Le blog de Flora

Bribes de mémoire 66. Mon "bakkal", mon "kasap", mon "baklavaci"

18 Mai 2010, 18:12pm

Publié par Flora

grand-bazar-1.jpgJ'ai toujours été étonnée par l'usage abondant des pronoms possessifs par les Français : mon boucher, mon coiffeur, mon député, jusqu'à l'infini... En hongrois, j'ai été habituée à la simple désignation, sans m'approprier les choses et les personnes. L'esprit collectiviste qui m'a nourrie aurait-il déteint sur la langue ? On pourrait imaginer le contraire : les dépossédés résistent en s'appropriant les choses par la grammaire... En réalité, je pense que ces phénomènes sont beaucoup plus profonds et plus anciens.

   Toujours est-il qu'à Istanbul, ces possessifs me semblent très pertinents et j'apprends à en user et abuser...  Mon bakkal (épicier), mon kasap (boucher), mon çiçekçi (fleuriste  -  pron. "tchitchektchi"), voire mon baklavacı (marchand de baklava), la liste est sans fin. Il faut avouer que la corvée des courses quotidiennes crée des liens auxquels l'accueil chaleureux de la plupart des commerçants donne des contours d'authentique sympathie.

   Le bakkal est une véritable institution. Je finis par me dire qu'ils ne dorment jamais, car à toutes les heures, y compris vers minuit, on en trouve d'ouverts. Un jour, les autorités ont voulu instaurer la fermeture du dimanche et des jours de fêtes. Eh bien, mon bakkal attend, malheureux, derrière son rideau de fer et me fait signe par un judas qu'il me servira en cachette... De toutes les tailles, dans ces cavernes d'Ali baba on trouve le nécessaire pour la vie quotidienne. La farine, le sucre en vrac, dans de grands sacs de jute, avec un chat somnolant paisiblement dessus. Les ménagères, pour s'économiser les étages sans ascenseur, font descendre un petit panier au bout d'une corde, par la fenêtre, avec, au fond, la liste des courses, accompagné d'un cri perçant : "Bakkaaaal!" Comme il y a une boutique tous les 20-50 mètres, les provisions ne tardent pas à remonter, avec la facture, tandis que l'argent refait le chemin inverse. J'ai vu voyager ainsi au bout de la corde, des chaussures à cirer à l'intention du cireur installé au pied de l'immeuble, des parapluies ou des casseroles à retaper pour des réparateurs ambulants.

   Mon kasap, outre le fait qu'il vend une excellente viande (qu'il pèse avec l'os et les déchets à enlever par la suite), pour me faire patienter, il m'offre non seulement le thé habituel mais aussi un sandwich à l'occasion et une fois, il a même proposé de partager son güveç (ragoût cuit en pot de terre)!

   Que dire des çiçekçi épris de la beauté de leurs bouquets qui n'hésitent pas à vous en offrir un, en plus de votre achat! Des gestes de ce genre m'enchantent et rendent la vie quotidienne à Istanbul plus que vivable, humainement chaleureuse...

 

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F
<br /> Tu sais bien rendre cette ambiance colorée par l'activité et le goût de l'échange!<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Merci beaucoup pour ta visite et pour l'appréciation!<br /> <br /> <br /> Bon long week end de Pentecôte!<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> Tu nous donnes en effet un tableau extrêmement vivant de cette ville - exactement l'atmosphère dont je rêve<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Par certains côtés (pollution, circulation intense et chaotique etc.) c'était une ville très fatigante mais très vivante et conviviale ce qui<br /> faisait oublier ses inconvénients...<br /> <br /> <br /> <br />
L
<br /> ces commerçants turques ont l'air sympathiques<br /> et chaleureux mais ma méfiante naïveté me pose<br /> la question de leurs sincérités ...<br /> mais pourquoi pas ? autres pays ...autres<br /> moeurs commerciales!<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Nous avons commencé aussi par la méfiance, en nous disant : "c'est impossible, ça ne peut pas exister de façon désintéressée!" Eh bien, si! Et c'est le seul pays où j'ai éprouvé cette<br /> sensation...<br /> <br /> <br /> <br />
P
<br /> un ami est alle en Turquie il y a 2 ans et en est revenu enchante.<br /> tu sembles amoureuse de ce pays ,en tout cas tu nous fais tres bien partager cette decouverte humaine et chaleureuse.<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Tu as raison : parmi les pays où nous avons résidé, c'est pour la Turquie que je garde une nostalgie indéfectible...<br /> <br /> <br /> Merci de ta visite, pyrausta.<br /> <br /> <br /> <br />
C
<br /> C'est une autre civilisation avec un sens aigü de l'hospitalité. Je n'oublierai jamais cet homme surgi de nulle part dans la campagne de Cappadoce et qui en quelques secondes me prépara un thé à la<br /> pomme divin pendant que mes amis étaient descendus dans les entrailles terrestres visiter une église troglodyte.<br /> Il fit celà avec un naturel qui me déconcerta. Je me suis laissée prendre au jeu. Au loin résonnait la voix d'un muesin, je n'ai jamais oublié cet instant magique...<br /> <br /> <br />
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F
<br /> <br /> Des anecdotes comme cela sont à foison : tous ceux qui sont allés en Turquie reviennent étonnés et enchantés de l'hospitalité turque! Merci pour ta contribution, chère Cat!<br /> <br /> <br /> <br />