Le blog de Flora
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Pour la fête des Mères... (huile, 2000, détail)

30 Mai 2010, 11:44am

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Publié par Flora

Cortège 2 détailIl n'y a pas de raison que la fête n'arrive qu'un seul jour par an...

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Bribes de mémoire 67. Parcourir la Turquie

29 Mai 2010, 10:05am

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Publié par Flora

Sumela.jpgSuméla... Monastère en ruines, sculpté dans la falaise, roche verticale au bord de la mer Noire...

   Nos voyages à travers la Turquie ! Des centaines et des milliers de kilomètres. Nous avons écumé cette Asie Mineure tant convoitée durant des millénaires. Couches superposées de civilisations successives, vagues déferlantes de conquérants chassant les précédents et anéanties par les suivants... Tremper ses pieds dans le Tigre et l'Euphrate, ça vous ramène dans les temps prébibliques !

   Civilisations lointaines et mystérieuses, difficiles à déchiffrer dans les stèles rongées par le temps, comme les Hittites du 14-13 siècles avant JC. Les Lydiens et leurs sarcophages sur pied ou les tombes creusées  dans la falaise friable surplombant Amasya (dont le nom me restera à jamais associé à notre modeste "Konfor Palas" comme son nom ne l'indique pas, avec ses draps déchirés mais propres et ses toilettes communes inapprochables...), Ani, l'ancienne capitale du royaume d'Arménie qu'un tremblement de terre a littéralement rasée. Le mont Ararat dont nous suivons les flancs enneigés, sans pouvoir découvrir l'arche de Noé...François au Nemrut FrançoisLes ruines d'Ishak paşa, somptueuse résidence en ruines du gouverneur  du sultan au 17e siècle, à quelques kilomètres de la frontière iranienne, près de Doĝubayazıt, sur la route de la soie... Le lac de Van, avec, en son milieu, la petite île d'Akdamar qui abrite les vestiges d'une église arménienne du 10e siècle... La volupté de l'air printanier et les amandiers en fleurs au milieu du lac bleu, entouré de sommets enneigés... Non loin, le mont Nemrut (Nemrut daĝı), plus de 2000 métres, avec un tumulus de 50 m qu'Antiochus I s'est offert veillé par des sculptures géantes de plus de 10 mètres, décapitées par un tremblement de terre... La Cappadoce et la côte égéenne, la Méditerranée avec leurs sites somptueux et leurs souvenirs inoubliables, auxquels l'accueil des habitants, partout, prête son âme...

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László KÁLNOKY (1912-1985) * Extrait des notes d'un artiste forain

27 Mai 2010, 12:16pm

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Publié par Flora

 

 

EXTRAIT DES NOTES D'UN ARTISTE FORAIN

 

Farine, couleurs, nous barbouillons notre visage,

nous nous jetons dans la sciure en culbutes, 

nous laissons l'autre avoir honte pour nous, 

nous pirouetteurs, nous comédiens,

jusqu'à trouver enfin,

cet équilibre instable dont

le prix est un compromis âpre.

 

Il s'écoule comme l'action sur la scène,

il s'écoule comme le temps de la mansuétude,

il s'écoule comme les pourparlers du soir,

il s'écoule comme l'exécution au petit matin,

il s'écoule comme l'eau de la pluie sur le mur,

il s'écoule comme sur le miroir sans regard le crachat.

 

traduction : Maurice Regnaut

 

 

 

 

 

EGY MUTATVÁNYOS FELJEGYZÉSEIBŐL

Arcunkat liszttel, festékkel bekenjük,

a fűrészporban bukfencet vetünk,
hagyjuk, hogy más szégyenkezzék helyettünk,
és piruettezünk, komédiázunk,
hogy végre megtaláljuk
az ingatag egyensúlyt, aminek
fanyar megalkuvás az ára.
*
Lefolyik, mint színpadon a cselekmény,
lefolyik, mint a türelmi idő,
lefolyik, mint az esti tárgyalás,
lefolyik, mint a hajnali kivégzés,
lefolyik, mint esővíz a falon,
lefolyik, mint vak tükrön a köpés.

 

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Maria l'Antillaise * fusain (2010)

26 Mai 2010, 10:30am

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marial'antillaise

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Violette

25 Mai 2010, 11:06am

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Publié par Flora

Violette mérite son prénom : reflet de ses beaux yeux. Elle est l'enfant tardive des parents aimants, attendris par ce cadeau inespéré des années de découragement qui les laissent exsangues. Lorsque la fillette arrive enfin, comme par surprise, elle hérite des grands-parents, en guise de parents...

   De plus, ils ne sont pas beaux... Disgracieux même. Vieux et disgracieux. On peine à imaginer leur jeunesse, deux solitudes qui se rencontrent, deux laideurs qui se reconnaissent. On devine leurs familles se mobilisant pour préparer le terrain afin que la rencontre ait lieu : elles s'occupent de l'assortiment. Les deux protagonistes n'ont pas grand-chose à dire : lorsqu'on est habitué à son image dans la glace, on connaît ses chances infimes pour rencontrer la passion. On scrute son reflet à la dérobée, avec le secret espoir de découvrir un léger mieux et on finit par lui tourner le dos. Définitivement. Il faut se caser, à la limite, et l'ambition s'arrête là. Au moins faire comme tout le monde : un mariage, une maison, des enfants... si possible.

