Le blog de Flora

Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 20.

13 Avril 2010, 09:48am

Publié par Flora

   Le jazz  -  Philibert Tique ne le découvrit que très tard, bien après le retour en Amérique de Steve King  -  s'était incrusté à son insu dans chaque cellule du lycéen laonnois. Le jazz et surtout ses rythmes. Jamais plus Philibert ne pourrait écouter une musique ordinaire, fut-elle de Mozart, Beethoven ou Schubert, sans la sentir infirme des "cadences de Louis", comme il finit par les appeler ; jamais plus il ne se lèverait sans écouter en boucle dans la salle de bain, comme d'autres le font pour les informations, I wonder, I wonder, I wonder, cet emblème d'Armstrong 1, sans revoir la main noire de Jane King poser le disque sur la platine, une main animée par le plaisir qu'elle allait déclencher, ce don du ciel : sentir se mettre en mouvement chaque parcelle de l'âme.

   Adulte, Philibert s'était demandé ce qui avait précédé, de son obsession pour le temps ou de son goût pour le jazz. Etait-il devenu un spécialiste de Proust parce que Louis Armstrong et quelques autres avaient fait germer le rythme en lui, le transformant en métronome instinctif qui claquait des doigts en cadence, agitait le pied, secouait la tête ? Fallait-il penser, au contraire, qu'il n'avait été sensible aux avances musicales de Jane King que pour la bonne raison que quelque chose en lui, une obsession du temps qui pulse, ronge et détruit, germait dans son corps depuis la conception ? A ce débat théorique, il n'apportait aucune réponse. Sans doute l'inné, un sens particulier du temps, de ses rythmes mortels, s'était confondu avec l'acquis, la chance de croiser, dans le désert de Laon, une famille capable de l'éveiller à un autre monde, de transcender, pour quelques temps, sa terreur de la mort en goût pour une musique de vie. 

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László NAGY (1925-1978) * Qui portera l'amour?

11 Avril 2010, 12:48pm

Publié par Flora

 nagy laszlo      

QUI PORTERA L'AMOUR ?

Une fois mon existence à jamais absorbée,

Qui donc vouera un culte au violon du grillon ?

Qui soufflera du feu sur les branches frappées de givre ?

Qui donc ira s'écarteler sur l'arc-en-ciel ?

Qui donc en pleurs enlacera des hanches rocheuses

Pour les changer en champs qui mollement ondulent ?

Qui câlinera des cheveux, des artères

Ayant racine dans des murs ?

Qui donc enfin élèvera des cathédrales d'injures

À des croyances ravagées ?

Une fois mon existence absorbée à jamais,

Qui donnera l'épouvante aux vautours ?

Qui portera sur l'autre rive

L'Amour qu'il tient entre ses dents ?

traduction : Guillevic

 

 

KI VISZI ÁT A SZERELMET

 Létem ha végleg lemerűlt

ki imád tücsök-hegedűt?

Lángot ki lehel deres ágra?

Ki feszül föl a szivárványra?

Lágy hantú mezővé a szikla-

csípőket ki öleli sírva?

Ki becéz falban megeredt

hajakat, verőereket?

S dúlt hiteknek kicsoda állít

káromkodásból katedrálist?

Létem ha végleg lemerűlt,

ki rettenti a keselyűt!

S ki viszi át fogában tartva

a Szerelmet a túlsó partra!

Le 12 avril, jour de la naissance du poète Attila József est traditionnellement le Jour de la Poésie en Hongrie. Je marque ainsi à ma manière somme toute modeste, ce jour où beaucoup feuilletteront des recueils, écouteront des récitations de poésies en Hongrie, puisant dans le réservoir inépuisable de cette véritable richesse nationale.  

