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Miklós Radnóti (1909-1944) : Comme un taureau (Mint a bika)

14 Mars 2011, 16:23pm

Publié par Flora

COMME UN TAUREAU

J'ai vécu ma vie à ce jour comme un jeune taureau

qui dans la chaleur de midi s'ennuie au milieu des génisses pleines

et pique des tours de galop pour proclamer sa force

et de sa bave, corsant son jeu, fait flotter un drapeau d'écume.

Et il secoue la tête, il se retourne, et l'air touffu sur ses cornes se fend,

et par ses sabots malmenées, herbe et terre éclaboussent la pâture effarée.

 

Et je vis maintenant encore comme un taureau, mais comme un 

qui dans la prairie stridente de grillons s'arrête court,

humant l'air... Dans les forêts de la montagne le chevreuil

-  il le sent  -  s'immobilise, écoute, part en flèche avec le vent

qui d'une bande de loups apporte l'odeur en sifflant...

Il hume l'air, mais ne fuit pas comme s'enfuient les chevreuils :

il pense que si l'heure vient, il luttera, succombera,

que la horde dispersera ses ossements dans la campagne...

et lentement, tristement il beugle dans l'air épais.

 

Ainsi lutté-je, ainsi tomberai-je; et mes os,

la campagne les gardera, pour que comprenne l'avenir.

1933

traduction: Jean-Luc Moreau

 

MINT A BIKA

Úgy éltem életem mostanig, mint fiatal bika,

aki esett tehenek közt unja magát a déli

melegben és erejét hirdetni körberohangat

s játéka mellé nyálából ereszt habos lobogót.

És rázza fejét s fordul, szarván a sűrü,

repedő levegővel és dobbantása nyomán

gyötrött fű s föld fröccsen a réműlt legelőn szét.

 

Úgy élek mostan is, mint a bika, de mint

bika, aki megtorpan a tücskös rét közepén

és fölszagol a levegőba. Érzi, hogy hegyi erdőkön

az őzbak megáll; fülel és elpattan a széllel,

mely farkascsorda szagát hozza sziszegve, -

fölszagol s nem menekül, mint menekülnek

az őzek; elgondolja, ha megjön az óra, kűzd

és elesik a csontjait széthordja a tájon a horda -

és lassan, szomorun bőg a kövér levegőben.

 

Így küzdök én is és így esem el majd,

s okulásul késő koroknak, csontjaim őrzi a táj.

 

 

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F
<br /> Quelle fin violente!<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Et quel pressentiment!<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> oui, cette identification à une force animale passe bien dans son poème, même si la traduction ne peut pas en rendre toutes les nuances, je l'apprécie déjà.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, Françoise. De plus, les deux dernières lignes trouvent un écho particulier 11 ans plus tard, lorsqu'il est tué par la milice et jeté dans une fosse commune...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> C'est un poème stupéfiant que celui qui nous est donné à lire : on sent toute la vigueur de cet être.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Vous avez raison, chère Litteratus, il a pris cette image de "force de la nature"!<br /> <br /> <br /> <br />
A
<br /> J'aime ces vers, les mots sont forts ...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci André, contente qu'ils te touchent...<br /> <br /> <br /> <br />
F
<br /> étrange poème… soit dit en passant, on dénie souvent aux animaux la pensée et l'émotion, mais c'est une totale absurdité!<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Le poète traduit ses sentiments par cette image du jeune taureau insouciant qui hume la vie, plein de forces et puis qui, à l'âge de la maturité, conscient de sa fin, "luttera, puis succombera"<br /> quand l'heure viendra... C'était la période "païenne" de sa poésie, influencée par l'antiquité (dont la traduction ne rend pas la versification)<br /> <br /> <br /> <br />