Le blog de Flora
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Oeuvre de Gilbert * Le mépriseur (roman, extrait)

21 Novembre 2012, 17:42pm

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Publié par Flora bis

 (...) Ses parents sont morts à une semaine d'intervalle, l'un attendant l'autre, l'autre se hâtant de rejoindre l'un, vieux couple inapte à se séparer, réuni par la fosse et les vers qui les rongent sous les couronnes vernissées. Le voici errant dans la maison qui lui échoit, grande demeure de son enfance, qui n'est plus sienne depuis longtemps et ne l'a peut-être jamais été.

Le-m-priseur.jpg   Ces meubles, il les a déjà vus, ces photos punaisées, encadrées, les couleurs, les allées rectilignes, bordées de fleurs soigneusement entretenues jusqu'au dernier jour, déjà senti ces effluves d'antan, et la fraîcheur des arbres, hospitalière aux générations. Jusqu'à la tonalité de l'air et la lenteur des choses qu'il retrouve inchangées, circonscrites au cercle étroit et bien-pensant de la famille.

   Parce que son esprit s'est modifié, plus libre sans doute mais plus creux et plus vide qu'une statue de fer blanc, aucun de ces signes ne possède plus le moindre sens, la moindre dose de malignité, ni les cartes postales illustrées de madones ni les témoignages accablants du nourrisson obèse, avili de nudité sur un pompeux coussin, qu'il va se hâter d'étouffer aux flammes de la cheminée, avec l'enfant au brassard blanc, innocent sous une arcade romane. (...)

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Portrait de femme (pastel, 2012)

18 Novembre 2012, 19:15pm

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Publié par Flora bis

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Une histoire vraie

14 Novembre 2012, 23:13pm

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Publié par Flora bis

PHOTO 33317 apx 500    Cela s'est passé il y a au moins vingt-cinq ans... 

   En poste à Istanbul, nous sommes en vacances à Laon. Après une soirée de cinéma à Reims, nous entamons les 50 km du retour. Digne d'un mois de juillet dans l'Aisne, il tombe des cordes sur la route nocturne. Nous devisons tranquillement à propos du film, je rêvasse en regardant les ombres profondes du paysage, lorsque j'entends un cri affolé: "Le camion! Le camion!..." En face de nous, deux énormes phares du mastodonte qui a quitté sa trajectoire et fonce sur nous. Gilbert n'a le temps que de donner un violent coup de volant vers la droite. Le bas-côté trempé nous envoie au fond du fossé qui borde la nationale à cet endroit. Le camion disparaît dans la nuit. La R 18 break s'assoit sur son coffre, le mouvement me semble très lent et presque doux comme un mouvement de valse...

   Hébétés, nous nous extrayons de la voiture et remontons la pente raide et glissante, à quatre-pattes parmi les orties, éclairés juste par les phares restés allumés. Tout d'un coup, une moto s'arrête à côté de nous: deux petits jeunes en descendent et, de main de maître, ils prennent la situation sous leur commandement. Ils stoppent une camionnette, puis un gros semi-remorque, ils barrent la route nocturne, balayée par le déluge. Ils envoient la camionnette chercher un câble de remorquage dans les environs, tandis qu'ils guident le semi-remorque pour qu'il puisse se mettre en travers de la route et remonter notre voiture, disparue dans le fossé, de tout son long...

   Cela dure presque deux heures sous la pluie battante. Tout le monde est trempé. Nous sommes spectateurs impuissants des manoeuvres. Les petits jeunes, un garçon et une fille d'à peine vingt ans, en vrais chefs d'orchestre, dirigent les opérations jusqu'au bout. Nous échangeons quelques mots à la fin. Ils sont en partance pour Annecy, leur lieu de vacances, à plusieurs centaines de kilomètres de là. Sans hésitation, ils nous ont offert deux heures de leur route, sous le déluge. Sans autre récompense que nos remerciements. Sans même nous laisser leurs noms. Cette nuit-là, nous ne savons pas encore que vingt-cinq ans plus tard, nous habiterons, nous aussi, leur chaleureuse terre du Nord... 

