Bribes de mémoire 79. Petit retour à Istanbul
Petit retour à Istanbul... Nous en sommes à la première année de notre séjour. Nous habitons au grand carrefour de la
Fıruzaĝa camii, que nous appelons "Mosquée rose" et qui devient "Mosquée verte" quelques années plus tard, à la suite d'une rénovation de la façade (sur la photo, c'est la monumentale
Sainte-Sophie sous la neige, la même année). Notre immeuble fait l'angle en face de la mosquée, le minaret trapu à quelque 20 m de notre balcon. Ainsi, les appels à la prière rythment mes
journées (et une partie de la nuit), les haut-parleurs braqués sur nos fenêtres.
L'appartement est très agréable, lumineux, refait à neuf et à un loyer abordable. Ce dernier aspect est dû au fait que nous n'avons pas la vue sur le Bosphore ou la Corne d'Or, obsession de tous les Français du quartier de Cihangir. Avec le temps, quelques autres inconvénients font surface. En premier lieu, les coupures d'eau permanentes. A l'époque à Istanbul, si l'immeuble ne possède pas un énorme réservoir d'eau, les locataires n'ont, au mieux, que quelques heures d'un maigre filet par jour. Idem pour le gaz: la pression est si basse que tout le monde se fait livrer des bouteilles de gaz.
Nous sommes vraiment des novices et cette première année est destinée à nous forger quelques expériences. Par exemple, le petit réservoir individuel dans la salle de bains aurait dû nous mettre la puce à l'oreille. Mais nous sommes trop pressés de quitter la chambre exiguë de l'hôtel où nous nous entassons à trois depuis 15 jours.
En principe, le fonctionnement du réservoir est automatique: le robinet de l'arrivée d'eau s'ouvre tout seul et se ferme automatiquement lorsque le réservoir est plein. Cela se produit généralement aux alentours de 2 heures du matin et s'annonce avec force de gargouillements qui sonnent doux à nos oreilles, malgré l'heure tardive: il y aura de l'eau pour demain!
Avec le temps, nous acquérons un rythme et une organisation confortables, jusqu'à la panne qui doit fatalement arriver! Nous nous réveillons à l'inondation massive de notre appartement due au robinet qui se refuse soudain à tout automatisme. Nous épongeons une bonne partie de la nuit. A partir de ce moment, nous devons guetter l'arrivée de l'eau et le remplissage du réservoir, pour l'ouvrir et le refermer manuellement... En pleine nuit.
Je cois que j'ai fait le tour de tous les plombiers (nombreux) du quartier mais aucun ne trouve la solution. Au bout d'un an, de guerre lasse, je me remets à la recherche d'un nouvel appartement, avec vue sur le Bosphore, et ma première question, avant même le montant du loyer, sera: "Y a-t-il un réservoir?"...