Le blog de Flora
quatre catégories menées parallèlement : extraits des oeuvres de Gilbert Millet, traductions d'auteurs hongrois, réflexions et mémoires, dessins
Surprise du matin
Ce matin, vers 9 heures, on a sonné à la porte. Coup d'oeil sur la rue: une camionnette blanche stationne sur le terre-plein et le livreur me fait signe: un colis pour moi.
Qu'y a-t-il dans le carton de presque un mètre de haut? "Une fleur pour vous", dit-il, "signature, s'il vous plaît."
A cet instant, l'idée m'effleure (sans jeu de mot) que demain, c'est la Fête des Mères.
Le fait d'être mère continue à relever pour moi d'un miracle inouï, de l'événement sans doute le plus important de ma vie. Car le sens principal de celle-ci n'est-il pas de se prolonger, de se perpétuer après notre disparition pour qu'elle ne soit pas vraiment une mort? Donner la vie est probablement l'acte de création suprême à mes yeux. Pourtant, j'ai parfois la prétention de me frotter à certaines de ses formes, à l'écriture, au dessin.
Et encore, vous ignorez que je sais tricoter et broder aussi, dis-je à la foule de mes admirateurs ébahis!...
Souvenir d'Istanbul: Véronique...
Apai nagyanyámról...
Apai nagyanyámról...
Különös módon, amilyen sokat tudnék mesélni nagyapáimról, néhai nagyanyáim olyan titokzatosak maradtak számomra. Honnan ered alakjuk rejtélyes némasága, nem tudom. Talán onnan, hogy szinte csak a nagyapáim meséi adták tovább az utódok láncszemeinek az elmúlt időket, valóságossá téve a hozzájuk kötő gyökereket, melyekből kisarjadtunk.
Apai nagyanyám, néhai "Furcsa" Kispál Eszter (Mindszenten szinte mindenkinek volt ragadványneve, mely legtöbbször kiszorította az igazit is) születésem óta haláláig velünk élt pedig. Szinte soha nem mesélt magáról, a gyerekkoráról, a fiatalságáról, mintha belenevelték volna a hallgatást, hisz amúgy se mondhatna semmi érdeklődésre méltót. "Asszonynak hallgass a neve": nemhiába járta akkoriban ez a mondás. Világot sem látott, mint nagyapám, aki a "kupeckodással" a hortobágyi vásárig bejárta az Alföldet, sőt, a háború még a Kaukázusig is elvitte hadifogságba...
Nagyanyám fiatal korában szolgáló volt módosabb háznál. Még ez is szerencsének számított a nyolcgyerekes családban. Nézem a családfa felkutatott adatait (a gyökereimet keresem?): Kispál Mózes szerény földműves (1 hektárt mondhatott magáénak) és Gacsári Kis Franciska elsőszülöttjeként jött Eszter a világra 1891-ben, a Mérleg jegyében... Nocsak, mint én? Lehet, hogy hasonlított a természetünk, csak én nem tudtam?...
Faggatom a két megmaradt, halványuló épp száz éves fényképet. Egy általam 1965-ben készült rajzon megjelenik nagyanyám, úgy, ahogy örökre megmaradt előttem: öregen. Szinte soha nem láttam fejkendő nélkül. Nyáron vékonyabb, télen vastagabb járta, egész gyűjteménye volt a sublótfiókban. Még éjszakára is volt egy-kettő: bekötött fejjel aludt. Amikor nagyritkán megleptem fésülködés közben, megpillanthattam két hosszú, majdnem teljesen fekete hajfonatát, melyet hullámos hajtűkkel tűzött kontyba, s esténként szabadjára engedett.
Sajnálom, hogy nem kérdezgettem tőle többet, amikor még volt rá idő és alkalom. Egy-egy mozdulata elém rebben, ahogy a kendőjét megköti, vagy a kötényét lesímítja, máskor meg a csigatésztát tekeri az ujja alatt.
Kezét-lábát örököltem, méretét, formáját. Az egyetlen dolgot, mely anya elismerését kivívta: "szerencsére nagyanyádtól örökölted, nem tőlem!" szokta mondogatni. Ha viszont megharagudott rám, Furcsa Esztinek titulált...
Yvette Moret, une vie de sage-femme au siècle dernier (extraits) 6.
Les plus spectaculaires de mes clients étaient les gitans. Ils vivaient dans des roulottes, souvent, ils étaient de passage. Les hommes étaient des durs, avec tout le monde et surtout avec leur femme: il ne fallait pas qu'elle crie! Une nuit, je reçois un coup de téléphone d'un homme dont la femme était sur le point d'accoucher. Comme ils n'avaient consulté personne, je lui conseille de s'adresser au médecin du coin, car je ne voulais pas prendre de risque. Il dit que le médecin ne veut pas se déplacer et que si je refuse et qu'il arrive quelque chose à sa femme, ce sera de ma faute. Je finis par lui demander où il habite.
