A quoi sert un "Journal..."?
J'ai entamé ce cahier de brouillons il y a tout juste 2 ans, pendant mon dernier Salon du Livre à Paris, pour meubler la lassitude profonde qui m'a saisie sur le stand. J'en suis à la page 118, d'une écriture serrée. C'est devenu une addiction, un besoin presque viscéral. Pour usage strictement personnel, car je suis loin d'être persuadée de son intérêt pour quiconque d'autre que moi... Je ne cesse, d'ailleurs, de me poser la question à ce sujet: pourquoi ai-je ce besoin irrésistible? Je recopie ici un petit extrait qui tente de répondre à cette question (prenant le risque de n'intéresser personne, tant pis...).
dimanche 3 octobre 2010: Mon anniversaire approche: ** ans. Incroyable. Ai-je vraiment traversé ces années-là? Il faudra, peut-être, que j'écrive un petit bilan à cette occasion... Mais, qui dit bilan, dit pesée, fin éventuelle d'un cycle. Et je n'aime pas les FINs! Le soleil est voilé, il s'enveloppe dans une pâleur maladive. La nature s'apprête à s'emmitoufler pour l'hiver. Mon amour, sous le marbre, as-tu froid dans ta solitude en compagnie des autres morts?... Je sais que cette idée est débile, mais l'amoureuse de la vie que je suis, ne peut pas s'en empêcher. La vie est une exaltation. Parfois tristesse morne, souffrance aiguë, mais toujours grandiose.
Au fond, j'aime l'écriture à la main, cette relation charnelle à l'idée qui se dessine sur le papier. Il faut le feutre doux, le papier sans lignes ni carreaux qui entraveraient la pensée, pour ressentir cette course inlassable des mots attrapés au vol. Des images, des parfums, toute sorte de sensations à transcrire, à fixer sur le papier. La relation des mots à la réalité? Plutôt, le pouvoir des mots justes à retranscrire le ressenti ou les souvenirs... Le soleil s'apprête à se cacher derrière le clocher. J'espère qu'il y aura encore des jours comme ça!...
Ca y est, les 100 pages sont franchies! Est-ce à prendre en compte? Je pense que oui. Je témoigne - pour moi-même - du temps qui passe... Je tente de le saisir, de le fixer. Obstinément. J'écris tout ça sans dictionnaire, sans vérifier l'orthographe, sans chercher à affiner le style. Comme ça vient, comme ça coule. Cette spontanéité "non-travaillée" compte aussi pour moi. Comme saisir la pensée à la naissance. Je suis encore au jardin! J'apprécie infiniment ce sursis. J'ai repoussé les courses pour pouvoir profiter du soleil que l'on devine à peine derrière son voile. Je voudrais en faire des stocks pour supporter les mois à venir...