschens
wie des Grases Blumen.
L'herbe et les fleurs des champs chatouillent ses paupières, picotent ses narines et c'est la renaissance de la couleur, les vitraux qui se tissent de croches, des clefs de sol, se vitrifient de rondes et de soupirs, d'éclats de verre, résilles de plomb, de triolets où les ouvriers se mettent au travail, échelles, marteaux, sous l'oeil d'un diable jaune. Humble et contrit, Théophile pénètre dans l'église qu'il a fait construire, s'agenouille devant l'autel de la Vierge. (...)
* "Car toute chair est comme l'herbe / toute la gloire de l'homme / est comme la fleur de l'herbe" Première Epître de Pierre; deuxième partie du Deutsches Requiem de Brahms.
Gilbert Millet: Le Déchant, roman, éd. Nestiveqnen, 2005


Le 7 juillet 2006, vers sept heures du matin, il a cessé de respirer soudain, laissant béant l'immense espace qu'il occupait jusque là. Depuis, le mystère indéchiffrable de la mort se dresse devant moi à chaque instant: comment peut-on, dans une fraction insaisissable de l'instant, devenir RIEN, après avoir été TOUT? Devenir fantôme de plus en plus évanescent du souvenir...
Je ne possède aucun remède réconfortant d'une croyance en un au-delà, d'une âme qui veillerait sur moi avec mansuétude. C'est le souvenir puissant d'un combat héroïque de chaque instant qui me transmet son incroyable énergie, suppléant à la tristesse une volonté de faire de chaque jour fugace quelque chose de sensé qui ne le laisserait pas s'enfuir sans laisser de trace.

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Le blog de Rozsa T. (alias Flora): Gilbert

31 Mai 2013, 18:31pm

Publié par Rozsa Millet-Tatar

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Zoltán Czegö et la mal du pays (extrait de la...

29 Mai 2013, 11:58am

Publié par Rozsa Millet-Tatar

Zoltán Czegö et la mal du pays (extrait de la...

Zoltán Czegö et la mal du pays (extrait de la nouvelle, traduction: R. T.)

Ca te tombe dessus comme la maladie.
Selon les anciens : comme si l'on t'avait jeté un sort.
Tu vis, tu te déplaces, tu accomplis ce pourquoi on te donne ton pain et ta soupe. Les clochers des églises deviennent invisibles car tu les vois tous les jours.
De même pour les corbeaux, oui, tu ne cherches ni ne trouves plus rien dans le regard des corbeaux qui picorent dans les feuilles mortes fraîchement tombées, tout en scrutant les alentours, car ils savent bien qu'il faut toujours craindre quelque chose, qu'il faut se méfier de l'homme plutôt que des chiens.
Puis, d'un moment à l'autre - comme si l'on t'avait jeté un sort... Le mal du pays se faufile dans ton coeur, bouleversant l'ordre forcé, tout est sens dessus-dessous et la tour de l'église banale te rappelle cet autre clocher, lointain.
Tu suffoques, tu déglutis péniblement, dans l'espoir que ce glissement des sentiments cesse, comme l'avalanche la plus féroce peut se suspendre soudain.
Tu regardes autour de toi pour vérifier si tout est bien en place et tu songes que cela arrive un peu tôt aujourd'hui; et d'ailleurs, pour quelle raison? Mais tu sais très bien que cela survient toujours sans crier gare, sans prémisses identifiables, il fait irruption pour ravager tout sur son passage. Surtout, il éteint tes forces.
Tu ouvres la porte du balcon, et, au lieu du brouillard humide chargé d'odeur d'essence de la grande ville - comme c'était le cas hier - jaillit l'arôme de l'herbe séchée et des feuilles mortes d'une autre ville, d'un village lointain. Car l'odorat ment, tous les sens mentent, tous perturbés par le mal du pays, cette maladie qui te tombe dessus comme le mauvais sort.
Du haut de ton étage, tu contemples le square devant l'immeuble et c'est la châtaigneraie de là-bas qui escalade ton regard. Tu détournes les yeux, tu mets de l'eau à bouillir pour le thé, tu la verses sur le sachet frais et parfumé et ce sont les fragrances de la menthe sauvage du bord de la Petite-Küküllö qui jaillissent avec la force des digues rompues, elles se figent en toi et ton âme demeure pétrifiée. Car elle sait bien qu'il n'y a ni échappatoire ni duperie ni délivrance, puisque toute tentative timide contre ce sentiment furtif vaut autant que le son de cloche contre l'averse de grêle cinglant les champs. [...]
Traduction : R.T.

