Le blog de Flora

Eléonore G. * suite du "confessionnal"... (huile, 1988)

2 Mai 2010, 10:41am

Publié par Flora

petite Galley

Eléonore, une fillette de 12 ans environ qui s'est soumise également à la torture de la pose, ce qui, de la part d'un enfant, était un effort considérable... Elle était de passage chez son père, en poste à Istanbul. Sur son visage, elle gardait un voile de mélancolie de ses parents désunis...

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 22.

1 Mai 2010, 11:58am

Publié par Flora

L'ombre portée par une tige indique l'heure sur un cadran peint ou sculpté. Mais le soleil n'occupe pas la même place dans le ciel selon que l'on habite Rome ou la Bretagne. C'est pourquoi ont été inventés les cadrans solaires de hauteur, quart de cercle vertical, pour les pays du sud et les cadrans solaires de direction, demi-cercle horizontal, pour les pays du nord.


   Après de longues années dans une maison de santé, la narrateur du Temps retrouvé regagne Paris en 1916. Il y découvre l'éventail des réactions face à la guerre : la lâcheté de Morel qui a déserté, l'héroïsme de Robert de Saint-Loup qui s'est engagé par patriotisme et va mourir au front. Entré par hasard dans un hôtel louche, il s'aperçoit que Monsieur de Charlus, client assidu, vient se faire fouetter par de jeunes amants. Je vous en supplie, grâce, grâce, pitié, détachez-moi, ne me frappez pas si fort disait une voix. Je vous baise les pieds, je m'humilie, je ne recommencerai pas. Ayez pitié.  -  Non, crapule, répondit une autre voix, et puisque tu gueules et que tu te traînes à genoux, on va t'attacher sur le lit, pas de pitié, et j'entendis le bruit du claquement d'un martinet, probablement aiguisé de clous, car il fut suivi de cris de douleur.

    L'hôpital a téléphoné. Un rendez-vous pour l'IRM, dans trois semaines. Ils ne sont pas pressés. Tout va bien. Enfin, presque. De l'eau coule du plafond. Pourtant, rien ne fuit dans la salle de bain, à l'aplomb de cette clepsydre incongrue. La maison me ressemble, touchée à mort, sans raisons apparentes. Comme je ne sais pas nager, j'appelle un plombier. Il décide d'abattre le plafond pour rechercher la fuite. Des gravats envahissent le couloir, des tuyaux émergent. Le bruit m'empêche de travailler. Le bruit et autre chose, une petite idée qui me trotte dans la tête. Je me sens plafond, creusé d'un vide énorme, et je n'ai pas la volonté de me laisser colmater. L'assurance va rembourser les dégâts des eaux. Et les dégâts des os ?  

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János Pilinszky (1921-1981) : UN BEAU JOUR

29 Avril 2010, 19:27pm

Publié par Flora

UN BEAU JOUR

C'est toujours la cuiller en fer blanc égarée,

c'est le paysage bric-à-brac de la misère que je cherchais,

dans l'espoir qu'un beau jour

m'inondent les pleurs, avec douceur m'accueillent

la vieille cour, le silence du lierre,

notre maison, son chuchotement.

 

Toujours,

je désirais toujours rentrer chez moi.

traduction : Maurice Regnaut

 

EGY SZÉP NAPON

Mindíg az elhányt bádogkanalat,
a nyomorúság lim-lom tájait kerestem,
remélve, hogy egy szép napon
elönt a sírás, visszafogad szeliden
a régi udvar, otthonunk
borostyán csöndje, susogása.

Mindíg,
mindíg is hazavágytam.
 

 

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Bribes de mémoire 64. Dessiner Istanbul

28 Avril 2010, 11:40am

Publié par Flora

Tour-de-Galata-copie-1.jpgPlutôt que de faire acte de présence dans les cocktails officiels où l'on défile, avec un sourire figé, devant les poignées de main de l'ambassadeur, tout en étant parfaitement conscient de sa transparence, puis on erre des heures durant avec un verre à la main, les jambes de plus en plus tétanisées, échangeant quelques banalités dans le brouhaha inaudible pour être interrompu à tout bout de champ par un autre désoeuvré, l'essentiel étant d'être vu  -  à ces vanités superficielles, j'ai toujours préféré les repas ou autres réunions en petite comité où l'on échange vraiment sur le fond  -  ou l'on joue aux cartes, tout simplement ! A l'étranger, l'un et l'autre sont habituels. Je me souviens de la soirée du Bicentenaire de la Révolution Française au Palais de France, à Istanbul. J'ai fabriqué un noeud papillon tricolore pour Gilbert, afin d'être à la hauteur de l'événement. L'ambassadeur, le regard embué et légèrement titubant, tient cependant le coup pendant l'interminable défilé des invités. Le clou de la soirée est un spectacle suivi d'un feu d'artifice dans les jardins du Palais, encastré dans les immeubles touffus de Beyoĝlu, avec quelques pétards égarés aux alentours...