   Violette ne voit pas la laideur de ses parents, leurs dents de travers qui rappellent un fagot mal assemblé, enchevêtré, dépassant de la bouche même refermée. De ce point de vue, ils sont bien assortis. Pendant longtemps, elle ne s'étonne pas de leur âge non plus, jusqu'à ce que, vers 8 ans, une camarade de classe ne lui assène, dans un délicieux frisson de faire du mal : "Tu n'es qu'une enfant adoptée !"

   Violette éclate en sanglots, sans bien comprendre le sens de la phrase maligne. L'intonation, le rictus moqueur sont éloquents. Elle s'agrippe aux cheveux de la malfaisante, arrache le ruban artistiquement noué et ajoute un coup de pied dans le tibia.

   Les parents parviennent à la consoler, à la convaincre. Ils trouvent même des ressemblances, en guise de preuves. Le sujet ne refait plus jamais surface. Violette vit avec ses vieux parents jusqu'à ses 40 ans, les enterre et commence enfin sa vie d'adulte. Avec, comme seules compagnies, un chat obèse et la bouteille de rouge... 

 

 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 24.

24 Mai 2010, 09:34am

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Publié par Flora

   Edouard devait passer hier soir. Nous l'attendons encore. Estelle a dû le retenir. Pour qu'il oublie le coup de téléphone quotidien, il faut qu'il file le parfait amour ou qu'un nouvel accès de dépression s'abatte sur lui. J'étais à l'origine de la crise précédente. Un de ses plaisirs consiste à me faire passer pour son père, en dépit des onze ans qui nous séparent. Lorsque le libraire de la place de la Sorbonne a lâché ingénument "Je vous aurais donné le même âge !", Edouard est sorti de la boutique sans un mot, blanc et décomposé, s'est engouffré dans le métro sans un au revoir. Quinze journées dans le noir et de fortes doses d'antidépresseurs ont ponctué cet épisode.


C'est vers la fin du Moyen-Âge qu'apparurent les horloges à automates. La plus ancienne orne la cathédrale d'Exeter et date de 1284. Elle a deux ans de plus que celle de la cathédrale Saint-Paul à Londres, huit ans de plus que celle de la cathédrale de Canterbury. En France, la première horloge à automate orne la cathédrale de Sens, en 1292. Puis viennent Beauvais, Nevers.

 

   La guerre est déclenchée. C'est du moins ce que je lis sur le visage de Séverine. Je n'ai pas fait preuve de finesse, je suis prêt à l'avouer. Il en allait de ma survie. A force de voir notre maison laonnoise sur un guéridon de la salle à manger, vide de tout habitant, le sentiment m'est venu que la maquette avait été construite afin qu'un agent immobilier s'en empare à ma mort, argument de vente original et fuite de mon épouse loin du cimetière où je vais me dissoudre. J'ai surtout compris qu'en réduisant notre existence à des murs de bois, Séverine, au-delà de son désir de maîtriser la réalité, faisait éloge d l'immobile,de la matière. La vie, pour elle, n'était que superflu. Le temps était banni. 

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Bribes de mémoire 66. Mon "bakkal", mon "kasap", mon "baklavaci"

18 Mai 2010, 18:12pm

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Publié par Flora

grand-bazar-1.jpgJ'ai toujours été étonnée par l'usage abondant des pronoms possessifs par les Français : mon boucher, mon coiffeur, mon député, jusqu'à l'infini... En hongrois, j'ai été habituée à la simple désignation, sans m'approprier les choses et les personnes. L'esprit collectiviste qui m'a nourrie aurait-il déteint sur la langue ? On pourrait imaginer le contraire : les dépossédés résistent en s'appropriant les choses par la grammaire... En réalité, je pense que ces phénomènes sont beaucoup plus profonds et plus anciens.

   Toujours est-il qu'à Istanbul, ces possessifs me semblent très pertinents et j'apprends à en user et abuser...  Mon bakkal (épicier), mon kasap (boucher), mon çiçekçi (fleuriste  -  pron. "tchitchektchi"), voire mon baklavacı (marchand de baklava), la liste est sans fin. Il faut avouer que la corvée des courses quotidiennes crée des liens auxquels l'accueil chaleureux de la plupart des commerçants donne des contours d'authentique sympathie.