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Souvenir d'Istanbul: Eva Siegle

29 Mai 2013, 11:12am

Publié par Rozsa Millet-Tatar

Souvenir d'Istanbul: Eva Siegle

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Le blog de Rozsa T. (alias Flora): Bribes de mémoire * 2. Saisons...

28 Mai 2013, 16:13pm

Publié par Rozsa Millet-Tatar

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Surprise du matin

25 Mai 2013, 14:29pm

Publié par Flora bis

Surprise du matin

Ce matin, vers 9 heures, on a sonné à la porte. Coup d'oeil sur la rue: une camionnette blanche stationne sur le terre-plein et le livreur me fait signe: un colis pour moi.

Qu'y a-t-il dans le carton de presque un mètre de haut? "Une fleur pour vous", dit-il, "signature, s'il vous plaît."

A cet instant, l'idée m'effleure (sans jeu de mot) que demain, c'est la Fête des Mères.

Le fait d'être mère continue à relever pour moi d'un miracle inouï, de l'événement sans doute le plus important de ma vie. Car le sens principal de celle-ci n'est-il pas de se prolonger, de se perpétuer après notre disparition pour qu'elle ne soit pas vraiment une mort? Donner la vie est probablement l'acte de création suprême à mes yeux. Pourtant, j'ai parfois la prétention de me frotter à certaines de ses formes, à l'écriture, au dessin.

Et encore, vous ignorez que je sais tricoter et broder aussi, dis-je à la foule de mes admirateurs ébahis!...

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Souvenir d'Istanbul: Véronique...

23 Mai 2013, 12:33pm

Publié par Rozsa Millet-Tatar

Souvenir d'Istanbul: Véronique...

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Apai nagyanyámról...

23 Mai 2013, 11:00am

Publié par Rozsa Millet-Tatar

Apai nagyanyámról...

Apai nagyanyámról...

Különös módon, amilyen sokat tudnék mesélni nagyapáimról, néhai nagyanyáim olyan titokzatosak maradtak számomra. Honnan ered alakjuk rejtélyes némasága, nem tudom. Talán onnan, hogy szinte csak a nagyapáim meséi adták tovább az utódok láncszemeinek az elmúlt időket, valóságossá téve a hozzájuk kötő gyökereket, melyekből kisarjadtunk.


Apai nagyanyám, néhai "Furcsa" Kispál Eszter (Mindszenten szinte mindenkinek volt ragadványneve, mely legtöbbször kiszorította az igazit is) születésem óta haláláig velünk élt pedig. Szinte soha nem mesélt magáról, a gyerekkoráról, a fiatalságáról, mintha belenevelték volna a hallgatást, hisz amúgy se mondhatna semmi érdeklődésre méltót. "Asszonynak hallgass a neve": nemhiába járta akkoriban ez a mondás. Világot sem látott, mint nagyapám, aki a "kupeckodással" a hortobágyi vásárig bejárta az Alföldet, sőt, a háború még a Kaukázusig is elvitte hadifogságba...
Nagyanyám fiatal korában szolgáló volt módosabb háznál. Még ez is szerencsének számított a nyolcgyerekes családban. Nézem a családfa felkutatott adatait (a gyökereimet keresem?): Kispál Mózes szerény földműves (1 hektárt mondhatott magáénak) és Gacsári Kis Franciska elsőszülöttjeként jött Eszter a világra 1891-ben, a Mérleg jegyében... Nocsak, mint én? Lehet, hogy hasonlított a természetünk, csak én nem tudtam?...