 

 

 

 

 

 

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bribes de mémoire 63. Au Grand Bazar d'Istanbul

8 Avril 2010, 14:26pm

Publié par Flora

bazar3.jpgKapalı çarşı... Le Grand Bazar... Un des endroits, pour moi, où bat le coeur d'Istanbul, réel ou imaginaire... Trop touristique pour les "vrais" habitants? Sans doute. Marée humaine des troupeaux compacts en casquettes et bermudas, venus de tous les pays du monde, en mal d'affaires ou d'exotisme, du petit souvenir kitsch ou de l'objet de collection plus rare, accessible aux seuls avertis et introduits en confiance auprès d'un marchand attitré...

   Le Bazar me fascinait. Je crois que je n'étais pas dupe, mais les plus ou moins grosses ficelles des marchands m'amusaient. Marchander pour le plaisir? Petit jeu auquel tout le monde s'adonne. Arrivée parfois plus tôt, avant la grande affluence, dans la fraîcheur propre de la matinée, à l'ouverture des boutiques aux gestes pesés, à l'accrochage des marchandises sur les devantures et les premiers thés du jour... Aux premiers clients, censés porter chance, on offre souvent 50 % de réduction. 

   J'ai mes habitudes, mes points de chute, bien entendu. Je voudrais rendre hommage ici à Kato, marchand arménien d'objets artisanaux en cuivre et en argent, sans doute des plus beaux, des plus authentiques du Bazar. Sa petite boutique ne paye pas de mine. Nous discutons de choses et d'autres, de la santé de la famille, des merveilles de sa boutique et de politique aussi, avec une certaine précaution, en sirotant notre çay ou notre sade kahve. Parfois, il me fait un signe discret d'attendre le départ du chaland : "Dans la vitrine, c'est prix pour touristes, pour vous, c'est prix d'amis, à diviser par trois". Un jour, d'une mine de conspirateur, il m'invite à le suivre dans son minuscule grenier  -  plutôt une soupente  -  par une petite échelle. Là-haut, il garde ses pièces les plus précieuses, enfouies dans des papiers journaux, sous des étagères. Il en extirpe une, extraordinaire coupe en cuivre datant de la fin du 17e - début du 18e siècles, travail persan finement ciselé. Il montre aussitôt sa soeur jumelle, sur le catalogue d'un musée américain. "Il n'en existe que ces deux exemplaires. C'est pour vous, autant savoir, chez qui elle va." Je suis très touchée, très émue mais c'est une folie. "Kato, vendez-la, je ne peux pas l'acheter." Quelques semaines plus tard, je suis de retour au Bazar. Petit clin d'oeil complice de Kato vers son "grenier" : "Vous savez, elle vous attend toujours." Je craque et me décide. Il l'emballe dans plusieurs couches de journaux et me dit de l'emporter : "Vous paierez plus tard, comme vous pourrez."

   Avant de quitter définitivement Istanbul, je retourne au Bazar pour dire adieu à "mes" marchands. Nous nous embrassons avec Kato, en écrasant une larme et il m'offre une petite coupe en souvenir. J'apprends il y a peu sur un blog qu'il est mort dans un accident de voiture. Il continue cependant à vivre dans tous les beaux objets qui m'entourent, à chaque fois que mon regard se pose sur eux...

la suite suivra...

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La meute * (encre)

5 Avril 2010, 11:00am

Publié par Flora

chiens.jpg

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 19.

4 Avril 2010, 17:06pm

Publié par Flora

   A neuf heures, le généraliste se présente. Il a reçu une lettre du cancérologue. Y figure ce que je sais déjà, le myélome au stade 1, les prises de sang chaque mois, les IRM et radios toutes les six semaines. Deux faits surprennent : le retour du doute concernant le fémur et la demande de dépistage des hépatites en vue d'une vaccination. Il s'agit d'éviter une contamination lors de futures transfusions sanguines. On ne m'avait jamais parlé de transfusions sanguines. Il est vrai qu'elles n'ont pas la côte depuis que tout un troupeau de responsables  non coupables a laissé mourir des hémophiles...