   Le bakkal est une véritable institution. Je finis par me dire qu'ils ne dorment jamais, car à toutes les heures, y compris vers minuit, on en trouve d'ouverts. Un jour, les autorités ont voulu instaurer la fermeture du dimanche et des jours de fêtes. Eh bien, mon bakkal attend, malheureux, derrière son rideau de fer et me fait signe par un judas qu'il me servira en cachette... De toutes les tailles, dans ces cavernes d'Ali baba on trouve le nécessaire pour la vie quotidienne. La farine, le sucre en vrac, dans de grands sacs de jute, avec un chat somnolant paisiblement dessus. Les ménagères, pour s'économiser les étages sans ascenseur, font descendre un petit panier au bout d'une corde, par la fenêtre, avec, au fond, la liste des courses, accompagné d'un cri perçant : "Bakkaaaal!" Comme il y a une boutique tous les 20-50 mètres, les provisions ne tardent pas à remonter, avec la facture, tandis que l'argent refait le chemin inverse. J'ai vu voyager ainsi au bout de la corde, des chaussures à cirer à l'intention du cireur installé au pied de l'immeuble, des parapluies ou des casseroles à retaper pour des réparateurs ambulants.

   Mon kasap, outre le fait qu'il vend une excellente viande (qu'il pèse avec l'os et les déchets à enlever par la suite), pour me faire patienter, il m'offre non seulement le thé habituel mais aussi un sandwich à l'occasion et une fois, il a même proposé de partager son güveç (ragoût cuit en pot de terre)!

   Que dire des çiçekçi épris de la beauté de leurs bouquets qui n'hésitent pas à vous en offrir un, en plus de votre achat! Des gestes de ce genre m'enchantent et rendent la vie quotidienne à Istanbul plus que vivable, humainement chaleureuse...

 

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Ágnes Nemes Nagy (1922-1991) : Glace

17 Mai 2010, 10:23am

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Publié par Flora

GLACE

Comme en hiver dans le lac les roseaux,

En moi lentement le monde se glace

Et parmi les roseaux se figent et s'entassent

Un pan de ciel, une image, un rameau.

Si je croyais en toi tu rouvrirais

Silencieusement tes paumes chaudes

Qui deviendraient petits soleils là-haut,

Au-dessus du lac et de tout l'hiver.

La glace et l'écume alors bougeraient,

Tous les objets à la fois brilleraient,

Comme des poissons tous ils bondiraient.

(traduction de Guillevic)

JÉG
Belémfagy lassan a világ,
mint téli tóba nádbugák,
kis torlaszokban ott ragad
egy kép, egy ág, egy égdarab –
ha hinnék Benned, hallgatag
széttárnád meleg tenyered,
s az két kis napként sütne fönn
a tél felett, a tó felett,
hasadna jég, mozdulna hab,
s a tárgyak felszökellve mind
csillognának, mint a halak.

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Méditation dans la mosquée * lavis d'encre (1989)

13 Mai 2010, 16:05pm

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Publié par Flora

Ulu camii

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Photographie...

11 Mai 2010, 11:35am

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Publié par Flora

Col-de-dentelle.jpgChose exceptionnelle, Amélie aime son prénom, elle s'y sent à l'aise. Il correspond à ses rêves de jeune fille, puisés dans quelques romans à l'eau de rose, dérobés à la vigilance maternelle, à surveiller sans cesse si les mains de l'adolescente sont occupées à quelque chose d'utile. La vacuité mène à la paresse, péché impardonnable selon les austères principes calvinistes...

   Amélie est bonne élève, appliquée, un peu rêveuse peut-être, sans s'avouer à elle-même l'objet de ses rêves : son instituteur, beau comme un acteur de cinéma  -  du moins, tels qu'elle les imagine, n'ayant jamais approché un cinéma  -  avec ses cheveux dorés, plaqués en arrière avec quelques vagues savantes et ses yeux d'un vert caressant. De temps en temps, il s'arrête devant elle, appuie sa main fine qui n'a jamais touché aux travaux des champs, sur sa table et Amélie retient son souffle : elle ferme ses yeux baissés sur le cahier et de toutes ses forces, elle veut fixer, absorber, s'accaparer l'instant, la présence à la fois douce et bouleversante qui laisse un léger parfum de lavande sur le plateau, parmi les taches d'encre. Une fois la lampe à pétrole soufflée, dans l'étroit lit gigogne qu'elle doit partager avec sa soeur aînée et le vieux chat zébré, elle remémore les fragments multicolores de sa richesse infinie, glanés dans la journée.

   L'instituteur a repéré Amélie parmi les enfants du village : il voudrait pousser les parents à l'envoyer à la ville pour continuer l'école. "Une bonne tête, il ne faut pas la priver de sa chance", répète-t-il. Le père décide, ils serreront la ceinture. Plusieurs fois par semaine, Amélie prend le chemin de la ville, cinq-six kilomètres plus loin, à travers champs, avec ses souliers sous le bras pour éviter de les user et de les salir. Une fois arrivée au petit bourg, elle s'arrête à la première fontaine, se lave les pieds pour pouvoir enfiler les souliers.

   Deux années passent à ânonner les rudiments de l'allemand, du latin et d'autres matières savantes, sous l'oeil et les coups de canne des religieuses. Puis les portes du paradis se referment dans un grand claquement : la guerre éclate, la vie s'arrête et de l'instituteur en uniforme militaire, il ne reste qu'une photo jaunie, gardée secrètement au fond du tiroir des regrets éternels... 

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