Une sorte de sagesse forcée
Ces derniers jours, plusieurs personnes désemparées, ébranlées m'ont posé la même question simple: "Dans ce monde incertain, difficile, qu'est-ce qu'il nous reste pour espérer, pour vivre décemment, pour tenir, tout simplement?..."
Une sorte de pudeur, de politesse nous incite à ne pas nous plaindre en public. Garder la face. Il y a toujours pire ailleurs, sous nos yeux. Et nous évitons de regarder vers d'autres paysages où ça va incomparablement mieux: pourquoi nous faire du mal avec des comparaisons, des frustrations inutiles?... Le sens, le bonheur sont ailleurs, nous consolons-nous! Et nous nous lançons à la recherche de ce sens vers des territoires peu onéreux.

Petit à petit, nous nous habituons au renoncement permanent dans tous les compartiments de la vie, par pur réflexe de défense, nous fabriquant des raisons parfaites pour l'accepter. Pour nous résigner. Après tout, le plus long du chemin est fait, il est derrière nous. Ce qui est encore devant, nous le parcourrons bien, à petit feu, en gardant la parcelle de dignité qui nous reste, ce que le vieillissement, la maladie, la déchéance inévitable nous laisseront.
Ceux qui se débarrassent sans problème d'un vêtement de marque dans leur poubelle par lassitude, ne peuvent pas imaginer ce que veut dire de s'habiller au supermarché, réservant le Monoprix (!) pour les grandes occasions, en guise de summum du luxe, et de garder le même manteau 15 ans. De devenir une ombre effacée, élimée, qui se confond avec un décor modeste mais qui choquerait dans les beaux quartiers... Alors, on les évite.
La beauté du luxe? Les métiers d'art, trésor du savoir-faire national, on les admire de loin et on prend soin de ses propres affaires bas de gamme pour qu'elles durent le plus longtemps possible. Veillant à ce qu'il y ait des traces de la beauté quand même, autant que possible à peu de frais.
Que veut dire "vivre décemment"? Manger à sa faim, avoir un toit, être chauffé par temps froid. Renoncer au superflu, même minuscule, celui qui peut donner, de temps en temps, une saveur inimitable à la vie.
Je me garde bien de me prendre pour un gourou qui dispense ses bons conseils comme d'autres des hosties. Moi-même, je suis souvent à la recherche d'une branche salvatrice.