Les Égyptiens possédaient des clepsydres. De l'eau s'écoule d'un récipient percé. Des marques indiquent quelle quantité s'est échappée, donc combien de temps vient de passer. Mais le système est imprécis. des différences de température provoquent une évaporation plus ou moins rapide de l'eau ; du calcaire peut boucher progressivement l'orifice...

   Petite prise de sang, pour dépister les hépatites. Au rythme d'une ponction par moi, combien de litres va-t-on me soutirer ? Me voici devenu station de service pour tous les Dracula de la médecine...

   Les résultats sont étranges. Ils indiquent une hépatite A "en cours ou très récente". Comme j'ai eu la jaunisse à cinq ans et que cette maladie ne récidive jamais, il se passe quelque chose. Je parierais pour un cancer du foie. Séverine pleure. Ariane est endormie au fond de sa boutique. A moins qu'elle ne puisse s'extraire du fauteuil. Je pose une fleur sur la tombe de Véronique, là-bas, en Cappadoce. Cancer du foie ou simple jaunisse, j'ai toujours mal à la tête, de préférence la nuit. Après une semaine de réveils aux aurores, je comptais sur ce samedi pour m'offrir une grasse matinée. Raté !

   Une heure d'attente chez le généraliste. Le laboratoire s'est trompé. Il s'agissait  bien des traces de l'hépatite ancienne. Je n'ai pas l'âme d'un collectionneur ; je ne peux pas avoir toutes les maladies. Séverine sèche ses larmes. Devenant   -  du moins durant cette phase fâcheuse  -  beaucoup plus sec, il ne faisait presque plus preuve vis-à-vis de ses amis, par exemple vis-à-vis de moi, d'aucune sensibilité.  

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Reprise...

2 Avril 2010, 18:06pm

Publié par Flora

   Après une semaine d'interruption, me voici de retour devant mon ordinateur. Petit sevrage salutaire pour renouveler le regard. Incursion rapide au Salon du Livre de Paris, quelques conversations empreintes de nostalgie avec les "anciens", embrasser Julienne Salvat, magnifique "vieille dame de 78 ans" (selon ses mots) des lettres martiniquaises qui garde intacte une beauté éblouissante, faire un saut sur les stands hongrois, turc, glaner quelques livres... J'ai écouté l'entretien d'une heure avec Imre Kertész, le prix Nobel 2002, auteur de Être sans destin (Sorstalanság) -  où le mot "être" n'est pas le substantif mais le verbe : c'est l'état d'être privé de destin... Cette précision s'impose d'après les hésitations de ceux qui ne connaissent pas le hongrois.

   Kertész a toujours ce regard positif sur la leçon de l'Holocaust : il ne sert à rien de s'infliger le devoir de mémoire (expression dont il ne raffole pas) si on ne profite pas de ce traumatisme majeur de l'histoire européenne pour qu'il donne naissance à de nouvelles valeurs sur la base de la liberté, cette aspiration éminemment européenne... (voir :  Imre Kertész * Discours de Stockholm 8.) Son discours de réception du prix Nobel de littérature (que j'ai traduit entièrement sur ce blog) résume merveilleusement ses réflexions à l'encontre des idées reçues, bien pensées qui aiment expédier les problèmes au lieu d'y réfléchir.

    Pour finir, je recommande l'émission suivante de France-Culture à tous ceux qui ont appris à connaître et à aimer Miklós Radnóti sur les pages de ce blog:


MARDI 6 AVRIL, à 17h
Sur France Culture (93.5 FM)

http://sites.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/sur_docks/ 

Der Springt noch auf ! La dernière marche de Miklos Radnoti
Un docufiction de Martin Quenehen et Vanessa Nadjar

Miklos Radnoti est mort. 
Miklos Radnoti est mort assassiné, le 9 novembre 1944. Un milicien hongrois – un compatriote – l’a abattu au bord d’une route et jeté son corps dans un charnier. 
Radnoti est alors enterré dans une fosse qu’il avait lui-même creusée, au terme de 900 kilomètres de marche forcée. De la mine serbe de Bor jusqu’à Abda, en Hongrie, il avait suivi la débâcle de l’armée allemande sur le front de l’Est, parmi des milliers de prisonniers, dont seule une poignée a survécu. 
Miklos Radnoti est mort, mais on a retrouvé son corps. Dans la poche de son imperméable élimé, ses derniers poèmes attendaient, tapis, têtus, obstinés. Ses derniers poèmes attendaient Fanni.
 