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Cas de conscience

7 Novembre 2012, 18:36pm

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Publié par Flora bis

   Ma dernière note remonte à la fin d'octobre. Depuis, plus de 3400 km de route derrière moi... Dans la tête, la distance est encore plus importante.

photo.JPG Sur cette photo, trompeuse, le lendemain de notre retour de Hongrie. Avec un peu de retard, j'improvise un dîner d'anniversaire pour Alice et moi: nous avons 10 jours d'écart  -  plus quelques années... Pour les enfants, il faut préserver la gaieté, c'est la fête!

   Le poids écrasant que constitue l'état subitement dégradé de ma mère ne me quitte pas. On a beau faire appel au bon sens, arguments que moi-même trouverais raisonnables concernant d'autres personnes: le choix que j'ai fait il y a près de 40 ans de partir avec Gilbert comportait cette éventualité... Mais voit-on aussi loin à 25 ans? Veut-on le faire, tout simplement?

   L'autre argument que l'on expose est le suivant: à chacun sa vie. Les enfants sont appelés à quitter leurs parents et lorsque ces derniers ne sont plus en mesure de s'assumer, la société prend le relais, en monnayant ses services. C'est l'effondrement de tous mes principes, de toute mon éducation. C'est le triomphe de l'individu sur la solidarité familiale, quitte à payer par la solitude, à son tour. D'où le conflit moral, la culpabilité écrasante que je vis...

   De toute cette souffrance, une leçon émerge et se renforce: me préparer à temps pour m'assumer jusqu'au bout, sans laisser peser sur les enfants ce poids difficile à porter. Ma solitude, somme toute récente, je l'ai assumée, je l'ai bien remplie, et c'est déjà un premier pas sur ce chemin difficile mais enrichissant... De là à préjuger l'état de grabataire, se préparant au grand départ, ce serait péremptoire...

     

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Alain Delbe : SIGIRIYA Le Rocher diu Lion (roman)

27 Octobre 2012, 14:04pm

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Publié par Flora bis

   

 

 

Alain Delbe: Sigiriya Le Rocher du Lion, Argemnios éditions 2012   351 pages, 20 €  

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Sándor Kányádi (1929-): Quelqu'un marche sur la cime des arbres

25 Octobre 2012, 17:22pm

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Publié par Flora bis

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

 

Quelqu'un marche sur la cime des arbres

qui allume ton étoile et l'éteint

seul n'a pas peur celui que l'espoir

a totalement abandonné

 

moi j'ai peur j'espère encore

cette miséricorde me garde

la peur ma providence

jusqu'ici m'a fait escorte

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

au moment de ma chute

embrasera-t-il encore à mon

feu une étoile nouvelle

 

ou me réduira-t-il en un seul

et unique grain sombre

sans faire luire mon âme

sur une étoile naissante

 

quelqu'un marche sur la cime des arbres

on le dit maître de tout grain de poussière

on dit qu'il est l'espoir même

on dit qu'il est la peur même

traduction: Claire Anne Magnès

 

Valaki jár a fák hegyénDownloadedFile

 

valaki jár a fák hegyén
ki gyújtja s oltja csillagod
csak az nem fél kit a remény
már végképp magára hagyott


én félek még reménykedem
ez a szorongó oltalom
a gondviselő félelem
kísért eddig utamon


valaki jár a fák hegyén
vajon amikor zuhanok
meggyújt-e akkor még az én
tüzemnél egy új csillagot


vagy engem is egyetlenegy
sötétlő maggá összenyom
s nem villantja föl lelkemet
egy megszülető csillagon


valaki jár a fák hegyén
mondják úr minden porszemen
mondják hogy maga a remény
mondják maga a félelem


Hargitafürdő, 1994. október 30-31.

 

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Le dessin, mon premier amour...

18 Octobre 2012, 18:19pm

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Publié par Flora bis

Etel néni    Emmi néni... Ma première professeur de dessin, déterminante, de mes 10 à 14 ans... Depuis des années, elle se décompose tout doucement au cimetière où je lui rends visite, en même temps qu'à mon père et à mon frère.