- Dans une roulotte, dans le bois.
Mon mari s'inquiète:
- Tu ne vas quand-même pas y aller à deux heures du matin, toute seule, dans le bois!
J'y vais, je trouve la roulotte. Dans le fond, sur la paillasse du bas, il y a les gamins. Au-dessus, une planche pour la paillasse des parents. Pour y accéder, accoucher la femme allongée sur la planche, il fallait grimper sur une caisse. Les enfants sont tous en-dessous. C'était son vingt et unième... Tu es sur ta caisse et tu sens toutes les petites mains qui te chatouillent les chevilles! On avait un mal fou pour avoir de l'eau. J'attends qu'elle ne saigne plus, je lui fais une piqûre et, avant de m'en aller, je dis à l'homme:
- Ce n'est pas tout, mais cet enfant, il faut le déclarer demain matin. Et moi, je reviendrai.
- Comment ça, vous reviendrez?
- J'ai l'habitude de revenir le lendemain et j'entends que vous soyez là.
Je suis revenue, effectivement, l'enfant avait été déclaré, mais ils ne m'ont pas payée. Un an après, on m'appelle en disant que quelqu'un m'attend. C'était lui. Il me dit:
- Vous avez accouché ma femme l'année dernière, je voudrais vous payer.
Ce qui m'a surtout fait plaisir c'est qu'il a ajouté:
- Je tenais à vous payer car personne ne s'est occupé de ma femme comme vous.
Moi, j'estimais qu'on devait les mêmes soins à tous. J'ai pris les nouvelles de l'enfant. Il allait bien, il commençait à marcher. La mère, entre temps, en avait eu un autre, un vingt-deuxième...
(la suite)
Réflexions autour d'une petite boîte métallique
Réflexions autour d'une petite boîte métallique
32° dans le sud de la Hongrie en ce printemps qui joue à l'été précoce, alors que, à Pâques, un mois auparavant, il grelottait sous la neige. Mon cinquième voyage en un an.
Nous sommes nombreux à entourer un coffret en forme de cercueil réduit. Difficile d'imaginer ma mère à l'intérieur... Dans un cercueil « normal », on visualise le défunt allongé dans le linceul blanc, prêt à rejoindre sa dernière demeure. Pour l'éternité.
Une vie de 84 ans réduite à une poignée de cendres. Une personne à l'ampleur si imposante, qui occupait une si grande place dans la vie des siens... D'un moment à l'autre, réduite à une poignée de poussière. Quelle leçon pour nous, les survivants ! Dépassant de loin les paroles lénifiantes de l'homme d'église dont la tâche consiste à guider ceux qui restent, vers la consolation.
Nous rendons hommage à la petite boîte métallique scellée dans le cercueil saugrenu qui porte le nom et l'âge de ma mère. Je coupe définitivement le cordon ombilical qui me reliait à elle. Un lien parfois oppressant, souvent culpabilisant par l'amour démesuré qu'elle portait aux siens. Un amour qui enchaînait, qui ligotait mais qui donnait l'impression de servir de solide rempart contre la mort... Plus de bouclier désormais, plus de chaînes non plus.
Nous autres en sursis, nous l'accompagnons jusqu'à la tombe où une place l'attend auprès de mon père. Notre propre existence si éphémère, et pourtant d'une importance démesurée, nous scrute du fond du trou, tandis que les employés des pompes funèbres replacent la dalle, la recouvrant des fleurs. Nous rendons hommage en pleurant à une poignée de poussière. Et surtout, à sa mémoire qui nous habite déjà, embellie, apaisée.
(publié sur "Mardis hongrois de Paris")
Je vous remercie tous pour vos pensées...
Je vous remercie tous pour vos pensées chaleureuses de compassion exprimées pour le décès de ma mère. Cela m'a grandement aidée à franchir le cap difficile d'être désormais sans bouclier devant la mort.
Mindenkinek nagyon köszönöm együttérző szavait Anya halálakor. Nagy segítséget jelentettek számomra. Most már talán könnyebb lesz hozzászoknom ahhoz a puszta tényhez, hogy immár egyedül nézek szembe életünk véges voltával... Ezt is meg kell szokni.
En guise de faire-part...
En guise de faire-part...
Gyászjelentés helyett...
Sommes-nous définitivement adultes, lorsque nous devenons des "enfants de personnes"?... C'est mon cas depuis ce midi. Ma mère vient de mourir et je ne lui ai pas tenu la main. Elle n'est plus à 1650 km de moi, mais beaucoup plus loin, ou, très étrangement, beaucoup plus près...
Akkor leszünk-e igazán felnőttek, amikor már senkinek gyereke nem vagyunk?... Ez történt meg velem ma délben.
Anya meghalt, és én nem fogtam a kezét. Nem 1650 km-re van tőlem immár, hanem sokkal messzebb, de az is lehet, hogy furcsa módon sokkal közelebb...
