Le blog de Flora

Printemps des Poètes

25 Mars 2019, 11:49am

Publié par Flora bis

   Qu'il est difficile d'écrire, de peindre la beauté, le bonheur, sans tomber dans la mièvrerie, le poncif creux, la banalité usée jusqu'à la trame... Pourtant, nous avons besoin de cette source vive pour exister.

   Cette année, le Printemps des Poètes a choisi le thème de "la Beauté". Nous étions une trentaine réunis à Saint-Amand-les Eaux, à l'ancien Café des Sports joliment décoré par l'Association "Paroles d'Hucbald" qui y organise des cafés littéraires et des cours d'alphabétisation. (Hucbald fut un moine bénédictin, poète et musicien à l'Abbaye de Saint-Amand, une des plus importantes du Moyen âge, fondée par Dagobert au 7e s. et détruite pendant la Révolution. Seule en subsiste l'extraordinaire Tour Abbatiale.) 

   Beaucoup de participants ont apporté des textes, en vers et en prose, dont le sujet tournait autour de la beauté. Des poètes présentaient leurs propres textes, d'autres les ont empruntés à Baudelaire, à Hugo, aux différents auteurs d'aphorismes aussi, pour alléger l'émotion forte par le sourire.

   En ce qui me concerne, j'ai apporté deux poèmes de Miklós Radnóti. A l'évocation de la beauté en poésie, ma première pensée me mène toujours vers lui. Rares sont les poètes capables de nous suggérer la beauté de la vie avec autant d'intensité et de sensualité, sollicitant la mémoire nostalgique de nos cinq sens. Cette beauté réside dans la multitude de détails de la vie quotidienne, porteurs d'émotion, et surtout, de la nostalgie du bonheur menacé par la guerre, par la mort précoce. Ci-dessous la fin du poème "Ode à peine" (Tétova óda) traduit par moi, en collaboration avec Muriel Verstichel.

(...)

que dire de plus ? le regard des objets s’entrecroise

et chante ta louange, un morceau de sucre
résonne, la goutte de miel retombe

sur la nappe comme une perle d’or,

le verre à eau vide tinte seul.

Heureux de partager ta vie. Aurai-je encore le temps

de dire sa joie dans l’attente de ta venue?

L’obscurité floconneuse du songe te frôle

elle s’envole puis se pose sur ton front.

Tes yeux mi-clos me font signe encore

tes cheveux se dénouent, se répandent comme une flamme,

et tu t’endors. L’ombre allongée de tes cils frémit.

Ta main s’alanguit sur mon oreiller, branche assoupie de saule,

et par toi, je m’endors aussi, habitant du même monde.

Et j’entends venir jusqu’à moi la métamorphose

de toutes les lignes mystérieuses, fines et sages

                                          de ta paume fraîche.

(ici le poème en entier, lien modifié)

 

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A
comme un voile de brume fraîche et parfumée
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F
Quand on sait que leur mariage n'a duré que 9 ans... Le poète, interné dans un camps de travaux forcés, a été exécuté d'une balle dans la nuque et enseveli dans une fosse commune en novembre 1944... Le pressentiment de la mort qui rôde accompagne la nostalgie des images du bonheur dans sa poésie...
J
merci pour ce poème de Radnoti Miklos mais "ici" ne fonctionne pas ...
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F
Bonjour, Jean-Luc, merci de votre remarque, j'ai essayé d'y remédier: normalement, ça marche!