Faggatom a két megmaradt, halványuló épp száz éves fényképet. Egy általam 1965-ben készült rajzon megjelenik nagyanyám, úgy, ahogy örökre megmaradt előttem: öregen. Szinte soha nem láttam fejkendő nélkül. Nyáron vékonyabb, télen vastagabb járta, egész gyűjteménye volt a sublótfiókban. Még éjszakára is volt egy-kettő: bekötött fejjel aludt. Amikor nagyritkán megleptem fésülködés közben, megpillanthattam két hosszú, majdnem teljesen fekete hajfonatát, melyet hullámos hajtűkkel tűzött kontyba, s esténként szabadjára engedett.
Sajnálom, hogy nem kérdezgettem tőle többet, amikor még volt rá idő és alkalom. Egy-egy mozdulata elém rebben, ahogy a kendőjét megköti, vagy a kötényét lesímítja, máskor meg a csigatésztát tekeri az ujja alatt.
Kezét-lábát örököltem, méretét, formáját. Az egyetlen dolgot, mely anya elismerését kivívta: "szerencsére nagyanyádtól örökölted, nem tőlem!" szokta mondogatni. Ha viszont megharagudott rám, Furcsa Esztinek titulált...

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Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 6.

17 Mai 2013, 16:27pm

Publié par Flora bis

Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 6.

Les plus spectaculaires de mes clients étaient les gitans. Ils vivaient dans des roulottes, souvent, ils étaient de passage. Les hommes étaient des durs, avec tout le monde et surtout avec leur femme: il ne fallait pas qu'elle crie! Une nuit, je reçois un coup de téléphone d'un homme dont la femme était sur le point d'accoucher. Comme ils n'avaient consulté personne, je lui conseille de s'adresser au médecin du coin, car je ne voulais pas prendre de risque. Il dit que le médecin ne veut pas se déplacer et que si je refuse et qu'il arrive quelque chose à sa femme, ce sera de ma faute. Je finis par lui demander où il habite.

- Dans une roulotte, dans le bois.

Mon mari s'inquiète:

- Tu ne vas quand-même pas y aller à deux heures du matin, toute seule, dans le bois!

J'y vais, je trouve la roulotte. Dans le fond, sur la paillasse du bas, il y a les gamins. Au-dessus, une planche pour la paillasse des parents. Pour y accéder, accoucher la femme allongée sur la planche, il fallait grimper sur une caisse. Les enfants sont tous en-dessous. C'était son vingt et unième... Tu es sur ta caisse et tu sens toutes les petites mains qui te chatouillent les chevilles! On avait un mal fou pour avoir de l'eau. J'attends qu'elle ne saigne plus, je lui fais une piqûre et, avant de m'en aller, je dis à l'homme:

- Ce n'est pas tout, mais cet enfant, il faut le déclarer demain matin. Et moi, je reviendrai.

- Comment ça, vous reviendrez?

- J'ai l'habitude de revenir le lendemain et j'entends que vous soyez là.

Je suis revenue, effectivement, l'enfant avait été déclaré, mais ils ne m'ont pas payée. Un an après, on m'appelle en disant que quelqu'un m'attend. C'était lui. Il me dit:

- Vous avez accouché ma femme l'année dernière, je voudrais vous payer.

Ce qui m'a surtout fait plaisir c'est qu'il a ajouté:

- Je tenais à vous payer car personne ne s'est occupé de ma femme comme vous.

Moi, j'estimais qu'on devait les mêmes soins à tous. J'ai pris les nouvelles de l'enfant. Il allait bien, il commençait à marcher. La mère, entre temps, en avait eu un autre, un vingt-deuxième...

(la suite)

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