   Emmi néni était ce qu'on appelle une vieille fille... Elle vivait avec ses parents qui ne connaissaient pas leur chance d'avoir une fille étiolée d'un amour malheureux, pouvant ainsi se consacrer entièrement à leurs vieux jours... Et à son métier! Professeur enthousiaste, n'économisant ni son temps ni sa peine pour découvrir les talents en herbe parmi lesquels j'étais son plus grand espoir... Déçu avec le temps, bien sûr, car la vie en a décidé autrement. 

   Elle était très croyante, pratiquante aussi, prudemment, selon les circonstances d'une époque communiste qui voulait des pédagogues exemplaires, dans la ligne officielle. Elle a tout de même tenté d'infiltrer en nous quelques gouttes de sa foi fervente, censée nous sauver de l'enfer. Je me souviens qu'elle m'a présentée à ses amis  -  deux vieilles demoiselles dans la ville voisine, peintres de thèmes religieux  -  comme son élève la plus talentueuse. Dans la maison encombrée de vieux meubles et de tableaux, de sculptures aux Jésus suppliciés, elles nous ont offert le goûter sur un napperon amidonné. Tandis que je me battais avec ma tasse de chocolat au lait dont la peau m'a toujours plongée dans un dégoût profond, je captais vaguement leurs marmonnements mystérieux autour de sujets au parfum  clandestin...

   Un après-midi par semaine, Emmi néni réunissait quelques élèves pour un atelier de dessin. Elle faisait venir des petites vieilles qui posaient pour nous, immobiles, habillées de noir, foulard immanquable sur la tête. Un modèle qui ne bronche pas: idéal pour apprendre le portrait, la figure en général! Je suis tombée en un amour passionné, définitif de la figure humaine! Emmi néni me faisait cadeau de ses vieux tubes de gouache désséchés et je passais des heures à genoux, par terre, à admirer les couleurs féériques, à essayer de les diluer avec un peu d'eau... Je me souviens de ces verts claironnants, de ces bleus d'une profondeur d'océan... du moins, comme j'imaginais l'océan.

   Elle m'a présentée à un peintre qui avait sa petite renommée et qui dirigeait un atelier pour adultes, le soir, dans la ville voisine. Pour ma plus grande joie, nous poursuivions le thème de la figure. Je travaillais vite. Souvent, j'ai fait trois portraits entièrement finis, pendant que les autres peinaient encore sur le premier. L'usage de la gomme était proscrit. Cette contrainte m'a initiée à la concentration accrue, à la virtuosité du regard et à son accord avec la main, ce fil mystérieux qui doit les relier pour arriver à une précision sans faille. J'étais la plus jeune, j'avais 14 ans. Les compliments du maître me plongeaient dans un délicieux embarras: j'en étais avide et, en même temps, j'avais du mal à les encaisser. Cela n'a pas changé pendant les cinquante années écoulées depuis... 

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Bains de champagne et ronds-points...

11 Octobre 2012, 17:17pm

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Publié par Flora bis

Capture.jpg Les anniversaires doivent-ils obligatoirement servir de prétextes pour dresser le bilan de l'année écoulée et par là-même, celui de tout le chemin parcouru?... Plus le temps avance, moins je goûte les bilans et, bizarrement, ils s'avèrent d'autant moins évitables. Comme s'ils étaient de petits cailloux semés sur notre parcours, repères indispensables qui nous rassurent: nous n'avons pas rêvé notre vie...

   J'aimerais retrouver mon optimisme congénital, mon insouciance qui me projetait toujours en avant, comme si l'infini m'avait appartenu de tout temps, rien de moins! Reconquérir cette faculté de chasser les idées noires qui encombrent, alourdissent l'existence! J'avais un remède infaillible, introuvable chez les apothicaires ou les guérisseurs de tout poil: me plonger dans des projets comme dans un bain de champagne, revigorant, requinquant (du moins, je l'imagine ainsi, n'ayant jamais pris de bain de champagne!...), dans des rencontres stimulantes qui donnent l'illusion de participer à la vie. Elle est trop courte et précieuse pour la gaspiller à la paralysie née des idées noires!