   A Istanbul, j'aime par-dessus tout me fondre dans la foule piétonne, dense partout, en dépit du grand nombre de véhicules. Avec un sac contenant des ustensiles sommaires pour dessins à l'encre de Chine, une petite pliante, je m'installe où l'envie me prend : dans les jardins, au pied des monuments, dans les cimetières, dans les mosquées, au quartier pittoresque d'Arnavutköy, le village des Albanais. Jamais personne ne m'a importunée. Je pense même avec tendresse aux multiples signes de respect et d'encouragements que je reçois des passants en permanence. Combien de "Kolay gelsin !" ("que la peine te soit légère" - à peu près...) ou de sourires échangés ! Je me souviens d'un groupe de gamins de toute taille, dans le quartier de Fatih : pieds nus, couverts de poussière, une bonne dizaine se presse autour de moi. Les plus grands canalisent les plus petits, les maintenant à un mètre, leur essuyant le nez. Aucun ne bouge jusqu'à l'ultime trait du dessin, suivant le mouvement de la main, bouche bée, avec une attention soutenue. A la fin , j'en "croque" quelques uns, leur faisant cadeau de leur portrait...

La suite suivra...

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Jean-Marie, il y a plus de 20 ans...

25 Avril 2010, 17:55pm

Publié par Flora

jmlNous nous sommes rencontrés avec Jean-Marie à Istanbul. Ce portrait date de la fin des années 80, l'époque du "confessionnal de Cihangir", c'est-à-dire mon "atelier" où les amis venaient poser pour que je fixe leur image en peinture pour l'éternité... Cela a abouti à une exposition au Consulat de France.

Jean-Marie est un globe-trotter et un remarquable photographe, sans oublier un joli coup de plume qui agrémente ses souvenirs de voyage. Je l'ai poussé à ouvrir son blog il y a peu et je vous invite à le visiter:

http://jmlacharpagne.over-blog.com 

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Petit bilan...

23 Avril 2010, 10:26am

Publié par Flora

P1000375.jpg   Il est d'usage sur les blogs de marquer le passage du 10 000-ème visiteur unique... Alors, il est passé hier et j'en suis ce matin à 10O14. Je ne sais pas qui il est, naturellement, mais j'en suis toujours aussi étonnée : ce blog existe depuis juillet 2008 et même si je ne bats pas de records mirobolants affichés sur mon hébergeur   -  mon but est plutôt qualitatif, sinon il serait truffé de pubs, de contacts facebook, twitter et autres gadgets dernier cri  -  je me sens gâtée d'avoir suscité autant d'intérêt sans traiter de sujets people, de recettes exotiques, de l'art des points de croix ou du graveleux... 

   40007 pages lues... Soyez tous remerciés pour le partage de mes "obsessions" : les textes de Gilbert que je voudrais continuer à faire vivre et offrir à la lecture de ceux qui sont passés à côté de l'édition confidentielle de ses oeuvres. La littérature hongroise, trésors originaux injustement méconnus dont la traduction constitue un exercice excitant et jouissif. La rédaction de mes souvenirs, appel du passé, envie (limitée) d'inventaire ou désir de les laisser en héritage à mes petites-filles (ou à leurs parents s'ils le désirent) et dernièrement, les essais de micro-fictions, défi à relever dans cette merveilleuse langue française que j'ai adoptée et qui, j'espère, m'adoptera aussi pour que je puisse la "plier" à mes désirs, en la ressentant "de l'intérieur", de façon créative et non seulement lisse et correcte, ce qui serait un minimum.

   Quelques images de cet autre domaine qui reste du rêve inachevé, qui aurait peut-être pu être le mien véritable si... Il y a beaucoup de "si" qui m'ont empêchée de me consacrer vraiment et entièrement à l'art, domaine dans lequel je suis condamnée à rester une éternelle dilettante... Mais les regrets tardifs et éternels ne sont pas dans ma nature : ce qui m'intéresse avant tout, c'est d'avancer sur mon chemin avec curiosité, émerveillement pour cette unique et merveilleuse aventure qu'est la vie. Merci à vous tous. 

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Oeuvre de Gilbert * La Trilogie Armstrong (inédit et inachevé) 21.

21 Avril 2010, 09:12am

Publié par Flora

   Dans le train qui m'emmenait à l'université, j'ai relu Cité de verre de Paul Auster. Un homme parcourt New York en prenant soin que sa marche trace un message secret. Si j'avais du courage, j'arpenterais quelques trottoirs de Paris. En choisissant des rues qui forment "myélome", ma nouvelle signature...

   Vaccination contre l'hépatite B. Première piqûre. Indolore et sans effets secondaires.

  Sèverine vient d'acquérir une nouvelle maison. Deux étages, une taille démesurée pour un seul couple. Au rez-de-chaussée, un salon, une salle à manger et la cuisine. La salle de bain à l'étage et deux chambres, dont la plus grande réservée à l'enfant, une fille absente dont les jouets liliputiens s'alignent sur des étagères, dont les vêtements de poupée débordent de l'armoire pour se répandre sur le lit, parsemés de colliers, de bracelets à peine visibles. Au second étage, les bureaux des parents, murs tapissés de livres nains.