Liberté?...
Liberté?...
Que veut dire le mot "liberté"? Suivant le domaine où l'on cherche à la définir, elle peut être politique, morale, philosophique, en tout cas, un état contraire à la contrainte, à l'état de captivité, de soumission à quelqu'un ou même à une idée, un sentiment. Avec cela, je n'ai sans doute pas épuisé toutes les nuances attachées à cette notion.
De nos jours, elle est volontiers galvaudée. J'ai tendance à croire que l'on ne peut la ressentir vraiment que par son manque, que si l'on en est privé...
Il y a même des prisons auxquelles on s'habitue si bien qu'on a du mal à les quitter... parce que la captivité vous ôte le souci de vous assumer. Votre chemin est tracé, votre emploi du temps est défini, vos choix sont dictés. Aucun casse-tête de ce côté. Dans un régime dictatorial, vous n'avez pas à vous user pour choisir le candidat susceptible de correspondre au plus près à vos idées: on en choisit un unique à votre place! Une éducation stricte, même pesante, vous préserve des dangers de la curiosité dans lesquels la liberté ne manquerait pas de vous entraîner! Le statut de la femme au foyer dans un mariage tyrannique, vous préserve tout de même des aléas de devoir vous "vendre" sur un marché du travail aux perspectives de plus en plus bouchées, sans parler du poids écrasant des habitudes, prison redoutable parmi toutes! L'inconnu, parfois, fait plus peur que les chaînes...Sans évoquer le poids de la solitude.
En fin de compte, je pense que le rêve d'une liberté totale, sans aucune contrainte est une utopie... Que le prix de la liberté, même partielle, est élevé...
Pour finir, je suis de plus en plus persuadée qu'il n'en existe qu'une seule, véritable, la LIBERTE INTERIEURE...
Le prix de la liberté ?
Le prix de la liberté ?
Parfois, on se surprend à fouiller sa mémoire, avec ou sans photos à l'appui. C'est si réconfortant de se réfugier dans un monde révolu qui ne nous réserve plus de surprises désagréables, d'événements tragiques, puisque nous le connaissons. Nous avons toute liberté de trier parmi ces vestiges, en nous réservant ceux qui nous bercent de douces réminiscences !...
L'avenir ? Les informations anxiogènes déversées sans interruption nous font miroiter un futur peu séduisant sur lequel nous n'avons, semble-t-il, aucune prise. Entre menaces de surpopulation, de catastrophes climatiques, d'intolérances intégristes de tout poil, de guerres larvées, d'épidémies planétaires, il reste peu de place à l'enthousiasme pour cultiver notre jardinet intime...
Ce regard anxieux date de mon arrivée dans « le monde libre », à mes vingt-six ans. Comme si j'avais été jetée hors d'un nid douillet, même peu confortable. Cela peut surprendre ceux qui n'ont pas vécu dans un régime communiste, du moins, qui n'y ont pas vécu la même chose que moi.
En 1956, j'étais une enfant ; un peu effrayée, je n'ai pas bien saisi les événements. Les années qui précédaient, se perdent sous un voile bienveillant que les adultes jetaient sur leurs difficultés, afin de nous en préserver. Durant les années 60-70, l'étau s'est considérablement desserré, une certaine liberté de parole, sous self-control aigu, planait sur mes années d'étudiante.
Le sort de ma famille qui ne faisait pas partie des nantis, ne pouvait que s'améliorer avec le communisme. On ne pouvait pas nous confisquer nos terres, nos usines, nos immeubles : nous n'en possédions pas... Les choses aussi élémentaires que d'aller à l'école au lieu d'être « loué à l'année» au marché, à 6 ans, aux paysans aisés, de se faire soigner gratuitement par un docteur, à la place du morceau de sucre arrosé de pétrole en cas d'angine, c'était déjà énorme ! J'ai pris connaissance de ces temps-là par les récits, profondément ancrés en moi, de mes parents ou grands-parents. Je porte en moi, pour toujours, leurs humiliations séculaires.
Je ne fais pas partie des nostalgiques du communisme. Ce régime a commis, entre autres, le crime impardonnable du lavage des cerveaux, maintenant les gens dans l'ignorance de leur destin, comme infantilisés, leur ôtant en même temps le poids de s'en soucier. Torpeur démobilisante, risque minime. En arrivant à l'Occident, j'ai découvert une sensation que Márai exprime ainsi dans les dernières phrases de son livre "Föld, föld !…" ("Mémoires de Hongrie") : "Ebben a pillanatban - életemben először - csakugyan félelmet éreztem. Megértettem, hogy szabad vagyok. Félni kezdtem." ("Au même moment - pour la première fois de ma vie - j'ai ressenti de la peur. J'ai compris que j'étais libre. J'ai commencé à avoir peur." trad. R.T.)...
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