   Ces derniers temps, le bain de champagne devient plus rare... J'ai l'impression de me trouver à la croisée des chemins ou, pour être plus à la mode, à un rond-point qui m'indique plusieurs sorties: laquelle choisir? Que me réservent ces routes, possibles et inconnues, où mènent-elles?

   Je viens de recopier sur mon ordinateur les premiers cahiers, les premières notes plus ou moins longues, griffonnées ici ou là, depuis le début de 2007, six mois après la mort de Gilbert. Cet événement demeure fondamental dans mon parcours, avec quelques autres: passages d'une étape vers une nouvelle phase de l'existence. Grâce à ces notes, je peux suivre (presque) au jour le jour la lente métamorphose  -  et le rôle grandissant de l'écriture. Apparemment, dès le début je l'ai pressenti ainsi: "Mettre en mots pour y voir plus clair".

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Sidonie Gabrielle COLETTE (1873-1954)

7 Octobre 2012, 09:54am

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Publié par Flora bis

Colette vieille Sidonie Gabrielle! On ne l'appelle pourtant que par le seul prénom Colette qui est en vérité, son nom de famille, celui de son père, le capitaine Colette. Depuis son enfance à l'apprentissage des saveurs de sa Bourgogne natale, elle se laisse guider par les sens, les appétits des expériences gourmandes offertes par la vie et qui affleurent dans son écriture.

Et comme j'ai déjà eu l'occasion de le remarquer, on ne choisit jamais les citations au hasard...

 

 

*  Si vous n'êtes pas capable d'un peu de sorcellerie, ce n'est pas la peine de vous mêler de cuisine.

 

*  Une femme se réclame d'autant de pays natals qu'elle a eu d'amours heureux.

 

*  Le visage humain fut toujours mon grand paysage.

 

*  Un moment présent, même terrible, n'est pas toujours vainqueur du passé délicieux.

 

*  Je vis sur le fonds de frivolité qui vient au secours des existences longues.

 

*  Suis le chemin et ne t'y couche que pour mourir.

 

*  Une femme qui reste une femme, c'est un être complet. 

 

portrait de Colette vieille par R. T. (flora)

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Silences et parenthèses...

3 Octobre 2012, 18:32pm

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Publié par Flora bis

DSCF1021 L'été  -  si toutefois il mérite ce nom  -  est passé sous le signe de la famille: des jours heureux en compagnie de mes petites-filles et de Mamie (c'est l'autre grand-mère qui a eu cette appellation distinguée; quant à moi, elles m'appellent par mon prénom, tout comme leurs parents  -  il serait intéressant d'étudier les effets psychanalytiques de ce phénomène sur toutes les parties... J'ai quelques idées...). Un temps important a été consacré aux visites de mon neveu et de ma nièce, les deux enfants de mon frère défunt. L'un est arrivé en famille pour dix jours en juillet, l'autre vient de repartir avec son compagnon au bout d'une petite semaine (sur la photo du haut de la Tour Eiffel, avec la lune). Nous sommes restés très proches malgré la distance, et j'ai du mal à réaliser que ma nièce ait passé la quarantaine et que son frère s'en approche... Pour moi, ils restent les deux petites têtes blondes qui s'installaient chez mes parents durant les semaines de nos vacances pour ne rien perdre du temps que nous pouvions passer ensemble. Notre fils a appris le hongrois avec eux, tout comme les rudiments du français leur sont devenus familiers. Ils ont visité la France de nombreuses fois. Désormais, c'est le tour de leurs enfants. Ainsi mesurons-nous le temps impitoyable...

   J'ai (nous avons!) tant parlé pendant cette semaine que le silence dans lequel leur départ me plonge semble une chape de plomb. En même temps, il répare ma fatigue considérable. Cette semaine a été une parenthèse dans les activités de la rentrée déjà bien chargée. Des activités de toute sorte, les unes plus excitantes que les autres, reportées à plus tard. Elles m'attendent maintenant en embuscade: le stress du procrastinateur commence à monter!... 

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