  La maison de Sèverine est éventrée, comme toutes les autres. La propriétaire doit pouvoir embrasser d'un regard toutes les pièces. Réplique d'une maison que nous habitions en banlieue avant de nous installer à Paris, l'objet prend place sur une commode, entre la chaumière normande, maison natale de Sèverine, et le chalet que nous avons loué, quatre années de suite, sur les hauteurs de la Clusaz, pour la grande joie de Véronique. Ces miniatures, les meubles qui les habitent, mon épouse les fait construire par un menuisier, sur des plans qu'elle dessine avec soin. Nous en sommes à sept. Leur présence la rassure, comme les romans des frères Goncourt. Ce désir pernicieux de croire en la réalité, au point de la figer.

  Autrefois, j'étais fier de pouvoir faire plusieurs choses à la fois, tenir une conversation et écouter les nouvelles à la radio, écrire en savourant un opéra, regarder la télévision en préparant mes cours, lire un ouvrage philosophique en subissant les reproches de Sèverine, assassiner ma fille tout en croquant une pastille de menthe. Autrefois... Le mal de tête réduit mes capacités, me recroqueville autour de la douleur. Vais-je devenir légume ? 

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Attila József (1905-1937) : Pose ta main (Tedd a kezed)

19 Avril 2010, 15:32pm

Publié par Flora

ja.jpg  

POSE TA MAIN

Là sur mon front

Pose ta main

Comme si ta main

Etait ma main

 

Serre-moi fort

Comme à la mort

Comme si ma vie

Etait ta vie

 

Et aime-moi

Comme à bonheur

Comme si mon coeur

Etait ton coeur

  traduction: Francis Combes

 

 

POSE TA MAIN

Là, sur mon front,

Pose ta main.

Sois comme si

C'était ma main.

 

Prête à tuer,

Veille sur moi.

Sois comme si

C'était sur toi.

 

Et aime-moi

Dans le bonheur :

Comme si toi

C'était mon coeur.

(texte français de Guillevic, d'après Ladislas Gara)

 

TEDD A KEZED

Tedd a kezed 

homlokomra,

mintha kezed

kezem volna.

 

Úgy őrizz, mint

ki gyilkolna,

mintha éltem

élted volna.

 

Úgy szeress, mint

ha jó volna,

mintha szívem

szíved volna.

 1928.

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Visite de la galerie...

17 Avril 2010, 13:00pm

Publié par Flora

Num-riser0003-copie-2.jpgAnneli. Sans savoir d'où il lui était arrivé, elle porte son prénom légué par des parents fantaisistes comme un bijou rare. 

   Elle est tout en contrastes, Anneli. D'un corps qui, à première vue, ne fait rêver personne, émane un halo de légèreté inexplicable : ses rondeurs, du coup, cessent d'être des lourdeurs et la font se mouvoir comme sur des coussins d'air !

   De règle générale, si l'on vous fait, d'entrée, un compliment sur vos "beaux cheveux", méfiez-vous ! C'est que, charitablement, on veut passer le reste sous silence... Anneli en a beaucoup entendu, de louanges sur sa magnifique tignasse, envahissante, indomptable qui s'étend comme un buisson ardent sur ses épaules. Et des yeux d'un bleu aussi profond que le lac Baïkal... avec un nombre considérable de victimes s'étant penchées imprudemment sur ce miroir ! Disparus, corps et âmes. Car Anneli ne peut être attirée par un homme que s'il demeure inaccessible. Elle considère d'emblée ses chances de séductrice tellement inexistantes que le premier soupirant venu est aussitôt frappé de mépris : ne manque-t-il pas de goût à ce point, est-il lui-même dépourvu de tout attrait pour s'intéresser à elle ?

   Les années passent dans l'attente vaine d'un miracle. Elle se décide de se marier comme on prend le dernier train. L'élu est un brave homme, loin d'un prix de beauté mais au moins, on ne risquera pas de le lui voler. De ce côté, elle peut dormir tranquille. Elle sera privée de maternité mais elle a déjà fort à faire à gérer ses propres angoisses.

   Personne ne sait  -  et le principal intéressé encore moins  -  qu'elle porte en elle le souvenir d'un sentiment aussi secret que dévastateur. A la manière d'une balle logée dans le corps, inopérable. Ce fantôme a survécu à tous les naufrages, bien dissimulé dans un repli de sa mémoire.

   Son mari la libère, en mourant à 77 ans, aussi discrètement qu'il l'a accompagnée durant les 25 ans de vie sans extases. Le fantôme n'attend même pas la fin du deuil pour surgir de son antre. Anneli se surprend à faire sauter les verrous, elle compulse l'annuaire, saisit le téléphone. L'élan se brise sur ce point. Le jeune homme beau comme un dieu, avec sa peau hâlée et ses cheveux tellement noirs qu'on les aurait crus bleus nuit, avec son corps mince et souple, lui apparaît soudain grand-père bedonnant, le crâne lisse et la peau tavelée, l'haleine chargée de cigarettes et les dents jaunies... A quoi bon ?... Elle repose le combiné. Les souvenirs ne sont-ils pas plus beaux que la réalité ?... 

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Tanizaki : Le tatouage (illustration 2003)

14 Avril 2010, 19:19pm

Publié par Flora

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