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Petite pause de printemps...

26 Mars 2010, 19:35pm

Publié par Flora

Paris-2006.JPGJ'avais juré sur tous les saints que je ne remettrais plus les pieds au Salon du Livre de Paris, ni dans un autre salon, ni cette année, ni après (voir Retour du Salon... ). Je tiens ma promesse, à moitié. Je ne peux résister à la tentation d'y faire un rapide tour demain, sur notre stand où j'exposais assidûment depuis mars 2000, date du premier numéro de la revue Hauteurs. 10 ans de salon, cela crée des habitudes, des connaissances, des amitiés... Surtout, je ne veux pas rater la rencontre avec Imre Kertész, prévue demain à 17 heures. La Hongrie a de nouveau un stand, après une absence de 5 ans. Je ferai un tour chez d'autres, pour les saluer, ceux qui viennent d'Outremer et que je ne rencontrais qu'à cette occasion. Des connaissances, des sympathies, des collaborations sont nées de ces rencontres. Notre stand (Nord-Pas-de-Calais) devenait le lieu convivial où nous passions la semaine et qui donnait l'occasion de découvrir le travail des confrères de la région, leurs soucis et leurs enthousiasmes.
   Je ne renie pas ces 10 années... A présent, j'ai envie de me tourner vers d'autres voyages... 

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attila József (1905-1937) : Surgis de tes profondeurs (Bukj föl az árból)

25 Mars 2010, 19:15pm

Publié par Flora

Voici deux traductions du même poème : les deux sont réussis, les deux ont leurs faiblesses...

                                                   SURGIS DE TES PROFONDEURS 

Mon Dieu accorde-moi la peur.                             Mon dieu, inflige-moi la peur.
J'ai grand besoin de ta colère.                                 -  Ah! j'ai besoin de ta colère  -
Surgis de tes profondeurs.                                       Viens, surgis de tes profondeurs,
Sors-moi du cours du néant.                                    Sors-moi du néant solitaire.

Dénué, qu'un cheval renverse                                  Renversé par tous les chevaux
à peine sorti de la poussière                                     A peine je sors des poussières,
je joue parmi les pointes des tourments                   Je joue mal avec les couteaux
trop fortes pour le coeur d'un homme.                     Des grands tourments qui me lacèrent.

Je prends feu, j'ai fait jaillir                                      Je prends feu et j'ai fait jaillir
une flamme telle un soleil. Prends-la !                     Pareille au soleil une flamme.
Hurle sur moi ton interdiction.                                 Prends-la, hurle-moi d'obéir,
Fais éclater ta foudre. Frappe.                                  Frappe ma main avec ta lame.

Vengeance ou grâce, ô imprime en moi                   Vengeance ou grâce, marque en moi
que ne pas pécher c'est mon crime.                          Que ne pas pécher est un crime.
C'est mon innocence qui me brûle                            Mon innocence brûle en soi
plus que les feux de l'enfer.                                      Plus que l'enfer sur sa victime.

Couché, je me tourne et retourne                              Couché, je me retourne, las,
proie des sauvages mers et bavant.                           Proie des mers d'écume et sauvages.
Je suis seul, prêt à oser tout.                                      Je suis seul, j'ose tout déjà,
Mais plus rien n'a de raison.                                      Mais plus aucun sens ne surnage.

