Le blog de Flora

Photographie...

11 Mai 2010, 11:35am

Publié par Flora

Col-de-dentelle.jpgChose exceptionnelle, Amélie aime son prénom, elle s'y sent à l'aise. Il correspond à ses rêves de jeune fille, puisés dans quelques romans à l'eau de rose, dérobés à la vigilance maternelle, à surveiller sans cesse si les mains de l'adolescente sont occupées à quelque chose d'utile. La vacuité mène à la paresse, péché impardonnable selon les austères principes calvinistes...

   Amélie est bonne élève, appliquée, un peu rêveuse peut-être, sans s'avouer à elle-même l'objet de ses rêves : son instituteur, beau comme un acteur de cinéma  -  du moins, tels qu'elle les imagine, n'ayant jamais approché un cinéma  -  avec ses cheveux dorés, plaqués en arrière avec quelques vagues savantes et ses yeux d'un vert caressant. De temps en temps, il s'arrête devant elle, appuie sa main fine qui n'a jamais touché aux travaux des champs, sur sa table et Amélie retient son souffle : elle ferme ses yeux baissés sur le cahier et de toutes ses forces, elle veut fixer, absorber, s'accaparer l'instant, la présence à la fois douce et bouleversante qui laisse un léger parfum de lavande sur le plateau, parmi les taches d'encre. Une fois la lampe à pétrole soufflée, dans l'étroit lit gigogne qu'elle doit partager avec sa soeur aînée et le vieux chat zébré, elle remémore les fragments multicolores de sa richesse infinie, glanés dans la journée.

   L'instituteur a repéré Amélie parmi les enfants du village : il voudrait pousser les parents à l'envoyer à la ville pour continuer l'école. "Une bonne tête, il ne faut pas la priver de sa chance", répète-t-il. Le père décide, ils serreront la ceinture. Plusieurs fois par semaine, Amélie prend le chemin de la ville, cinq-six kilomètres plus loin, à travers champs, avec ses souliers sous le bras pour éviter de les user et de les salir. Une fois arrivée au petit bourg, elle s'arrête à la première fontaine, se lave les pieds pour pouvoir enfiler les souliers.

   Deux années passent à ânonner les rudiments de l'allemand, du latin et d'autres matières savantes, sous l'oeil et les coups de canne des religieuses. Puis les portes du paradis se referment dans un grand claquement : la guerre éclate, la vie s'arrête et de l'instituteur en uniforme militaire, il ne reste qu'une photo jaunie, gardée secrètement au fond du tiroir des regrets éternels... 

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F
<br /> Oh, très bon texte! J'y retrouve aussi les détails de la vie que ma grand-mère me disait :les souliers dans les mains afin de ne pas les user… sauf que les souliers, c'était pour le dimanche; les<br /> autres jours elle mettait des sabots de bois (avec de la paille dedans quand c'était l'hiver)<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Inutile de te dire, chère Françoise, que quelques motifs, du moins du départ du personnage, ne me sont pas inconnus... Ensuite, j'ai beaucoup inventé, contrairement à mes "Bribes de mémoire"<br /> où tout est rigoureusement véridique! Merci de ta résonance! <br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Comme est bien traduit l'émoi de la jeune fille , j'ai beaucoup aimé , ainsi que la nostalgie de cette photo jaunie gardée comme fleurs séchées d'un bouquet passé - très joli récit :-)<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci de ta visite (je me souviens de t'avoir croisée sur le blog de Bottle) et de l'appréciation de ma p'tite bafouille (ce n'est que le troisième essai mais je compte bien les<br /> transformer...)<br /> <br /> <br /> J'avais déjà visité ton blog de passionnée et j'invite tous ceux qui souhaitent que l'on secoue leur léthargie, de le faire!<br /> <br /> <br /> <br />
T
<br /> très beau texte plein de sensibilité et d'émotion-tu es aussi douée pour l'écriture que pour le dessin<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci, Thérèse, je suis très sensible à ta gentillesse que je crois sincère.<br /> <br /> <br /> <br />
N
<br /> Et le dessin aussi ?<br /> C'est un très beau texte, déchirant...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Le dessin (un pastel sec) date d'il y a quelque cinq-six ans... Le texte : du jour de sa publication...<br /> <br /> <br /> La tentation est décidément grande vers la fiction, même de taille micro, calibrée pour le blog!<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> la suite!la suite!la suite!....<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Il y aura une suite à ces micro-fictions! Merci pour l'encouragement.<br /> <br /> <br /> <br />