Pour mourir, je retiens mon souffle                           Ton bâton ne me frappant pas
si tu ne m'achèves pas au bâton                                 Je retiens en moi mon haleine
et c'est ainsi que je défie                                            Pour mourir, je la vois là
ton absence au visage humain.                                  Ton absence à figure humaine.

traduction: André Frénaud                                        traduction: László Gara

BUKJ FÖL AZ ÁRBÓL

Ijessz meg engem, istenem,
szükségem van a haragodra.
Bukj föl az árból hirtelen,
ne rántson el a semmi sodra.

Én, akit föltaszít a ló,
s a porból éppen hogy kilátszom,
nem ember szívébe való
nagy kínok késeivel játszom.

Gyulékony vagyok, s mint a nap,
oly lángot lobbantottam  -  vedd el !
Ordíts reám, hogy nem szabad !
Csapj a kezemre mennyköveddel.

És verje bosszúd vagy kegyed
belém : a bűntelenség vétek !
Hisz hogy ily ártatlan legyek,
az a pokolnál jobban éget.

Vad, habzó nyálú tengerek
falatjaként forgok, ha fekszem,
s egyedül. Már mindent merek,
de nincs értelme semminek sem.

Meghalni lélekzetemet
fojtom vissza, ha nem versz bottal,
és úgy nézek farkasszemet,
emberarcú, a hiányoddal !
1937

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 18.

24 Mars 2010, 10:36am

Publié par Flora

   Jour de migraine. Le front se vrille du côté droit, ce qui me change de l'habituelle douleur à gauche. J'éprouve les sensations du boxeur au lendemain d'un K.O. Ariane y voit le châtiment de Dieu. J'aurais moins mal si je priais... Je connais des boxeurs qui montent sur le ring en se signant et qui en prennent plein la figure. Inutile d'évoquer le sujet devant ma soeur. Elle prétendrait que le vainqueur a fait deux signes de croix.
   Sa rencontre avec Dieu est contemporaine de la première cure de désintoxication. Elle prétend qu'un visage lui est apparu en face de son lit, sur le mur de la clinique. Ni le barbu coutumier, ni le Christ, ni même la douce Sainte Vierge de Lourdes ou Fatima. Un visage androgyne et sans âge. Lorsque Véronique lui a envoyé, depuis la Cappadoce, la reproduction d'une fresque de l'Eglise au Serpent, Ariane a déchiré la carte postale. Une femme, Onophirios, y était représentée, le sexe dissimulé par une plante et le visage couvert d'une barbe. Cette prostituée l'ayant supplié de la préserver des hommes, Dieu n'avait pas trouvé mieux que cette pilosité. Véronique a pensé, sans malice, que l'hallucination de la clinique était une femme à barbe. Elle est morte brouillée avec sa tante bigote.
   C'est la rentrée. Mon premier cours : "Mémoire et décalages dans Le temps retrouvé de Marcel Proust". Rien n'a changé dans l'attitude des étudiants. Je ne suis pas repeint en bleu. Je n'ai pas perdu mes trois cheveux. Ma mémoire n'a pas davantage souffert. Je me souviens très bien des récits de souffrances que je puise dans les romans où agonisent des cancéreux. Parfois, entre deux pages, émerge cette vie réelle où Séverine m'ensevelit : mon père, attaché à son lit d'hôpital, décharné, privé de morphine par un chef de service catholique à outrance, mon père toujours conscient, réclamant à son fils de suspendre l'horreur. Le fils est bien trop lâche...
Certes dans les coulisses d'un théâtre ou pendant un bal costumé, on est plutôt porté par politesse à exagérer la peine, presque à affirmer l'impossibilité, qu'on a à reconnaître la personne travestie. Ici, au contraire, un instinct m'avait averti de les dissimuler le plus possible... A midi, j'ai repris de la purée.

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.... sur les bancs publics, bancs publics... (lavis d'encre)

23 Mars 2010, 12:28pm

Publié par Flora

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